Respectons l’étiquette…

Autrefois, j’adorais voir au travail de ma mère les crayons entaillés d’un léger plat à leur extrémité pour y graver le prénom du propriétaire… je faisais la même chose ensuite à la maison. Aujourd’hui, c’est l’étiquette dymo qui règne en maître : sur les chariots, les stylos, les ciseaux, les rouleaux de scotch, les agrafeuses, les règles, les gommes, les machines à étiquettes elles-mêmes et aussi… sur les cendriers ! Dans notre bibliothèque principale : 14 titreuses dénombrées, soit une par collègue censé s’en servir, un luxe* qui me fait toujours râler quand on me demande d’en racheter ! Nicomo avait l’habitude de dire quand il travaillait à Angers qu’en chaque bibliothécaire sommeillait un enfant qui n’avait pas assez collé de gommettes à l’âge tendre ou peut-être trop, j’ai un doute maintenant, pour vouloir en faire son métier ! Et vous, colliez-vous des gommettes sur vos livres dans votre petite enfance ? Pire, avez-vous depuis catalogué et étiqueté votre bibliothèque personnelle, ou simplement pensé à le faire ? Penser, classer, étiqueter… c’est grave docteur ?

* en fait je ne sais pas si c’est un luxe, je râle pour le plaisir…

Au rapport !

En mai, fait ce qu’il te plaît… mon oeil, tiens ! Bon, je me console de délaisser un peu le blog pour mettre la “première” main au rapport d’activité 2007 à rendre impérativement le 29 mai… et qui sera cette année augmenté d’un bilan chiffré des grandes tendances et évolutions observées dans notre bibliothèque sur le dernier contrat quadriennal 2004-2007. Je distillerai donc au fil de la rédaction quelques “bonnes pages”. La première est l’évolution des trois parts de notre budget documentaire : monographies, périodiques papier et documentation électronique. Où l’on voit l’effet du passage au tout électronique multipliant les budgets du numérique par 3 et la chute des budgets pour les périodiques papier (c’est notre fournisseur qui est content…) nous faisant passer de plus de 1200 à 952 revues papier.

Dans ces conditions, le livre a-t-il été une variable d’ajustement comme on le dit toujours ? Oui et non. Ici, et malgré la Loi sur le droit de prêt qui a structurellement entamé les budgets de 15% à partir de 2004, l’effort a été maintenu pour faire mentir l’adage et pour que le nombre d’ouvrages reste stable, notamment grâce à une augmentation annuelle du budget de 7,5% en moyenne :
2004 : 9563 titres (11168 ex.)
2005 : 10371 titres (12575 ex.)
2006 : 9526 titres (12193 ex.)
2007 : 9660 titres (12020 ex.)


Sources : SCDU Angers 2008 ©

Portail, mon beau portail…

Le dernier commentaire de nicomo sur le risque de gadgétisation des interfaces en bibliothèque et la séance d’échauffement neuronal qui a suivi avec Daniel me laissent perplexe. Si je résume, nous serions en train d’entrer dans la 4ème génération de nos interfaces web. Après l’indigence du catalogue (tout seul), l’efficience (relative) du site web statique et l’omnipotence du portail à tout faire, l’heure de l’intelligence aurait donc sonné pour nos interfaces : personnalisées (grâce à la généralisation des annuaires et des environnements numériques de travail) et personnalisables (grâce au développement des outils 2.0), nous serions donc à la veille de proposer des outils plus utiles ET plus utilisés…

Oui mais voilà, je me demande si nous ne serions pas en train de succomber à nouveau à notre pécher mignon… comme nous l’avons fait depuis 20 ans en construisant une offre documentaire et des collections idéales pour créer des usages idéaux, en nous focalisant comme nicomo le suggère sur une seule et bonne direction sans faire de pas de côté… i.e : en remplaçant des outils “moyens” par de meilleurs, mais du même genre, et donc toujours sous-utilisés à notre goût !

Renversons le problème. Notre développement ne devrait-il pas plutôt partir des usages observés et non supposés (ou attendus) d’internet. Un exemple simple : les 3/4 de nos étudiants utilisent majoritairement cet outil pour faire du chat dans nos murs, et plus encore avec leur ordinateur portable depuis la généralisation du wifi. Leur proposer une meilleure interface de recherche fédérée avec des contenus moissonnables n’y changera rien, sauf à nous dire que nous avons (bien) fait notre travail. A l’inverse, tout miser sur ces usages majoritaires priverait les usages plus “légitimes” d’améliorations substantielles, et nécessaires, de nos outils.

Il faut donc à la fois proposer une interface d’accueil orientée vers le chat, l’échange et l’information quotidienne “triviale” (Myspace ou Netvibes générique BU) d’une part ET, d’autre part, faire évoluer une interface avancée plus documentaire avec moteur fédéré, catalogue et ressources OAIsés, contenus en ligne… ce n’est ni contradictoire, ni incompatible.

La difficulté est donc bien de mener ces deux politiques de front en sachant où l’on va sans se diluer ni se noyer dans les détails. Cela requiert également de penser la formation de nos usagers qui utilisent tout aussi empiriquement leur environnement quotidien (blog, vidéos, chat, réseaux sociaux…) que l’environnement documentaire que nous leur proposons. Plus encore que des bibliothécaires 2.0, c’est de formateurs à la bibliothèque 2.0, qui en acceptent ses nouveaux contours, dont nous aurons besoin…

En attendant, essayons de tracer une feuille de route pour le développement, l’implémentation et la médiation autour des outils 2.0, une feuille de route qui fixerait quelques périmètres et quelques objectifs en somme et permettrait de penser sérieusement cette dissémination 2.0 de la bibliothèque.

Café du commerce…

Mathias Deguelle : Messieurs Glucksmann, ne me dites pas, sérieusement que ce genre de fait divers [Affaire Josef Fritzl]… on en est entourés en ce moment et qui font la une des journaux sont eux aussi les dommages collatéraux de Mai 68 ? On ne peut pas non plus tout ramener à 68… vous parliez du bien et du mal, tout à l’heure André Glucksmann

André Glucksmann : Bon alors écoutez… si ce sont des dommages collatéraux, ce sont les dommages collatéraux d’un silence qui a régné en Autriche sur les crimes de la Deuxième Guerre mondiale. Vous savez que malgré tout, les Autrichiens considèrent même encore aujourd’hui qu’ils ont été victimes, qu’ils n’ont pas participé…

M.D. : en même temps on a chacun le nôtre… Fourniret, il est pas terrible non plus…

A.G. : oui d’accord mais on l’a… bien sûr, mais on a, en France, en Allemagne conscience de ce qui s’est passé de plus horrible…

Rhaphaël Glucksmann : … enfin à mon avis c’est plutôt un dommage collatéral de la nature humaine cette fois-ci… on a exactement les mêmes, moi ça me pose vraiment question parce que… dans nos divergences père fils, je suis d’une nature plutôt optimiste, c’est à dire que j’essaye de fonder ma pensée sur l’élan de la liberté alors lui n’a pas cessé, c’est sûrement lié à son expérience personnelle, moi je suis né quand même dans un monde plus heureux que le sien… et donc… j’essaye de penser l’élan de la liberté, l’Homme comme un facteur positif alors que lui il a passé son temps a étudié l’Homme dans ses dimensions maléfiques et potentiellement exterminatrices… et là c’est vrai que face à un fait divers comme ça, là, je me tais d’ailleurs…

A.G. : … avec un p’tit détail sur le fait divers, c’est qu’il a promis si jamais elles essayaient de s’échapper, enfin sa fille, de la gazer… hein, la gazer ça rappelle quand même des souvenirs de la Seconde guerre mondiale

R.G. : c’est vrai qu’il avait une vraie tête de Nazi donc c’est possible…

A.G. : c’que j’dis, c’est que la seule union possible, mais elle est possible, c’est celle des braves gens ou des rationnels ou des prudents contre le Mal, parce le Mal c’est…

M.D. : encore faut-il qu’ils le sachent… parce que les braves gens, revenons à Josef Fritzl, dans son cas tout le monde est estomaqué…

A.G. : oui, enfin lui… je ne le qualifierais pas vraiment de braves gens…

M.D. : … non non mais je parle des braves gens, les voisins… personne ne savait…

A.G. : oui enfin ils pourraient être un peu curieux quand même…

M.D. : oh ben oui, alors, mais là c’est de l’ingérence…

A.G. : c’est quand même extrêmement curieux qu’il soit parti en vacances, hein… pendant trente jours quelque fois, en Indonésie, etc… et qu’il y ait personne qui se soit aperçu de quoi que ce soit…

R.G. : … pis les services sociaux qui viennent vingt et une fois et qui fournissent des allocations familiales pour les trois enfants que sa fille aurait déposés, selon ses dires, sans jamais mener d’enquête et la famille aussi, moi c’que j’adore aussi, c’est la famille qui reçoit une lettre qui explique : “notre fille a disparu, surtout ne partez pas à sa recherche”… et alors aucun n’a fait la démarche de partir à sa recherche… moi j’suis désolé, si on me dit que ma veille cousine a disparu et qu’il faut absolument pas partir à sa recherche, j’veux dire, j’esssaye de savoir c’qu’il lui est arrivé au moins…

M.D. : dites-moi, vous-êtes intarissables…

Entendu sur France Inter le samedi 3 mai 2008 à 16h50. Le Zapping d’Inter.

1er mai : lutte des classes !

Je veux bien que le climat politique nous incline peu à la franche rigolade : Loi sur les responsabilités des universités, disparition de la Direction du Livre et de la Lecture, gel (avant la baisse) des effectifs de fonctionnaires, retrait progressif de l’Etat dans les bibliothèques municipales classées… auquel s’ajoutent de réelles inquiétudes sur l’avenir de nos établissements et de leurs missions nées des mutations radicales observables et à venir des pratiques de nos usagers. Mais est-ce une raison pour se maudire les uns les autres et se vomir dessus par blogs interposés ? Un directeur de BDP qui ne dirait que des conneries dans l’air du temps… un responsable de la documentation numérique à qui on souhaite un cancer du cerveau… un directeur de Bu qui ne chercherait qu’à lever de petites étudiantes… un directeur de Bm qui ne saurait pas de quoi il cause…

Au-delà des toutes ces attaques personnelles, et le plus souvent anonymes, se dessine un clivage plus incidieux, fantasmatique, qui n’a plus rien de professionnel, et que certains voudraient exacerber en opposant la tête “folle” de notre profession à ses bras vaillants. D’un côté, l’encadrement libéral, les sceptico-cyniques, ironiques et narquois, pairs bien-pensants, ralliés au libéralisme, éthérés, petits-bourgeois. De l’autre, les “petits” qui font ce qu’ils peuvent, avec désir et conviction, boucs émissaires, défenseurs des “vraies” valeurs, les mains dans le cambouis, braves bibliothécaires innocents qui savent de quoi ils causent, eux… d’un côté les nantis qui ne craindraient rien, donc, et de l’autre les soutiers, les forçats des bibliothèques, méprisés de tous et que plus personne n’écouterait, ne comprendrait, ne respecterait… c’est consternant !

Moi je crois qu’on a les bibliothèques qu’on mérite. Je crois que la servitude volontaire, à tous les niveaux de responsabilité, est un beau refuge pour ne rien faire et passer son temps à maudire la société sans nous dire que nous sommes à son service et pas à son chevet… que le manque de moyens et l’incurie (supposée) de nos tutelles est toujours une bonne raison pour masquer notre absence de volontarisme. Je crois que nous mélangeons tout en pensant que nos missions sont la défense de certaines valeurs alors que nos valeurs devraient être de défendre certaines missions : répondre à (tous) nos publics, et pas seulement à celui qui nous ressemble, pour les aider à se repérer et à vivre dans le monde tel qu’il est et non tel que “nous” souhaiterions qu’il soit (ou redevienne)… ce “nous” englobant, bibliothécaires bien-pensants ou plutôt pensant bien, militants et défenseurs d’une certaine représentation du monde, d’une idéologie collective quoi qu’on en dise, ce nous auquel je ne m’identifie pas (plus?) tant il me semble en décalage avec la réalité, réalité que nous méconnaissons, ignorons et méprisons in fine. Si l’ABF sert encore à quelque chose qu’elle mette très vite cette question essentielle sur la table.

PS1 : ce post est une opinion, il n’est pas ouvert aux commentaires. Que les AM, MD, Trans et autres anonymous répondent dans leurs blogs s’il en ont !

PS2 : il n’y aura plus de commentaires anonymes sur ce blog.

Photo : Ban-Den sur Flickr

Portes (et fenêtres) ouvertes…

Un exemple pour illustrer la mise en oeuvre de nouvelles coopérations documentaires (géographiques et institutionnelles) dans la lignée de ma dernière utopie* : pourquoi les BU ne travailleraient-elles pas plus avec les lycées et leurs centres de documentation ? Les lycéens ne sont-ils pas, en partie, nos futurs usagers ? Pourquoi ne mettons-nous pas nos compétences techniques au service des CDI pour la récupération de notices, le catalogage, voire l’informatisation des collections, à l’instar de nos bibliothèques associées ? Quelle mise à disposition et communication sur nos outils souhaitons-nous ? Quelle politique et quels services proposons-nous aux enseignants-prescripteurs-utilisateurs de l’enseignement secondaire, et particulièrement des lycées ?

Je suis toujours frappé de voir tant de lycéens dans les BM, et ces dernières de s’en plaindre, alors que les BU cherchent rarement à toucher cette population étudiante qu’elles pourraient tout autant satisfaire en terme d’horaires, de places de lectures et de collections proposées en offrant des lieux tout aussi marquant socialement ou symboliquement que les bibliothèques publiques, ne serait-ce que par le mélange avec de futurs pairs.

Il me semble que nous pourrions aller bien plus loin que les simples journées portes ouvertes auxquelles nous participons tous en montant des jumelages lycée-université et/ou en organisant des séances “captives” (i.e. les 344 lycéens qui ont récemment visiter une de nos bibliothèques) voire en intégrant nos locaux et nos collections dans les outils utilisables par les lycéens, avec ou sans leur prof d’ailleurs. Une manière de les acculturer à des outils qu’ils auront plus tard à utiliser et à renforcer l’attractivité de nos établissements aussi.

Une manière aussi de valoriser nos collègues documentalistes qui pourraient ainsi proposer des outils difficiles à mettre en place à l’échelle d’un établissement scolaire : accès web au catalogue, réservation, prolongation, recommandation (tagage des notices par exemple) et même des services de mise à disposition de la doc. de la BU avec des navettes ou des dépôts réguliers.

* fusionner la DLL et la SDBIS en une seule et même Agence française des Bibliothèques…

Oui, non, peut-être…

Nicolas Demorand : Ségolène Royal, êtes-vous candidate au poste de premier secrétaire du Parti Socialiste ?

Ségolène Royal : Vous savez je pense honnêtement que compte tenu des difficultés que connaissent les Français et cela dans tout le pays parce qu’il y a quelque chose de profond qui est en train de se déliter et en particulier la question des services publics… vous savez moi je préside une région de 1,6 Millions d’habitants qui est une région moyenne et donc représentative et donc parlons concret quand même parce que il m’a semblé aussi que Nicolas Sarkozy était très éloigné des préoccupations…

N.D. : Je vous repose concrètement la question puisque vous avez dit que l’intervention d’ hier soir et la politique qui était menée impliquaient de nouveaux devoirs pour l’opposition, est-ce que vous êtes prête à assumer ces devoirs que vous définissez vous-même ?

S.R. : Vous savez le premier devoir pour l’opposition, pour les élus de l’opposition qui sont sur les territoires c’est d’essayer d’amortir les chocs d’une mauvaise politique et de quelque chose qui détruit les solidarités profondes. Vous savez dans la région que je préside… juste, ça va être très rapide, écoutez moi…il y a la suppression de 9 tribunaux d’instance et de 2 tribunaux de commerce, il y a la suppression de 11 plateaux de chirurgie dans les villes petites et moyennes, il y a 40 écoles qui vont fermer en milieu rural et… écoutez moi, il y a 74 suppressions de formations professionnelles pour les lycéens, aujourd’hui les lycéens bloquent les lycées parce qu’ils veulent travailler, il y a la suppression du brevet d’enseignement professionnel ce qui est grave pour les entreprises et ce qui est grave pour les jeunes… et bien moi je dis qu’il est possible de faire autrement et la responsabilité de l’opposition aujourd’hui, mais même des Français, vraiment… c’est d’exiger autre chose, c’est à dire qu’on cesse de casser ce qui fonctionne bien dans le pays, qu’on réforme l’Etat pour déployer les énergies qui sont sur les territoires et il y en a, qu’on donne du potentiel aux Français qui veulent aller de l’avant et je pense que comme ça la France pourrait remonter la pente…

N.D. : Dernière question, je vous la repose très rapide, votre responsabilité à vous, Ségolène Royal, au sein de l’opposition n’est-ce pas de dire aujourd’hui, oui, je suis candidate à ce poste de premier secrétaire du Parti Socialiste pour faire marcher l’opposition comme j’estime qu’elle doit marcher aujourd’hui face à la politique de ce gouvernement et de ce président ?

S.R. : Ecoutez… je pense qu’il ne faut pas réduire la politique à des candidatures à des postes parce que ça serait totalement décalé avec ce que la France connait aujourd’hui. J’ai été candidate à l’élection présidentielle et donc je sais pour avoir parlé aux Français, avoir convaincu 17 millions de Français, qu’il y a une autre vision de la France, qu’il y a d’autres valeurs à mettre en mouvement, qu’il y a un potentiel formidable qui est aujourd’hui freiné et cassé par des réformes injustes et inefficaces et je le dis le plus clairement, le plus fermement possible parce que ma responsabilité c’est d’entretenir l’espérance aussi, c’est de dire aux Français que ce n’est pas possible de continuer comme ça pendant 4 ans et donc on va tout faire pour que de vraies réformes arrivent pour amortir les chocs sur les territoires que nous dirigeons, que nous gouvernons…

N.D. : Ma question est simple, Ségolène Royal, pourquoi vous ne voulez pas y répondre ? oui ou non ?

S.R. : Parce que je pense que ce n’est pas le moment et que c’est décalé par rapport au temps… mais il ne vous a pas échappé, Nicolas Demorand, que j’assume mes responsabilités de leader politique, celles que j’ai eues et qui me donnent en effet des devoirs par rapport à ce qui ce passe aujourd’hui et c’est vrai que pour préparer une alternance, dans 4 ans, parce que ça passe vite, il faut s’y prendre tôt, que c’est un travail important, parce que la France dans 4 ans ne sera plus la même que celle qu’elle est aujourd’hui et pour cette échéance-là, ça n’est un secret pour personne que je m’y prépare, bien évidemment…

Entendu dans le 7/10 du 25 avril sur France Inter

Chronique d’une mort annoncée

Les politiques de la lecture et leurs acteurs (1980-2000) est une excellente synthèse de Max Butlen éditée par l’INRP en février 2008 qui met entre autre en perspective le développement et les politiques de l’offre depuis 1981 et l’affrontement (rarement la complémentarité) de l’action militante et du champ économique, le politique se mettant le plus souvent et de plus en plus au service de ce dernier.

Les éditeurs sont satisfaits de la disparition de la Direction des bibliothèques et de la Lecture publique et de la création de la Direction du Livre (1975) puis de la Direction du Livre et de la Lecture (1981). ils apparaissent comme particulièrement actifs dans toute la période 1980-2000. Il se révèlent aptes à obtenir “l’intéressement” des hommes politiques à leurs projets à tel point que l’on peut se demander, à partir des exemples du prix du livre, du “photocopillage”, du droit de prêt, de la défense de la création et des libraires ou des activités de la branche “manuel scolaire”, dans quelle mesure leurs positions l’emportent.

Qui s’étonnera alors de la disparition de la Direction du Livre et de la Lecture dans la nouvelle organisation du Ministère de la culture (en gros 3 grandes directions : patrimoine-ce qui coûte, création-ce qui coûte de moins en moins, économie-ce qui ne coûte rien), la Ministre annonçant pudiquement (cyniquement) dans son communiqué du 17 avril dernier que “le rattachement des missions de la direction du livre et de la lecture, qui touchent à la fois au patrimoine, à la lecture publique et à l’économie du livre, fera l’objet d’une réflexion complémentaire”. Suite logique d’un mouvement de fond décrit par Butlen qui aboutira sans doute un jour à 2 directions : Patrimoine et Economie !

Le Ministère de la culture tire donc un trait sur la Lecture publique et plus largement sur ses missions en matière de pratiques culturelles non “consuméristes” (aller au cinéma, au musée, au concert, au théâtre, acheter de la musique et des biens culturels) : faire de la musique, faire du théâtre, faire de la danse, faire de la peinture… lire ! Quid des conservatoires, des écoles de musique, des écoles des Beaux Arts, des ateliers et centres culturels, des bibliothèques ? Quelle politique nationale à l’égard de cette acculturation lente ? Vive le visiteur-spectateur-consommateur que nous serions tous dès la naissance…

Cette décision semble confiner (à nouveau) les bibliothèques publiques dans le hors-champ culturel : information, éducation, action sociale et laisser les bibliothécaires se dépatouiller seuls face à leurs tutelles. Finalement, est-ce un mal ? ou bien une opportunité de repenser ce qui est commun, et l’était avant 1975, à toutes les bibliothèques françaises ? Pourquoi ne pas se tourner vers le Ministère de l’Education nationale et l’Enseignement supérieur pour fédérer certaines missions transversales comme les statistiques, la formation, la coopération, le numérique même… une manière également de retrouver une unité pour l’Inspection générale et le Conseil supérieur des bibliothèques, de défendre une Loi unique sur les bibliothèques, et de penser, enfin, le développement de la partie physique de nos bibliothèques-hybrides en relation avec les autres, avec de vraies logiques territoriales : BU, BM, BDP, CDI, BCD…

Une agence nationale des bibliothèques pour le pilotage et l’évaluation d’une politique nationale unifiée s’appuyant sur des agences de moyens comme l’ABES élargie ou sur de grands établissements tête de réseau comme la BNF et la BPI ? On peut rêver.

TMS* quand tu nous guettes !

Le calcul est simple. Je passe entre 8 et 9 heures au boulot tous les jours sur lesquelles je suis entre 6 et 7 heures assis à mon bureau. A cela s’ajoutent le soir à la maison 2 à 3 heures à nouveau passées assis à mon bureau… soit 8 à 10 heures par jour sur un fauteuil… quelle horreur ! J’ai donc craqué (à la maison) car j’en avais marre, et surtout mon dos, de cette chaise rustique récupérée il y quelques années dans un brûloir (véridique) alors qu’elle s’apprêtait à partir en fumée ! Bon, je n’ai pas suivi tous les conseils de nicomo avec soutien lombaire et réglages dans tous les sens, mais je ne suis quand même pas mécontent de cette “Spoon Chair” designée par Citterio, aussi élégante que confortable. Tentation : rester encore plus longtemps dedans… mais quand dort-il ?

* Trouble musculo-squelettique

Zones franches, zones blanches…

Nous avons inauguré jeudi soir dernier l’exposition Zones Franches d’Arno Rocher qui clôture notre programmation pour l’année universitaire 2007-2008 à la BU Belle Beille. Le parti pris de la surprenante scénographie que l’on doit à l’agence Detroit Architectes de Nantes est ici de proposer une lecture fragmentée et accélérée des oeuvres et d’alimenter une réflexion sur les limites, les marges, les franges,… et sur la frontière entre réalité et représentation du réel, en jouant sur la polysémie des mots : franches = nettes, tranchées, discrètes mais aussi = continues, libres, sans règles, sans lois ni délimitations précises.

Les visiteurs sont invités à longer un étrange mur-frontière de cartons (486 au total), éventré, percé et ouvert par endroit, qu’ils peuvent traverser pour se rapprocher des toiles ou des salles de lecture selon qu’ils se trouvent d’un côté ou de l’autre pour redéfinir à chaque pas leur point de vue sur les oeuvres et sur la bibliothèque. On peut rapprocher ce travail du remarquable livre-processus de Philippe Vasset Un livre blanc et sa démarche à retrouver sur ce site :

” Regardez bien, vous êtes passé ici des centaines de fois : est-ce que vous savez où vous êtes et ce qui s’y passe ? Privés de leur nom et de leur fonction, les bâtiments s’avachissent comme des emballages crevés. Les poteaux, les fils, les rues tracent des figures, encadrent des détails, en soulignent d’autres, mais rien n’a de signification ni d’emploi; il n’y a que des objets incertains et des événements indécidables. Où est votre place ? Comment habiter ici ? Malgré la couverture satellite et le maillage des caméras de surveillance, nous ne connaissons rien du monde.”

PS : grâce à Daniel, le catalogue publié par la BU à l’occasion de l’exposition est visible ici

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