L’aventure continue

Après 10 années passées à la tête de la BUA et des presses de l’Université d’Angers, j’ai récemment fait bifurquer mon parcours professionnel sans pour autant quitter le milieu universitaire. J’assure donc depuis le 23 avril dernier la fonction de Directeur général délégué de l’Université d’Angers et plus officiellement de Directeur général des services depuis le 15 septembre 2012. Pour les plus novices, il s’agit là d’un emploi fonctionnel de Secrétaire général d’établissement public de l’enseignement supérieur (SGEPES) sur lequel tout fonctionnaire de catégorie A répondant à certains critères statutaires peut se faire détacher pour un durée de 5 ans, renouvelable une fois si tout va bien… car on peut également être remercié du jour au lendemain ou remercier du jour au lendemain son employeur, ce qui fait tout le charme et la force de cet emploi.

Je demeure bien entendu connecté au monde de la documentation car l’avenir des bibliothèques et l’intégration de leurs services au sein des universités restent une de mes préoccupations. C’est l’idée de lien et de construction d’un nouveau modèle d’université qui connecterait physiquement et virtuellement tous les services à l’usager en soutien à la pédagogique et à la recherche qui m’intéresse aujourd’hui à un niveau plus global.

Je poursuis (reprends ?) mon activité de blogueur-agitateur sur un nouvel outil où j’essaierai de partager le plus possible mes réflexions, mes réalisations et mes doutes, mais la tâche s’annonce un peu plus ardue  que pour un directeur de BU (devoir de réserve, poids des mots, choc des photos…) nous verrons bien. En tout cas, un grand merci à tous ceux qui m’ont fait avancer en me lisant et en échangeant sur ce blog. Je vous dit à bientôt dans la "vraie" vie et bon courage à toutes et tous dans votre accomplissement personnel et professionnel.

Mea culpa

J’avoue avoir été plus que très léger dans mon dernier billet pour n’avoir pas scrupuleusement vérifié l’ouverture des BU parisiennes le 12 novembre dernier et me l’être fait vertement, et à juste titre, reprocher. Pour me racheter, et à la suite de la Première loi de Bourrion (ça sonne bien non?) j’ai donc vérifié avant de dire n’importe quoi (comme d’habitude). Et donc : toutes les BU et BIU franciliennes sont bien fermées durant cette semaine entre Noël et jour de l’an à l’exception de la bibliothèque de l’INHA, de la BIU Saite-Geneviève, de la BDIC, de la BU Nanterre et de la BU Jean Dausset de Bobigny (Paris 13). Ami étudiant, va donc faire la queue à la BNF et à la BPI…

Halleluja !

William Bouguereau – La flagellation de Notre Seigneur Jésus-Christ (détail) – MBA La Rochelle

Vous ne viendrez pas pleurer…

516…

c’est le nombre de lecteurs présents en ce milieu de samedi après-midi à la BU Saint Serge d’Angers qui ouvre ses portes comme à son habitude jusqu’à 22h30, même un lendemain de jour férié ! Je ne dis pas ça pour me vanter (j’ai passé l’âge) mais pour m’énerver une fois encore sur l’assentiment collectif et l’irresponsable légèreté avec laquelle les BU ouvrent ou plutôt ferment leurs portes pour un oui ou pour un non, sans aucune raison objective ! J’en ai trouvé plus d’une trentaine fermées en ce lendemain de 11 novembre en moins 10 minutes sur Google, sans aller plus loin, dont certaines en plein centre des villes…

Je sais, vous allez encore me faire le coup des étudiants qui sont rentrés chez papa/maman ou de la fac qui coupe le chauffage… et je vous répondrai juste que cette manière de penser et de toujours se disculper est suicidaire. Si les étudiants ne viennent pas c’est parce qu’on est fermés, pas l’inverse, et qu’on les oblige à nous vous regarder d’un œil désabusé et résigné devant tant de mépris de leur condition et de leurs besoins. Pour être franc, je trouve juste inadmissible que notre confort passe avant le leur.

Alors gargarisons-nous de Learning Centre ouverts 24/24 et de charte Marianne, poursuivons à fustiger le manque de moyens, le poids d’internet, la baisse de la fréquentation, le mépris des profs et à dénoncer la précarisation du service public, la paupérisation des étudiants, les politiques hasardeuses de désherbage… oui continuons tout cela mais gardons bien à l’esprit que les étudiants d’aujourd’hui sont les décideurs de demain et qu’il ne faudra pas venir pleurer s’ils construisent une société sans nous !

Vers un emploi fonctionnel de DIRBU ?

Le récent rapport présenté par le groupe de travail sur les bibliothèques interunivesitaires s’interroge à nouveau sur la question d’un emploi fonctionnel pour les directeurs de BU :

La question de la procédure de nomination des directeurs de bibliothèques et de la durée de leur mandat a donné lieu à de nombreux échanges. Une majorité de participants au groupe de travail estiment que la fonction de directeur de bibliothèque devrait avoir une durée déterminée. En effet, si la direction d’une grande bibliothèque exige de disposer de la durée il faut éviter les phénomènes de sédentarisation excessive. Cependant les avis divergent sur la durée à proposer pour un mandat (3 ans, 4 ans, 5 ans) et le nombre de renouvellements possibles (2 mandats, 3 mandats sur le modèle des responsables d’unités mixtes de recherche). Pour certains, l’emploi de directeur de bibliothèque s’apparente à un emploi fonctionnel, hypothèse exclue jusqu’à présent par l’ADBU.

Au-delà des réticences corporatistes fortes, et sans doute fondées, contre l’ouverture de la fonction de directeur de BU à d’autres personnels de catégorie A que les conservateurs, sans garantie de voir ces derniers accéder facilement aux autres emplois fonctionnels, il existe une contrainte statutaire et financière importante le positionnement statutaire (et financier) des conservateurs que personne n’évoque jamais et qui rend les choses hautement improbables, en apparence.

Partons de deux postulats pour aborder le problème. 1) Les directeurs de BU sont (presque) tous des conservateurs généraux 2) La construction d’un emploi fonctionnel de directeur de BU ne peut se faire qu’en relation subordonnée à celui de directeur général des services redéfini en 2010 par le décret n°2010-175.

La comparaison statutaire permet de mieux comprendre le problème.

Par ailleurs, les DGS étant classés par catégorie selon la taille de leur établissement il conviendrait de respecter l’ordre des préséances statutaires… les directeurs de BU de grosses universités (groupe 1) ne pouvant raisonnablement prétendre qu’à un emploi fonctionnel équivalent à un DGS du groupe 2 (et ainsi de suite) et donc se priver de la hors échelle B et C ?!? Sauf que, le statut d’emploi de direction prévoit que les fonctionnaires gardent la progression indiciaire de leur corps d’origine si cette dernière leur est plus favorable que celle de l’emploi fonctionnel sur lequel ils sont détachés.

L’idée qui reviendrait in fine à créer dans chaque université un emploi fonctionnel de DGS Adjoint en charge de la documentation (pour faire court), redevient pensable et intéressante pour les conservateurs généraux comme pour leur collègue "en chef" car même en catégorie 2 ou 3, l’indemnité administrative resterait respectivement supérieure de 27% et 8% du maximum de la prime de conservateur général en fin de carrière (22% x 1164 x 12 x 4,63). Mais cette évolution demeure soumise à 3 éléments, au-delà de la décision politique en elle-même :

- le maintien du corps des conservateurs généraux pour pouvoir continuer à bénéficier des avantages statutaires acquis et un retour "en douceur" après le détachement, ce que semble garantir à moyen terme sa dimension interministérielle et la difficulté de transformer les quelque 200 conservateurs généraux en emplois fonctionnels pour éteindre ce corps…

- l’acceptation par les DGS de voir leurs collègues directeurs de BU "pantoufler" sur des emplois fonctionnels quasi réservés en raison des compétences particulières pour les exercer (ça se discute…) en étant bien mieux payés qu’eux, ce qui leur permettrait indirectement de réclamer à leur tour l’accès à la hors échelle C

- l’acceptation et la défense de la limitation dans la durée et l’obligation de mobilité pour les dirbu par l’ADBU, ce qui va plutôt dans le sens de l’histoire récente (i.e promotion des conservateurs en chef).

Alors, on y va ?

BUA Productions…

Prologue: le directeur bassine tout le monde depuis des mois avec "la vidéo" et la nécessité d’intégrer massivement ce support dans les contenus proposés par la BUA. Ça tombe bien car nous sommes en train de refaire notre site web en y intégrant un CMS qui reprendrait bua’bloc et ferait la part belle aux vidéos.

Épisode  1 : le directeur se fait la main avec une petite cam’ et un outil iMovie pour (dé)montrer à ses collègues que c’est simple comme bonjour. Bon, il se rend bien compte que ça ne sera pas si facile, surtout si on veut un minimum de qualité et qu’il faudra bien du temps, de l’énergie et plus qu’un seul homme mobilisé sur l’affaire (mais il ne le dit pas trop fort…)

Épisode 2 : l’équipe de direction identifie un personnel qui serait intéressé, compétent et implicable sur le sujet, en l’occurrence un collègue magasinier. Recherche d’une formation continue sur l’université, validation des acquis professionnels, mobilisation du DIF… les choses ne sont pas simples, et toujours en cours.

Épisode 3 : le directeur fait une rencontre providentielle dans les couloirs de la présidence où la DRH lui demande s’il serait intéressé pour accueillir au sein de la BUA un adjoint technique audiovisuel qui souhaite changer de service (c’est là qu’il faut tout le self-control et l’expérience du vieux routier pour ne pas sauter au plafond ni dans les bras de ladite DRH et juste dire – Euh… oui, pourquoi pas)

Épisode 4 : ledit audiovisualiste arrive le 1er janvier à la BUA avec un bloc Rhodia, un stylo et beaucoup d’enthousiasme. Ça tombe bien, nous aussi ! Et heureusement que le père Noël est passé pour remplir nos caisses afin d’équiper en urgence cette nouvelle cellule audiovisuelle. Je vous passe les détails mais en gros 1 MacPro, 2 McBook, 1 caméra semi-pro, des licences Finalcut et Protools, 1 micro-cravate… le tout pour environ 15 000 € d’équipement qui seront vite amortis quand on sait que la minute de film institutionnel coûte entre 1000 et 2000 € lorsqu’elle est produite par une boîte extérieure

Épisode 5 : il faut alors se mettre très vite au boulot pour établir un plan de production et des collections permanentes. Le directeur et son adjointe se mettent à l’écriture. Ils associent une bibliothécaire contractuelle qui se verra confier un projet de rédaction et de passation d’interview, ce qui nous amène à 4 collections :

"Dans ma poche" Interview d’étudiants de l’université d’Angers qui recommandent un livre de poche qu’ils ont aimé et en lisent un passage. Durée 3 à 5 minutes dans les locaux des BU. A noter que cette collection s’articulera avec le don de 4 exemplaires aux premiers fans sur Facebook qui en feront la demande et viendront (ou pas) alimenter une opération de bookcrossing de plus grande envergure à partir d’octobre 2011

"Un livre un prof"  Interview d’enseignants-chercheurs de l’Université d’Angers qui viennent de sortir un ouvrage pour expliquer leurs travaux et l’apport de leurs recherches. Durée 3 à 5 minutes dans l’environnement de travail du prof (bureau, labo, domicile…)

"Portrait de bibliothécaire" Présentation d’un collègue de la BUA qui explique son job et le fonctionnement du service qu’il anime ou auquel il participe. Durée 3 à 5 minutes avec mise en situation dans les locaux. Permet tout à la fois d’incarner la bibliothèque et d’expliquer comment elle fonctionne tout en valorisant le travail des collègues.

"Comment ça marche" Collection de screencasts qui scénarisent le fonctionnement des outils et de l’environnement en ligne (bases de données, pério élec, opac…). Durée 3 minutes maxi qui viennent en complément des fiches techniques et autres guides d’utilisation statiques.

A ces collections s’ajouteront des sujets isolés comme le film ci-dessus qui valoriseront principalement les activités de la BUA, par exemple l’atelier animé par François Bon, ou encore les fonds spécialisés pour présenter nos principaux fonds avec des sujets de 12 à 15 minutes plus élaborés (Gracq, Bazin, Burgess, Tournier, Centre des archives du féiminisme…)

Épilogue : les premières semaines de tournage et de travail en commun montrent une parfaite entente et un partage des compétences fructueux entre notre nouvel audiovisualiste et le collègue initialement pressenti pour s’impliquer seul dans le projet… du coup, la cellule audiovisuelle est devenue très vite opérationnelle et devrait se voir prochainement augmentée d’un autre collègue magasinier qui prendrait en charge les transferts et la numérisation des tous nos supports analogiques image et son de nos fonds spécialisés, en aidant aussi sur les projets spécifiques.

Si tout va bien, la BUA devrait donc produire en année pleine 32 films de 3 à 5 minutes (répartis en 4 collections) et 2 à 3 sujets de 12 à 15 minutes sans oublier les 5 films toujours produits par l’association Les courants numériques à chaque exposition de la Galerie 5, le tout distillé au rythme de une sortie par semaine à compter de septembre 2011.

Comme dirait l’ami George - What else ?

Tout le monde s’en fout…

…mais ça va mieux en expliquant la chose. J’ai récemment et à nouveau privatisé mon compte twitter qui dénombrait jusque là 354 followers pour n’en garder qu’une quarantaine. Pour une raison simple, je n’y disais rien de très intéressant (trivialités ou banalités du quotidien liées à la vie de la BUA) ni ne partageait rien de bien original qui puisse justifier tous ces abonnés.

Je conserve ce blog où je ne m’interdis pas de faire de temps en temps des billets de synthèse sur certaines actions menées à la BUA ainsi que mon compte pro facebook, ouvert à tous ceux qui le souhaitent, où je mets toutes les productions graphiques et la communication de la BUA ainsi que certains liens que je souhaite partager au fil de l’eau (très peu car je ne suis pas un gros veilleur…).

Voilà donc pour résumer :
Proches et collaborateurs -> twitter
Professionnels -> Facebook
Public -> Blog

PS : Il n’y a pas vraiment de critères pour le choix de ceux qui peuvent désormais me suivre en 140 caractères, juste qu’ils me connaissent un peu et/ou que nous nous soyons déjà vus IRL. Et puis principe simple, si je vous suis, que votre compte soit public ou non, vous êtes aussi en droit de me suivre mais si j’ai choisi de ne pas vous suivre, je ne vois pas l’intérêt que vous me suiviez à cet endroit précis pour les raisons invoquées ci-dessus. Vous me suivez ;-)

Prêt gratuit… de l’air que l’on respire

J’ai cru comprendre que le forum de l’ADBU bruissait pas mal en ce moment des questions de tarifs et de gratuité en BU. J’imagine la surenchère des collègues sur le sujet : convention de reversement, accord de réciprocité,  proratisation bilatérale, compensation forfaitaire, inscription demi-tarif…

A la BUA, les choses ont été simplifiées depuis le 1er janvier 2011 avec la mise en place de la gratuité totale du prêt (5 livres + 2 DVD + 3 BD + 3 revues) pour TOUS les lecteurs extérieurs à l’université d’Angers, disposition qui s’accompagne de l’octroi d’une semaine d’accès gratuit à internet activable à sa guise pour récupérer des références précises parmi nos ressources numériques ou tout simplement découvrir ces dernières.

Les lecteurs qui souhaitent accéder aux ressources en ligne in situ en plus du prêt gratuit de supports physiques et au-delà de la semaine offerte (aussi faite pour mettre l’eau à la bouche…) peuvent payer 31 €, soit l’équivalent des droits de bibliothèque payés par les étudiants de l’université d’Angers.

Je sais, je sais, je sais… vous avez plein de remarques et de questions auxquelles je vais essayer de répondre sans trop d’idéologie : quelle équité pour les étudiants qui payent ? N’y a-t-il pas une concurrence déloyale avec la BM ! Quel est le risque de "pillage" par les étudiants d’autres établissements ? Tout à un coût et donc un prix, même la culture ! Et le manque à gagner des inscriptions ?

Reprenons dans l’ordre. Cette décision procède de la volonté de répondre aux besoins d’information et de savoir des citoyens en considérant que ces derniers sont majoritairement servis par la BM qu’ils payent indirectement par leurs impôts locaux et/ou directement par leur inscription. La BU n’opère donc qu’à la marge et en dernier recours ce qui la positionne comme un service public subsidiaire, déjà payé par la communauté nationale,  et rendu par l’État en plus de ses missions cardinales à l’égard des étudiants et des enseignants-chercheurs.

La gratuité n’est rien d’autre que la conception de la bibliothèque universitaire comme un service universel qui étend celui des bibliothèques publiques et le remplace dans très peu de cas, pour ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent le payer directement. Dans le cas d’Angers, la gratuité pour les moins de 26 en cours de mise en place dans les BM rendait cette décision d’autant plus logique et évidente.

Quid alors des étudiants qui payent (ou non d’ailleurs pour les boursiers) ? Ils restent les seuls bénéficiaires des services étendus de la BU à savoir des places de lecture en nombre, des ordinateurs en libre service, des portables en prêt court ou long ainsi que l’accès aux ressources numériques à distance. Ils demeurent aussi le cœur légitime de la politique documentaire construite pour répondre à leurs besoins, les bibliothécaires n’ayant pas vocation à satisfaire les demandes des lecteurs extérieurs  gratuits qui empruntent sur le stock existant.

Quant aux risques de dérive ? Il n’y a plus que les bibliothécaires pour croire que ce genre de mesure risque de provoquer un raz de marée d’usagers venant priver les universitaires de leurs ressources. Nous sommes ici ni plus ni moins dans la gestion physique de la longue traine avec un stock de 500 000 documents gratuitement mis à disposition de 250 000 habitants. Ainsi, si 20% sur les 20% des 20% d’inscrits à la BM qui n’y trouvent pas un livre le trouve à la BU, cela fait au grand maximum 2000 personnes intéressées qui n’auraient pas forcément poussé la porte de la BU et payé 31 € un service ponctuel.

Qu’on soit bien d’accord, la gratuité est une facilité supplémentaire pour l’accès au savoir qui lève juste une barrière symbolique et permet aux BU de se réapproprier la (re)conquête de publics étudiants et enseignants, de classe prépa par exemple, de lycéens ou encore de ses anciens étudiants comme des retraités de l’enseignement. Elle ne change en rien ni ne résout les difficultés d’appropriation et de maîtrise du savoir.

Vous en avez rêvé ?

Angers l’a fait…
Pas pour s’amuser
Pas pour se faire mousser
Pas pour occuper le terrain
Pas pour tirer la couverture
Pas pour stigmatiser quiconque
Pas pour révolutionner le monde
Pas pour concurrencer certains
Pas pour dire ce qu’il faut penser
Pas pour complexer les uns
Pas pour déculpabiliser les autres
Pas pour rassurer les indécis
Pas pour faire parler les incompris
Pas pour palabrer dans le vide
Pas pour écouter la bonne parole

Juste pour discuter, échanger, dialoguer et confronter les réflexions en cours aux actions menées ou à mener. Une idée simple donc : s’appuyer sur du concret pour faire émerger des communautés d’intérêt et créer des horizons communs. Ce sera le samedi 15 janvier 2011 à la BU Saint Serge d’Angers. Ce sera gratuit et ce sera vous qui ferez le succès de cette journée par votre intelligence et votre envie de partager. On vous attend !

Pour tout savoir et vous inscrire : http://bibcamp2011.wordpress.com


Remerciements à Nicolas qui est à l’origine de tout cela et à Daniel avec lesquels nous co-pilotons le projet. Remerciements à toute l’équipe de direction de la BUA qui va encore s’impliquer à fond. Remerciements à 3M France et Ex-Libris pour leur soutien à l’initiative en offrant le repas du midi et quelques goodies. Remerciements à ma fille qui m’a prêté ses mains pour le visuel…

La bibliothèque contre-attaque

C’était le thème de la journée d’étude à laquelle j’ai participé cette semaine à l’invitation du groupe ABF Rhône-Alpes. Si j’ai beaucoup (trop) répété que je goûtait peu à l’image un peu contrite de la bibliothèque affaiblie et assiégée, ne l’étant ni plus ni moins qu’à d’autres périodes ou que d’autres secteurs, j’ai néanmoins joué le jeu du "pourquoi" autant que du "comment" contre-attaquer. Je vous livre ici le verbatim de ma présentation et le support qui l’accompagnait.

Introduction

Tout d’abord, merci au groupe ABF Rhône-Alpes pour cette invitation à laquelle j’ai répondu favorablement sans trop réfléchir aux attendus d’une telle journée d’étude. Il faut bien reconnaître qu’habituellement je décline ce genre de proposition et me fais plutôt rare sur les plateaux de la profession, non par condescendance ni mépris, mais pour plusieurs raisons :

D’une part, et d’un point de vue strictement économique pour ne pas dire écologique, il me semble assez contestable voire déraisonnable de faire traverser la France entière à des intervenants pour jouer leur petite musique habituelle, souvent déjà connue de tous… et accessoirement leur faire perdre 2 jours de travail pour à peine 30 minutes d’intervention !

D’autre part, il me semble que de tels rassemblements assimilables à une forme plutôt aboutie de tourisme professionnel qui remplit certes nos agendas en donnant le sentiment que nous travaillons sont assez illusoires voire inefficaces, nonobstant les vertus cathartiques et thérapeutiques du vivre et penser ensemble

Enfin, et dans le cas particulier d’Angers, il me semblait que nos actions et nos innovations étaient toutes bien documentées en ligne notamment sur nos blogs professionnels ainsi que dans le BBF et autres boites à outils de l’ENSSIB. Et donc venir m’écouter aujourd’hui trahirait soit une paresse et une mauvaise volonté de votre part à vous tenir informés, soit bien plus grave encore une incompétence notoire pour le faire…

Bien, ces sympathiques préliminaires étant faits, vous l’aurez compris, se pose donc ici la question de ma présence parmi vous. Pourquoi suis-je venu ? Quelle est ma valeur ajoutée objective ? Que vais-je bien pouvoir vous dire qui ne soit une litanie d’actions isolées toutes plus décoiffantes et innovantes les unes que les autres n’appelant de votre part que force superlatifs inutiles.

Bref, j’ai pensé que le pourquoi valait autant que le comment et qu’il serait intéressant, de part mon statut et la position de directeur, de prendre ici un peu de recul sur les actions en tant que telles et d’ouvrir une boîte noire, en l’occurrence celle d’Angers, afin d’aborder la question de l’innovation sous un angle plus stratégique et théorique (pour ne pas dire politique) que simplement pratique.

Je vous propose donc à ceux qui n’ont pas encore quitté la salle, de faire cela en 10 tableaux, essentiellement orientés sur les BU avec à chaque fois un exemple angevin pour illustrer mon propos.

1 – Des territoires

La bibliothèque est à la fois un espace physique et désormais un "amas" de services et de contenus en ligne plus ou moins bien délimitée. Aujourd’hui les enjeux liés à tous ces territoires sont aussi fondamentaux que complexes. Principale difficulté : créer, animer et faire coexister et se répondre ces espaces physique et virtuel, sans déséquilibrer l’un pour l’autre.

Difficulté d’autant plus grande que les conceptions et les représentations mentales de ces territoires et de leur fonctions s’avèrent éloignées d’un individu à l’autre, usager ou non de la bibliothèque… et a fortiori d’un bibliothécaire à l’autre !

Pour les BU, la piste héritée (privilégiée?) depuis une vingtaine d’année : un territoire physique plutôt morcelé en BU, BIU, BUFR, Bibliothèque d’institut, de laboratoire et de département que le décret de 1985 et la création des SCD n’a pas réellement réduit. En face de cette complexité, comme pour la conjurer, on a pensé et créé un territoire unifié et rationnel, bref idéal, où tout se rassemblerait : le portail documentaire.

Pour contre-attaquer, il me semble qu’il faut prendre cette dichotomie à contre-pied à savoir, concentrer et réduire les implantations physiques, pour en augmenter la qualité, l’attractivité et l’accessibilité, et inversement, fragmenter et disséminer l’espace virtuel de la bibliothèque pour le projeter là où se trouve l’usager. C’est ce que nous faisons modestement à la BUA.

2 – Des publics

Je vous épargnerai ici le couplet sur la génération Y et les statistiques habituelles sur les digital native. Juste deux éléments pour nous faire réfléchir ici : les étudiants qui entrent en 2010 à l’université sont nés en 1992. Les MCF recrutés en 2010 au terme de 8 à 10 ans d’études sont nés entre 1982 et 84.

C’est peu de dire que nos lecteurs dont les 3/4 sont nés après 1990 n’ont plus le même rapport au savoir, à la connaissance et plus largement aux supports et aux outils de communication que la plupart d’entre nous. S’ils sont pour nous des extraterrestres, nous le sommes également pour eux avec notre jargon, nos procédures compliquées, nos règlements inutiles, nos consignes absconses et nos outils désuets…

Un simple exemple, alors que nous nous obstinons à envoyer des e-mails et des news-letters à l’adresse officielle de nos étudiants, sommes-nous conscients que la majorité n’utilise plus le mail pour communiquer mais seulement la messagerie instantanée, les SMS et prioritairement leur profil perso dans FB ?

Pour contre-attaquer, il me semble qu’il faut restaurer (instaurer?) un dialogue avec nos usagers, en prenant un peu de risques d’ailleurs, parler leur langue, comprendre leur fonctionnement et accepter leurs différences, sans les juger ni les contraindre dans nos propres schémas, mais en simplifiant tout en réifiant l’environnement documentaire dans leur propre horizon. Un exemple à la BUA : l’utilisation institutionnelle de Facebook

3 – Des bibliothécaires

Nous voilà au cœur du sujet ! Car les bibliothécaires sont bien souvent la ressource la plus mal exploitée lorsqu’il s’agit d’innovation et de mutation en BU loin derrière les constructions, l’équipement, le matériel, les budgets, les marchés, les groupements de commande, les conventions, le grand emprunt… etc (Ex : Learning center où l’on parle de tout sauf de la dimension humaine des projets). Et pourtant, cette richesse, négligée et laissée en jachère, représente la part principale de nos moyens ( Ex : à Angers on a 1,7 M€ contre 2,3 M€ pour la masse salariale).

Alors certes, on se préoccupe des notations, de l’évaluation, des mutations, des promotions, des réductions d’ancienneté, parfois même de la formation, souvent déléguée à l’extérieur au CFCB, mais combien de collègues démotivés, mal informés, peu associés au changement (cf. les blocages récents à l’élargissement des horaires…) sans parler du poids de la hiérarchie, de la routine, de l’occupationnel jamais remis en question, des enjeux de statuts et de catégorie d’emplois… bref comment combattre et riposter sans combattants ni guerriers ?

Pour contre-attaquer, il faut libérer l’intelligence et la créativité des personnels. Les rendre sensibles à la nouveauté, les acculturer et surtout les sécuriser face au changement. Enjeu : former les agents à rester compétents en se posant toujours les bonnes questions plutôt qu’à être compétents à un moment donné avec les bonnes réponses, vite périmées. Plus d’autonomie, plus de participation et d’adhésion de tous les personnels et à tous les niveaux, c’est ce qu’on essaye de faire à la BUA au-travers de plusieurs dispositifs.

4 – De l’innovation

Je suis toujours frappé de cette façon particulière que nous avons d’introduire et de conduire l’innovation en bibliothèque. Comme un fait isolé et isolable en soi ! Souvent confiée à un chef de projet ou une cellule spécialisée on évite pourtant rarement certains écueils : l’isolement, par défaut d’association (l’affaire de quelques uns), l’enlisement, par excès d’association (l’affaire de tous), l’essoufflement, ou ce que l’on pourrait également appeler le découragement (quand les pionniers n’arrivent pas à passer le flambeau…) et parfois l’enterrement pur et simple.

Pour contre-attaquer, il convient de passer d’une logique de rupture à une culture du changement permanent et continu (percolation lente). Pour se faire, l’innovation doit avoir une dimension collective, interactive et plurielle bénéficiant toujours à plusieurs secteurs et/ou fonctions de la bibliothèque ainsi qu’évolutive dans le temps, tous ces éléments devant être appréhendés et projetés en amont de l’action. L’exemple du Blog de la BUA procède de cette méthodologie.

5 – De l’expérimentation

Deux difficultés dans les BU françaises : faire petit d’une part et faire machine arrière d’autre part. En d’autres termes : refuser tout autant la réussite modeste et progressive que l’échec grandiose et définitif. Les exemples sont légions : des portails documentaires à la gestion pathétique des thèses depuis 10 ans, en passant par les signets de la bibliothèque, le prêt entre bibliothèques, la formation méthodologique des lecteurs faite par et pour les bibliothécaires, les chartes documentaires et autres plan de développement des collections, les périodiques scientifiques toujours papier et que plus personne ne lit…

Pour contre-attaquer, il faut apprendre à avancer, reculer, échouer, recommencer, capitaliser ses expériences et partager ses erreurs comme ses réussites. Pour cela, réserver par exemple 1% par an de son budget à des actions pionnières, et capitaliser cet effort pécuniaire avec d’autres, me paraîtrait assez raisonnable.

C’est ce que nous faisons à la BUA en essayant toujours que l’expérimentation profite d’une manière ou d’une autre : à l’usager, au bibliothécaire, à la tutelle en terme d’image ou encore au milieu professionnel en général (propension à essuyer les pâtres). Et il faut reconnaître que dans bien des cas, l’expérimentation bien pensée dure et rentre très vite en production…

6 – De la valorisation

Là je serai expéditif et excessif. Franchement, si les bibliothécaires sont incapables de percevoir et d’appréhender la richesse de leur fonds et plus globalement la chance d’un environnement informationnel et d’un monde de plus en plus documentarisé, et donc leur position heureuse dans cette infosphère en mouvement : de médiateur, sélectionneur, développeur, éditeur et co-organisateur d’un environnement original de savoirs, à la fois local et de plus en plus global… qu’ils changent de métier ou au moins qu’ils arrêtent de se lamenter et de pleurer sur leur sort.

Force est d’admettre que la valorisation ne fait pas partie de la culture majoritaire en BU, ou alors sous des formes assez archaïques et inopérantes. J’irais même jusqu’à dire qu’on a rejeté et qu’on rejette encore la valorisation, comme une fonction secondaire, relevant plus de la lecture publique, du documentaliste voire de l’ingénierie des connaissances.

Pour contre-attaquer, il faut s’emparer de la valorisation physique et virtuelle, des contenus et des services, maîtrisés et produits par l’institution mais aussi existant à l’extérieur. Cela implique des changements de compétence et de profil, et un questionnement profond sur la valeur ajoutée du bibliothécaire.

Un exemple parmi d’autres à la BUA, la politique des fonds spécialisés, vivants et toujours en développement, avec un lien très fort avec l’édition et les Presses de l’université d’Angers qui sont aussi sous la responsabilité du directeur du SCD.

7 – De l’hybridation

J’aurais un point de vue un peu divergent de la doxa habituelle qui caractérise la bibliothèque hybride : d’un côté traditionnel, de l’autre virtuelle le tout évoluant vers l’idée d’un troisième lieu où tout cela se mettrait en forme et en résonance. Ce qui me gène ici, c’est le caractère endogène et bibliocentré de l’approche et finalement notre seule capacité à nous hybrider avec nous-mêmes sous des formes différentes. Et par là, pour les BU, une vraie difficulté et une crainte à modifier leur code génétique en quelque sorte en s’ouvrant à des fonctions plus sociétales : culturelles, ludiques, associatives, événementielles… pour ne pas dire parfois sociales.

Pour contre-attaquer, il nous faut trouver des alliés objectifs – peut-être eux-mêmes affaiblis comme nous ? – pour construire une nouvelle forme d’utilité, qui ne serait pas seulement documentaire, mais sans doute plus large, et donc réinventer une visibilité autour de missions ou de fonctionnalités nouvelles clairement assumées.

L’ouverture sur la ville, avec la gratuité comme point d’ancrage, sous-tend par exemple la politique culturelle de la BUA et sa position, originale et reconnue, pour ne pas dire dominante, au cœur l’université mais aussi dans la ville d’Angers avec une Galerie, la Galerie 5, consacrée à la création contemporaine et bientôt une nouvelle Galerie en centre ville dédiée à la photographie.

8 – De la coopération

J’hésite entre pis aller, vœu pieux, quadrature du cercle, sacerdoce et gageure pour vous parler de la coopération en BU. Sans doute autant que partout ailleurs, la coopération y est très difficile mais elle est rendue de plus en plus complexe par les nouveaux territoires fictifs ou fictionnels que sont les PRES et paradoxale, par l’autonomie des universités et les lignes de concurrence et de compétition qui en découlent.

Autre fait notoire, la coopération s’avère souvent distanciée de l’usager et rarement centrée sur lui : plan de conservation partagée, négociation des ressources électroniques, formation du personnel, simplification de la facturation du PEB, le catalogage en réseau…

Pour contre-attaquer, il faut remettre l’usager au cœur de projets de coopération moins technocratiques et dont les retombées doivent être perceptibles et utiles à l’usager.

C’est ce qui a été fait avec Ubib.fr, initié et coordonné par la BUA au sein du Réseau des universités de l’Ouest Atlantique (RUAO), projet qui a la vertu de (re)mobiliser les personnels sur le renseignement bibliographique et s’impliquer dans un service dont l’usage est immédiatement palpable et évaluable.

9 – De la communication

C’est le talon d’Achille des BU qui bricolent le plus souvent faute d’avoir internalisé certaines compétences nécessaires en matière d’édition, de PAO, de web design, de vidéo,… et à la fois, l’enjeu n’est pas tant de faire des plaquettes, des affiches et des guides du lecteur sur papier glacé que de considérer l’action comme une forme de communication en elle-même.

On peut se représenter et schématiser tout cela en un triangle vertueux et réflexif où savoir-faire, faire, faire-savoir se tiennent et sous-tendent nécessairement l’action-communication en bibliothèque. Et très souvent, ce qui dysfonctionne, c’est l’absence d’un voire deux éléments ou la disproportion des actions. Trop communiquer sur une action banale est aussi grave que de ne pas bien ou assez communiquer sur une action géniale.

Pour contre-attaquer, il ne faut pas avoir peur de communiquer, de nous rendre audible, visible et lisible, sans galvauder nos missions ni nos actions. Mais encore faut-il que nous agissions, ce qui est la première étape de la communication qui dit encore le mieux ce qu’est ou n’est pas (ou plus) la bibliothèque.

10 – De l’évaluation

Je conclurai ici sur cette nécessité de toujours avancer avec un œil dans le rétroviseur mais aussi la main sur la poignée des gaz pour ralentir et accélérer quand il le faut. Car si l’évaluation qualitative s’introduit lentement dans les BU, avec Libqual+ notamment, elle demeure encore trop une fin en soi qui débouche rarement ou difficilement sur des actions concrètes, plutôt qu’un outil de pilotage qualitatif.

Nous sommes donc encore loin des démarches qualité globales qui seront un jour sans doute nécessaires, pour justifier notre valeur et donc notre existence, mais nous pourrions déjà progresser par petites touches et par engagements successifs et pérennes dans le temps.

C’est ce que nous faisons à la BUA depuis 2008 avec 20 engagements qualité que nous entendons tenir d’ici la fin de ce contrat quadriennal, en 2011, et poursuivre par une certification qualité ISO 9001 d’ici 2015.

Learning center… purée !

Je synthétise et complète ici mon point de vue donné à Livres-Hebdo pour un article à paraître sur les Learning centers "à la française". En substance, ce nouveau prêt-à-penser n’a pas de sens hors l’analyse réaliste des limites des BU françaises (matérielles et intellectuelles) et des spécificités de notre modèle universitaire.

La journaliste, fort sympathique au demeurant, ayant voulu me faire dire à tout prix que la nouvelle BU Saint Serge était un Learning center, il me semble important de revenir sur quelques définitions pour éviter les confusions, même si l’envie est grande de fanfaronner en répondant oui, ce qui est tentant, mais que je laisse à d’autres (qui font d’ailleurs moins bien qu’à Angers !).

1) Tentative de définition. Un learning center est un lieu pour l’apprentissage et l’acquisition des savoirs où l’individu rencontre et se frotte librement à la connaissance sous des formes et formats multiples, avec ou sans l’intermédiation d’une personne physique (enseignant, bibliothécaire, médiateur, conférencier,…). C’est donc la diversité et la maîtrise des modalités d’accès, physique et numérique, associées à leur facilité d’usage (disponibilité, ergonomie des espaces et des outils, ouverture horaire…)  qui définit la richesse et la qualité d’un learning center.

2) Limites matérielles. En un sens, une BU est déjà un learning center, dont on pourrait se satisfaire s’il ne lui manquait quelques éléments quand même… l’amplitude horaire, déjà, qu’on a bien du mal à élargir en France, malgré les efforts et déclarations d’intention… 58, 59, 60h par semaine ? passer à 65h ne change rien d’ailleurs car c’est surtout la régularité et la continuité des horaires qui comptent. En deçà de 8h-22h voire 24h 7j/7J, car on apprend à toute heure et tous les jours même le dimanche, difficile de parler de Learning center. Ensuite, les moyens informatiques. Certes, des progrès sont à noter mais trop maigres encore. A Angers par exemple où nous sommes plutôt bien lotis, 10% des places seulement sont informatisés, soit 200 postes (+ 100 portables) le plus souvent saturés. Disons qu’en dessous de 50% des places informatisées, on reste dans un schéma classique. Enfin, une architecture modulaire qui permette toutes les configurations : cours-conférence, TD-atelier, petits groupes, travail isolé… le tout gérant les questions de bruit/silence. La moitié des places au moins doivent pouvoir être dévolue, selon les besoins, à l’un des quatre usages ci-dessus. On en est très loin.

3) Limites intellectuelles. Véritable paradoxe qui voit les décideurs tout à la fois désirer le changement et l’innovation mais bien souvent ne pas comprendre ni accepter les évolutions en cours sous leurs yeux, et encore moins les expérimenter dans leur quotidien, bibliothèques comprises, sauf à les tordre dans leur propre réalité en les minimisant ou en les niant. Pour un bibliothécaire qui accepte l’animation et le bruit, la transhumance des mobiliers (tables, chaises, fauteuils…), l’utilisation des espaces pour du non documentaire (faire cours à la bibliothèque par exemple !), l’utilisation libre des outils mis à disposition (réseau sociaux, chat,…) et l’introduction d’outils-supports alternatifs (blogs, podcast, jeux vidéos, livrels…), combien refusent encore tout cela en bloc ? Sans parler de la défiance à l’égard des formes nouvelles de participation et de (re-co)construction des savoirs. Demandez donc à un bibliothécaire ou à un enseignant, parties prenantes du futur learning center, ce qu’ils pensent de Wikipédia… Ne nous mentons pas. Avant de changer la réalité, c’est bien de cette double contrainte qu’il faut parler pour transformer les mentalités, avant même les compétences (cf. infra)

4) Limites structurelles. Sans doute les plus fortes qui tiennent à l’économie de la connaissance dans le système universitaire français. Hérité d’un système anglo-saxon basé sur une pédagogie active et sur l’autonomie de l’étudiant envisagées sous un angle fortement inter-disciplinaire, le learning center est-il transposable en France ? Est-il même adapté et utile à un écosystème centré sur la reproduction et l’accumulation plutôt que sur la découverte et l’expérimentation pro-actives des savoirs ? Si on peut légitimement s’interroger sur le rôle (et douter de la capacité d’en jouer un à moyen terme) des enseignants dans ce nouveau dispositif pédagogique, c’est aussi la place des bibliothécaires qu’il faut reconsidérer au sein du Learning center qui ne se substitue pas à la bibliothèque mais l’augmente. Sommes-nous dès lors omniscients et compétents pour tout faire ? Non ! Il nous manque à la fois des savoir-être propres à la médiation physique et virtuelle et des savoir-faire pour construire un environnement numérique adapté et évolutif (pour preuve, la bérézina des portails documentaires dans laquelle s’engluent depuis plus de dix ans la majorité des BU française). Pour cela, c’est la structuration de nos métiers qu’il faut reconsidérer pour introduire (remplacer ?) des compétences et appétences nouvelles car les Learning center ne se feront pas avec des catalogueurs ou des conservateurs maniant à peine les concepts et les outils de l’information.

Pour conclure,  faute de considérer toutes ces limites, avec l’ensemble des partenaires en dehors de la bibliothèque, les Learning center demeureront un nouveau hochet professionnel prétexte et pompe à finances qui n’aboutira au pire qu’à la construction de bibliothèques un peu mieux équipées, un peu plus confortables et accueillantes… ce qui existe déjà ici, ici, ici ou encore ;-)

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