Archive for avril 24th, 2008

Chronique d’une mort annoncée

Les politiques de la lecture et leurs acteurs (1980-2000) est une excellente synthèse de Max Butlen éditée par l’INRP en février 2008 qui met entre autre en perspective le développement et les politiques de l’offre depuis 1981 et l’affrontement (rarement la complémentarité) de l’action militante et du champ économique, le politique se mettant le plus souvent et de plus en plus au service de ce dernier.

Les éditeurs sont satisfaits de la disparition de la Direction des bibliothèques et de la Lecture publique et de la création de la Direction du Livre (1975) puis de la Direction du Livre et de la Lecture (1981). ils apparaissent comme particulièrement actifs dans toute la période 1980-2000. Il se révèlent aptes à obtenir “l’intéressement” des hommes politiques à leurs projets à tel point que l’on peut se demander, à partir des exemples du prix du livre, du “photocopillage”, du droit de prêt, de la défense de la création et des libraires ou des activités de la branche “manuel scolaire”, dans quelle mesure leurs positions l’emportent.

Qui s’étonnera alors de la disparition de la Direction du Livre et de la Lecture dans la nouvelle organisation du Ministère de la culture (en gros 3 grandes directions : patrimoine-ce qui coûte, création-ce qui coûte de moins en moins, économie-ce qui ne coûte rien), la Ministre annonçant pudiquement (cyniquement) dans son communiqué du 17 avril dernier que “le rattachement des missions de la direction du livre et de la lecture, qui touchent à la fois au patrimoine, à la lecture publique et à l’économie du livre, fera l’objet d’une réflexion complémentaire”. Suite logique d’un mouvement de fond décrit par Butlen qui aboutira sans doute un jour à 2 directions : Patrimoine et Economie !

Le Ministère de la culture tire donc un trait sur la Lecture publique et plus largement sur ses missions en matière de pratiques culturelles non “consuméristes” (aller au cinéma, au musée, au concert, au théâtre, acheter de la musique et des biens culturels) : faire de la musique, faire du théâtre, faire de la danse, faire de la peinture… lire ! Quid des conservatoires, des écoles de musique, des écoles des Beaux Arts, des ateliers et centres culturels, des bibliothèques ? Quelle politique nationale à l’égard de cette acculturation lente ? Vive le visiteur-spectateur-consommateur que nous serions tous dès la naissance…

Cette décision semble confiner (à nouveau) les bibliothèques publiques dans le hors-champ culturel : information, éducation, action sociale et laisser les bibliothécaires se dépatouiller seuls face à leurs tutelles. Finalement, est-ce un mal ? ou bien une opportunité de repenser ce qui est commun, et l’était avant 1975, à toutes les bibliothèques françaises ? Pourquoi ne pas se tourner vers le Ministère de l’Education nationale et l’Enseignement supérieur pour fédérer certaines missions transversales comme les statistiques, la formation, la coopération, le numérique même… une manière également de retrouver une unité pour l’Inspection générale et le Conseil supérieur des bibliothèques, de défendre une Loi unique sur les bibliothèques, et de penser, enfin, le développement de la partie physique de nos bibliothèques-hybrides en relation avec les autres, avec de vraies logiques territoriales : BU, BM, BDP, CDI, BCD…

Une agence nationale des bibliothèques pour le pilotage et l’évaluation d’une politique nationale unifiée s’appuyant sur des agences de moyens comme l’ABES élargie ou sur de grands établissements tête de réseau comme la BNF et la BPI ? On peut rêver.