Je n’suis pas d’accord…

yin_and_yang…avec la réponse faite par RM au billet d’humeur rédigé ici.

Je ne crois pas que les choses soient aussi simples ou schématiques. A mon sens, il n’y a pas un seul modèle de bibliothèque universitaire en France et on ne peut réduire la diversité des situations au seul idéal-type de la bibliothèque qui devrait être mieux dotée, dirigée par des spécialistes de la discipline et au seul usage de chercheurs pro-actifs qui viendraient nombreux. Cela est vrai à certains endroits souvent cités et utilisés par RM (BNF, BSG, Mazarine,…) mais pas à d’autres ! J’en profite d’ailleurs pour dire qu’a contrario, il n’est ni envisageable ni souhaitable de généraliser l’exemple angevin qui ne vaut que pour une réalité et un environnement donnés.

Le problème vient surtout du fait qu’on ne sait pas identifier et développer les spécifités, pour ne pas dire l’excellence, de chaque bibliothèque. Dire : ici, j’ai besoin de telle compétence et là plutôt de celle-ci. Telle bibliothèque à une mission recherche ou une vocation nationale, il faut des spécialistes. Tel établissement développe une politique d’accueil et d’accompagnement d’une population spécifique (par exemple 30% de boursiers et 10% d’étrangers dans mon université…) la bibliothèque doit être pensée différemment. Tel autre s’est lancé dans l’enseignement à distance, il faut des spécialistes de la dématérialisation documentaire… Pour cela, il faudrait SPECIALISER les conservateurs à l’Enssib et leur donner la possibilité de changer de spécialité en formation continue dans le cours de leur carrière (cf. ici). A défaut on forme des “pompiers” du quotidien qui luttent contre la “tatillonnite” administrative, et parfois s’y complaisent, en étant un peu bons et un peu mauvais partout.

Je pense qu’il faut des spécialistes ET des managers en bibliothèque mais que la profession n’est aujourd’hui dominée ni par les uns, ni par les autres, c’est bien son problème. D’accord donc avec RM pour faire des bibliothécaires de véritables scientifiques, légitimes sur les contenus académiques OU sur l’organisation et la gestion de ces contenus (mise en valeur, évaluation, accessibilité, numérisation, formation…). Mais il n’y a aucun avantage à opposer des genres qui sont nécessaires et complémentaires. Laisser croire que les premiers seuls seraient légitimes, c’est oublier que les chercheurs sont ou seront des enseignants et qu’à ce titre, ils ont besoin de penser, ou qu’on pense à leur place… la bibliothèque au service des autres, ceux qu’ils forment et qu’ils encadrent, et pas seulement à l’aune de leurs seuls intérêts dans un dialogue en vase clos avec le bibliothécaire alter-ego.

La légitimité du bibliothécaire est aussi là : apporter une valeur ajoutée sur l’environnement des contenus tout autant que sur la connaissance des contenus eux-mêmes, relativisée et in fine contestée, peut-être à tort, par le “vrai” chercheur-lecteur !

21h55 / BU Saint-Serge

Bien sûr il y a les statistiques, les sondages, les enquêtes, les taux de fréquentation et d’occupation des salles, l’indice de satisfaction, le nombre de prêts, le nombre de passages, le ratio coût/bénéfice… oui, il y aura tout cela pour dire si ça marche, s’il faut continuer ou bien tout arrêter ! Mais il n’y a rien pour dire ce que l’on ressent à offrir des espaces et des services à “nos” étudiants, à les voir si naturellement attablés, studieux, détendus, chez “nous” comme chez eux, seuls ou à plusieurs autour de leurs ordinateurs. Il n’y a rien pour dire le sens qu’on a l’impression de donner à leur présence sur le campus, rien pour traduire le sentiment de se sentir UTILES, simplement.

PS : ne pas rater la taulière à 2′05″ assurant son troisième 22h de la semaine !

Ouvrir plus : quel poids pour la BU ?

f0209-AT2359Après 18 mois de travail au sein du Groupe Horaires et Temps constitué en interne, la BU d’Angers propose à ses usagers des horaires très élargis (apparemment le maxi des BU en France) : 8h30-20h ou 22h à Saint Serge d’octobre à mai, du lundi au jeudi, et 8h30-18h vendredi et samedi. Soit 65h hebdo. à Belle Beille et 73h sur 24 semaines à Saint Serge.

Le principe : faire fonctionner chaque BU à partir de 18h avec 3 moniteurs et 1 cadre présent, les autres titulaires pouvant choisir ou non de travailler entre 18h et 20h (jamais après 20h), le dispositif fonctionnant en théorie sans eux. En pratique, lorsqu’ils sont là jusqu’à 20h, les agents peuvent être au service public s’ils le souhaitent. Quel poids supplémentaire pour la BU ?

Côté moniteurs : coût nul pour la tranche 18h-20h. En effet, nous avons fait glisser les 6 moniteurs d’accueil jusque là présents sur les 3 sites de 17h à 19h (5 jours par semaine), sur 2 sites de 17h30 à 20h et plus que 4 jours par semaine. En revanche, pour la tranche 20h-22h, le coût est de 24 semaines x 3 moniteurs x 4 jours x 2 heures x 15 € = 8640 € intégralement pris en charge dans le cadre du plan licence.

Côté encadrement : les cadres bénéficient d’heures de vacations après 20h sachant que 2 cadres sur les 8 concernés par ces astreintes physiques ont choisi de récupérer leurs heures (coef 1,5). Chaque cadre effectue au total 12 astreintes 20h-22h par an. Le coût est donc de 12 astreintes x 2 heures x 6 cadres concernés x 40 € = 5 760 € payés sur ressources propres du SCD

Côté société de service : lorsque les bibliothèques ferment à 20h, il y a un cadre dans chaque bibliothèque. En cas d’empêchement (maladie, congés, absences…), il y a toujours au moins un cadre sur le réseau et un agent de sécurité ferme les portes et met l’autre bâtiment sous alarme, sur demande de la BU donc (12 € l’intervention). Notons qu’en cas de problème de 18h à 20h un agent rondier est joignable sur zone et présent sous 10 minutes. Pour les fermetures à 22h, un agent de sécurité est posté à la BU de 18h45 à 22h45. Le coût de la sécurité est de 11 400 € pris en charge dans le cadre du contrat global de l’université pour la sécurité des biens et des personnes.

Au final, la BU d’Angers ouvrira 672h de plus cette année, soit 34 € de l’heure d’ouverture supplémentaire pour 15 000 m2 offerts avec tous les services (prêt, retour, renseignement, peb, inscription, internet, collections en libre accès, communication magasin). Alors ouvrir plus, vraiment ça coûte ?

Oui, du temps, de l’énergie, de la persuasion, de l’échange, de l’envie… mais ça rapporte aussi beaucoup. pour l’évaluation de cet élargissement, voir ici.

Statut et métier : la quadrature du cercle

47Quelques éléments pour poursuivre le débat après le rebond de Bertrand Calenge à ce billet et les commentaires toujours avisés des collègues.

Plusieurs points importants pour aborder la question des missions des agents d’exécution dans les bibliothèques et de leur reconnaissance statutaire, et donc salariale  :

- La généralisation est impossible. On ne peut réfléchir en confondant toutes les  situations BM, BU, BNF… ainsi qu’en comparant de gros établissements à de petites structures plus familiales.

- La question du recrutement direct ne se pose pas partout de la même manière. Encore peu répandu dans les BU, il semble accélérer, ailleurs, la distorsion entre le profil recruté et le statut d’embauche, avec une tendance à la sur-employabilité pour les catégorie C.

- La combinaison concours/statut national semble à l’inverse produire et justifier plus de sous-employabilité dans les BU, le profil réel procédant plus d’un cadre théorique un peu figé (ce que peut ou non faire l’agent) que de la réalité.

- Le problème d’adéquation entre fonction et statut, soit entre les responsabilités et leur “juste” rémunération ne se pose pas que pour la catégorie C. Il est aussi très prégnant pour les catégories intermédiaires qui voient leur mission évoluer. En allant plus loin, on peut aussi se demander s’il est bien normal que les conservateurs passent leur temps à gérer des problèmes techniques et logistiques au quotidien (portes, fenêtres, wc, sécurité, plannings, ménage…) plutôt que d’assumer pleinement leur rôle scientifique et politique.

- La requalification des emplois d’exécution n’impacte pas que les bibliothèques. Elle touche aussi les autres filières où la technicisation et la responsabilisation des agents de catégorie C est très forte. Nous ne sommes pas les seuls à changer ! Nous ne sommes pas ceux qui changeons le plus ! Cet élément doit être pris en compte dans les représentations de nos efforts et nos revendications internes aux universités (avec les RCE).

- La position du “ne bougeons rien de peur d’ostraciser ceux qui ne bouge pas” n’est pas tenable. Elle revient à refuser toutes innovations sous prétextes que ces dernières sont au départ portées par une minorité qui y trouve un intérêt professionnel ou personnel. Elle condamne aussi les 80% prêts à évoluer à subir l’attentisme des 20% restant.

- La théorie de l’aliénation par le travail parasite vraiment la donne. L’équation travail mal rémunéré = travail subi est vraiment réductrice et tout aussi méprisante et sans espoir pour ceux, la majorité, qui y cherchent (trouvent ?) aussi autre chose : valorisation personnelle, image de soi, utilité sociale, capacité d’initiative… En outre, les bibliothèques sont quand même loin d’être assimilables au bagne (qui peut tout aussi être non automatisé…) et les rémunérations des personnels d’exécution ne sont pas comparables à la situation plancher de beaucoup de gens dans le privé : le SMIC durant 41 ans ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais le vrai problème n’est pas tant la rémunération qui, hors prime, va de 1363 € à 1910 € bruts que la progression de carrière et à la pyramide des emplois et des possibilités de promotion : un vrai scandale.

- Il faut enfin un minimum de courage politique et de persuasion pour requalifier les profils indépendamment du statut, constant lui, où nouvelles missions ne veut pas dire nouvelle forme d’exploitation et, par ailleurs, repyramider systématiquement les postes vacants de magasiniers en assistant des bibliothèques en faisant  dans ce cas comprendre aux magasiniers que le gain n’est pas pour eux dans l’immédiat, sauf pour l’augmentation mécanique mais résiduelle des possibilités de promotion dans le corps supérieur, mais pour leurs successeurs.

Je pense qu’on ne peut pas tout faire ni faire la même chose partout. Il faut raisonner et agir dans un environnement donné en fonction de l’ intelligibilité de certaines idées et de la capacité des équipes à les mettre en oeuvre (recevabilité) et de l’encadrement à accompagner ces mutations. La BUA ne cherche donc pas à imposer son modèle aux autres, mais juste à leur faire comprendre qu’à situation égale, certains choix sont peut-être possibles voire souhaitables et souhaités par les acteurs car bénéfiques pour eux.

Et pour répondre à Bertrand et à antmeyl, c’est justement là, sur le terrain que les propositions se situent, dans l’action concrète, distincte et contextuelle et non dans le souhait de changements structurels générauxeux qui ne viendront pas (passer tous les C en B, modifier les grilles d’avancement, augmenter les salaires,…)

Hyperlivre : le non-sens des choses…

hyperlivreJe préviens tout de suite, il va être difficile de rédiger ce billet sans recourir à quelques qualificatifs précis comme “prétentieux”, “boursouflé”, “archaïque”, “consternant”, “pathétique” et “à la limite de l’arnaque”… pour décrire le dernier hyper-projet de Jacques Attali, il faut dire bien aidé dans cette hyper-entreprise par les Editions Laffont et l’opérateur de téléphonie Orange !

De quoi s’agit-il ? D’un livre papier que vous achetez 21 € en librairie (ou sur internet si vous avez peur d’attraper la grippe A…) avec des vraies pages à tourner. Sur certaines de ces pages, il y a un flashcode, c’est à dire une sorte de code à barres que vous devez photographier avec votre téléphone portable et envoyer sur un hyperportail (on ne rit pas) qui vous donne des contenus enrichis en relation avec ce que vous êtes en train de lire. Vous suivez ? Ah oui, j’oubliais, il ne faut pas avoir un téléphone trop vieux ni trop récent puisque l’application nécessaire pour gérer les transferts n’est compatible qu’avec un quart des portables actuellement sur le marché. Bon, autrement vous pouvez envoyer un SMS en tapant LSDC et le numéro de la page ou bien… juste vous rendre compte ici de “la galaxie audiovisuelle” et de l’“univers entier” selon les termes de Jacques Attali auxquels vous accéder.

Le bilan est vraiment cruel. Sur 83 malheureux contenus proposés :

- 35 sont des tableaux, graphiques ou images fixes qui auraient pu sans problème être intégrés dans le texte
- 12 sont des interviews souvent très courtes (la plus surréaliste étant celle de Rocard) ou trop longues et sans intérêt de personnalités qui répondent au “questionnaire Attali”
- 25 sont juste un lien vers un forum de discussion pour vous faire réagir ou participer à un sondage
- le reste est du document sonore ou visuel à très faible valeur ajoutée souvent sous forme d’extrait (ben oui, faudrait pas non plus avoir à payer des droits) qu’on trouve généralement sur Youtube (sketch de Coluche, extrait de journal de France 3, passage musical au son pourri,…)

Que dire de plus sur ce projet qui fait hyper-pshiiiit ? Voir aussi et surtout derrière tout cela, la conception funeste et indigente de ceux qui maîtrisent les tuyaux et souhaitent maîtriser les contenus et la position à la fois frileuse et à l’égo hypertrophié des éditeurs traditionnels qui s’accrochent à leurs derniers privilèges en écopant à la petite cuillère et en pagayant sur leur barque alors qu’il leur suffirait juste d’y mettre un moteur numérique.

Ah oui ! J’oubliais pour terminer, il ne faut pas manquer la réponse filmée de Jacques Attali à son propre questionnaire… si,si. A la question : “Si nous entrions dans une période de rareté énergétique imposant une grande frugalité, de quoi seriez vous prêt à vous priver ?” Réponse : “de mobile”. De mobile ? Plus de mobile ! Plus d’hyperlivre ! CQFD !

Automatiser ET humaniser

C3POJe reprends ici le riche débat introduit sur Face-écran. Au-delà de  l’automatisation du prêt/retour dans les BU, c’est la question même du rôle des magasiniers dans les prochaines décennies qui est posée. Si je partage en partie les réserves et les inquiétudes sur le risque de déshumanisation des services publics en général et de réduction des effectifs à mission constante, je ne pense pas qu’on puisse se prévaloir de cela pour faire perdurer et cautionner le système tel qu’il existe aujourd’hui, pour plusieurs raisons :

1. Il faut penser le système de façon diachronique où les compétences ne sont pas figées. Certes, beaucoup de magasiniers ont été recrutés il y a des années pour communiquer des documents, faire du prêt et du retour, recouvrir les livres, bulletiner les périodiques… mais de plus en plus sont et seront immergés dès le départ dans des environnements numériques (exit les revues papier par exemple) où les prêts diminuent, où le lecteur est de plus en plus distant (physiquement et sociologiquement) et où la relation à l’usager prime sur l’entretien des collections (inventaire, réparation, trains de reliure,…).

2. Si les tâches n’évoluent pas en apparence, les profils universitaires des personnels recrutés sont eux à la hausse. Licence et master sont de plus en plus répandues chez les magasiniers et le départ à la retraite de la dernière vague des baby boomers va encore plus concentrer ces profils. Doit-on faire comme si de rien n’était et maintenir les profils existants ? Sachant que de plus en plus de candidats retenus sont aussi dotés de diplômes professionnels (DUT, Licence pro, Master Pro en bibliothéconomie) et cherchent à conforter leurs compétences pour passer des concours ?

3. Les magasiniers sont le premier maillon de la BU et parfois le seul recours des usagers. Considérer que leur mission est principalement relationnelle n’est donc pas trahir leur fonction mais au contraire réaffirmer leur importance dans la médiation documentaire et valoriser sans sur-employer. Il faut pour cela changer de point de vue et accepter qu’aller au contact de l’usager, aller à sa rencontre dans les rayons pour savoir s’il trouve ce qu’il cherche, l’accompagner sur les opacs, participer à l’orientation de premier niveau, en ligne par exemple, et aider le lecteur dans l’utilisation des dispositifs techniques, : photocopieurs, scanners, lecteurs de miro-fiches, ordinateurs, imprimantes, wifi, automates de prêt, demeure compatible avec le statut et le salaire des magasiniers. De même que l’exemplarisation ou la localisaiton des documents dans le catalogue ou le SUDOC fortement démonétarisées car rendues plus simples et plus faciles dans l’écosystème documentaire actuel.

4. Le prêt/retour est une position à la fois contrainte et contraignante. Certes, dans bien des cas une relation humaine s’instaure, qu’il faudrait d’ailleurs analyser sans idéaliser, le plus souvent d’ailleurs lors de situations critiques où le professionnel n’a pas forcément la main pour faire comme il veut, par manque de temps ou de latitude d’action. Que les catégories A et B qui font de la banque de prêt à la petite semaine trouvent cela très dépaysant voire enrichissant est une chose,  mais on ne peut nier que ces tâches principalement mécaniques sont, à haute dose, rarement épanouissantes pour les agents  ou porteuses de forte valeur ajoutée pour les usagers.

5. L’activité de prêt/retour assurée par les magasiniers est une fonction confortable pour l’encadrement qui n’a pas à se creuser les méninges pour les tâches à confier aux magasiniers sur 1/3 ou 1/2 de leur temps, une sorte de rente occupationnelle. Refuser l’automatisation c’est aussi éviter de bouger l’ensemble des profils pour remonter toutes les catégories d’un cran en confiant notamment la valorisation documentaire et intellectuelle des collections et des services aux catégories B et en maintenant les magasiniers dans des tâches subalternes traditionnelles, ce qui n’est ni tenable ni acceptable au regard des capacités de la majorité des agents de catégorie C et de l’évolution des besoins qualitatifs des établissements.

En écoutant Patrick Bazin

google-is-evil5Si vous avez raté les matins de France culture du 17 septembre dernier sur la numérisation des bibliothèques, vous pouvez les retrouver ici

Sinon, voici le verbatim des passages les plus intéressants dans les réponses de Patrick Bazin, toujours placées dans une perspective historique et technologique :

Avec Google recherche de livres, il y a là une bibliothèque numérique mondiale en train de se réaliser. Si on attend trop, il n’y aura plus beaucoup de raisons de numériser les richesses des bibliothèques françaises. Si nous n’allons pas vite dans cette opération de numérisation de la collection de la BML qui s’est développée au fil des siècles, et qui a sa logique propre et sa stratification historique, elle disparaitra du paysage numérique. Est-ce cela que l’on veut ? D’où l’importance de trouver une solution financièrement acceptable pour numériser cette collection.

On se trouve dans une phase où il faut numériser une quantité importante de contenus. Ensuite il faudra passer au qualitatif pour développer des services autour des contenus. Nous avons d’ailleurs à Lyon le projet de mettre notre argent plutôt dans la valeur ajoutée, dans le qualitatif, c’est à dire dans les services associés que nous déploierons autour de la bibliothèque numérique que nous aurons générée grâce à la production de type “industrie lourde” de Google qui nous aura permis de récupérer des fichiers et finalement de pérenniser nos collections. Je ne pense pas que nous puissions trouver dans dix ou quinze ans des financements pour faire cela parce qu’effectivement, la bibliothèque mondiale Google aura été faite.

La sélection des ouvrages qui seront envoyés à la numérisation par Google sera faite par les bibliothécaires de la BML. L’objectif fondamental est de récupérer les fichiers, en pleine propriété, de telle manière que nous puissions dès l’année 2010 constituer notre bibliothèque numérique. Il est indispensable qu’à côté de cette espèce de “grand sac” qu’est Google recherche de livres, certes extrêmement utile mais où l’on juxtapose les ouvrages, qu’un certain nombre de bibliothèques importantes, peut-être pas toutes, constituent leur propre bibliothèque numérique en fonction de leur propre logique et c’est la cohabitation des deux qui est intéressante. Le site de la BML sera en relation partenariale avec le CNRS, avec d’autres bibliothèques et avec Européana. Il faut aller vers une pluralité d’accès. L’importance c’est que la collection de la BML, en tant que collection, soit présente dans son architectonique sur internet.

La polémique actuelle, en tout cas en France, est relativement indécente.  Pour avoir participé en 1989/90 avec Jean Gattégno, Bernard Stiegler, Alain Giffard et d’autres à la conception de la future bibliothèque numérique de la BNF, nous préconisions à l’époque une numérisation à la fois en mode image et en mode texte systématique des collections de la BNF, chose qui n’a pas été faite. Il y avait une opportunité à l’époque, je ne dirais pas de faire l’équivalent de Google qui n’existait pas à l’époque… donc on aurait pu imaginer que la France ait une avance considérable. Donc aujourd’hui, il s’agit simplement de rattraper notre retard même si beaucoup n’avaient pas vu à l’époque l’importance que prendrait internet et le fait que l’avenir est dans l’horizontalité et la connexion horizontale à l’échelle mondiale de différents corpus.

La grande question qui se pose aux bibliothécaires, aux chercheurs et aux humanistes, c’est effectivement de rester fidèles à la mission qu’ils ont toujours eue. Mais pour rester fidèle à cette mission de transmission de la culture, encore faut-il comprendre la mutation actuelle et s’adapter à cette mutation. On parlait tout à l’heure de mise à plat des livres et de la connaissance, il y a là pour les bibliothécaires une responsabilité qui consiste à la fois à se couler dans cette évolution et en même temps de jouer le rôle de guide, de transmetteur, de médiateur. Pour les bibliothécaires, il y a un enjeu de médiation extrêmement important.

D’une part, l’internet, c’est le triomphe de la bibliothèque. L’ensemble des activités humaines s’inscrit aujourd’hui dans une logique de bibliothèque, c’est à dire d’archivage et de traitement de l’archive, au fond tout est devenu bibliothèque aujourd’hui, c’est ce que l’on peut appeler la bibliothécarisation du monde. Mais d’un autre côté, les bibliothèques en dur en tant que lieu de convivialité et de socialisation au sens le plus concret et pratique du terme ont un avenir extrêmement important. La notion de proximité et le fait d’avoir des bibliothèques à l’échelle d’une ville ou d’un quartier où les gens quelles que soient leur génération ou leur condition sociale peuvent se retrouver autour de la question du savoir. Les bibliothèques ont un rôle majeur à jouer et tout l’enjeu est d’arriver à articuler cette proximité et cette vie bouillonnante de culture à l’échelle de la bibliothèque physique avec la mondialisation du savoir, et c’est pour cela qu’il faut être présent sur les deux fronts.

L’un des grands enjeux culturels des années qui viennent, c’est l’articulation entre des usages hiérarchisés jusqu’à présent pour des raisons culturelles mais aussi politiques et d’organisation de la société, de centralisation des lieux du savoir avec des usages diversifiés des spécialistes et des non spécialistes, plus populaires, dans ce grand “fourre tout” si l’on peut dire qu’est Google recherche de livres.

Et plein d’autres choses encore sur la diversification de la société de la connaissance et l’orientation vers une société du savoir plus dynamique. La logique de l’usager face à celle du chercheur… etc.

Donner “corps” à la BU

2008 aura été riche en communication à Angers avec les campagnes de lancement et de restitution de l’enquête Libqual+. Pour cette rentrée, nous poursuivons ce choix d’incarner le bibliothécaire ou ses avatars, ici les moniteurs étudiants, pour valoriser à la fois les “vrais acteurs” et notre nouveau service d’accompagnement des étudiants de niveau L.

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Sur les 15 moniteurs recrutés cette année, 4 seront présents dans les BU de 18h à 20h du lundi à jeudi pour aider et répondre aux étudiants (soit un chaque soir dans les deux principales BU). Afin d’éviter le désoeuvrement souvent observé ailleurs chez ces tuteurs méthodologiques, ces derniers seront également chargés de la formation-sensibilisation des étudiants de L1 et L2 (6h hebdo en moyenne et 4h hebdo postés dans les BU), ce qui devrait leur permettre de créer un lien relationnel lors de ces séances et de proposer de venir les revoir en soirée en cas de difficulté.

Comme toujours, le coût de cette campagne est assez modique soit : 600 € pour la prise de vue, 500 € pour les 300 affiches 40×60, 150 € de reprographie couleur faite en interne pour 8000 flyers de retour, 2000 cartes postales et une centaine d’affiches A3 et A4. Pour ce qui est du service en lui-même qui devrait concerner autour de 1500 étudiants de niveau L en présentiel, il avoisine les 22 000 € par année pleine intégralement pris en charge dans le cadre du Plan Licence.

Précisons que nous étions partis avant les vacances d’été sur une toute autre idée qu’il nous a été difficile de concrétiser pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le manque de finalisation des services que la campagne était censée valoriser, le travail sur la qualité de l’accueil notamment, ce qui revenait à communiquer sur de la “non-action”. La question des droits dérivés avec Lucas Film… et la complexité du message indirect qui disait ce que le bibliothécaire n’était pas et prêtait à confusion (avec ce que pouvait être le bibliothécaire ou même le lecteur). Et puis, McDo nous a coupé l’herbe sous le pied avec sa dernière campagne, et c’est très bien ainsi.

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Je mets quand même ici les pré-maquettes réalisées à partir des visuels de la campagne Libqual+ au cas où cela donnerait des idées à certains collègues en déclinaison sur d’autres thèmes. Cela donne aussi une idée des brain storming en équipe de direction de la BU entre le point de départ et le résultat final.

Ebook émissaire…

Suite à la lecture de l’article Le livre dans le tourbillon numérique du Monde diplo de septembre 2009 je me contenterai ici de poser quelques questions débiles (c’est normal, je me suis mis à Twitter cet été…) qui peuvent néanmoins amener des réponses utiles et fondées :

1. Peut-on faire un lien direct entre la crise de la librairie actuelle et la numérisation des contenus à venir ? Dire que les libraires sont touchés de plein fouet (par quoi on aimerait savoir…) et voués à disparaître à cause d’un phénomène à peine engagé est-il bien raisonnable ?

2. En quoi le fait de numériser des livres rares et précieux des principales bibliothèques mondiales soit, pour faire vite tous les savoirs du monde, concurrence-t-il leur non vente et non disponibilité à ce jour dans les circuits de distribution ?

3. Qui sera intéressé par ces richesses en ligne ? Le commun des mortels ? L’internaute technophile ? Le spécialiste initié ? Dans ce dernier cas, pourquoi le spécialiste initié s’opposerait-t-il à leur divulgation et la facilitation de leur accès à tous ?

4. Dans l’hypothèse probable où tous les livres, libre de droit ou non, se trouveraient un jour disponibles sous forme numérique, en quoi leur lecture serait-elle moins productive de sens critique que celle d’un livre papier.

5. Dans l’hypothèse ou le tout numérique ferait totalement disparaître la forme livre, papier et électronique, la non-irruption du numérique garantirait-elle l’existence de “vrais” livres édités et “vraiment” lus sous forme papier ?

6. Le numérique n’autorise-t-il pas justement de nouvelles formes éditoriales et critiques, que ne permet l’édition classique faute de rentabilité ?

7. En quoi la fonction d’éditeur, réduite à sa plus simple expression (lecture, sélection, travail avec auteur, mise en ligne) disparaît-elle avec le numérique ? En d’autres termes, la disparition d’un statut social produit-elle la disparition de la fonction sociale liée à ce statut ?

8. Le numérique est-il la cause de la l’individualisation sociale ou une conséquence qui accélère le processus ? Dans ce cas, quelles sont les causes profondes de la destruction du collectif ?

Et il y en aurait beaucoup d’autres…

Blog off

arton1484Le nombril prend ses quartiers d’été. Contrairement aux amis de la BBS, je ne serai pas sur twitter (yes, j’ai réussi encore à résister cette année…). Bonnes vacances et bonnes lectures à tous (aïe, Nathalie m’a parlé des Hommes de bonne volonté… 5530 p…  je penche aussi pour une plongée intégrale dans Simenon). Retour le 1er septembre.

Illustration : détail du carton que Julien Gracq mettait sur sa porte en son absence. Merci à Daniel Morvan.

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