Chronique d’une mort annoncée

Les politiques de la lecture et leurs acteurs (1980-2000) est une excellente synthèse de Max Butlen éditée par l’INRP en février 2008 qui met entre autre en perspective le développement et les politiques de l’offre depuis 1981 et l’affrontement (rarement la complémentarité) de l’action militante et du champ économique, le politique se mettant le plus souvent et de plus en plus au service de ce dernier.

Les éditeurs sont satisfaits de la disparition de la Direction des bibliothèques et de la Lecture publique et de la création de la Direction du Livre (1975) puis de la Direction du Livre et de la Lecture (1981). ils apparaissent comme particulièrement actifs dans toute la période 1980-2000. Il se révèlent aptes à obtenir "l’intéressement" des hommes politiques à leurs projets à tel point que l’on peut se demander, à partir des exemples du prix du livre, du "photocopillage", du droit de prêt, de la défense de la création et des libraires ou des activités de la branche "manuel scolaire", dans quelle mesure leurs positions l’emportent.

Qui s’étonnera alors de la disparition de la Direction du Livre et de la Lecture dans la nouvelle organisation du Ministère de la culture (en gros 3 grandes directions : patrimoine-ce qui coûte, création-ce qui coûte de moins en moins, économie-ce qui ne coûte rien), la Ministre annonçant pudiquement (cyniquement) dans son communiqué du 17 avril dernier que "le rattachement des missions de la direction du livre et de la lecture, qui touchent à la fois au patrimoine, à la lecture publique et à l’économie du livre, fera l’objet d’une réflexion complémentaire". Suite logique d’un mouvement de fond décrit par Butlen qui aboutira sans doute un jour à 2 directions : Patrimoine et Economie !

Le Ministère de la culture tire donc un trait sur la Lecture publique et plus largement sur ses missions en matière de pratiques culturelles non "consuméristes" (aller au cinéma, au musée, au concert, au théâtre, acheter de la musique et des biens culturels) : faire de la musique, faire du théâtre, faire de la danse, faire de la peinture… lire ! Quid des conservatoires, des écoles de musique, des écoles des Beaux Arts, des ateliers et centres culturels, des bibliothèques ? Quelle politique nationale à l’égard de cette acculturation lente ? Vive le visiteur-spectateur-consommateur que nous serions tous dès la naissance…

Cette décision semble confiner (à nouveau) les bibliothèques publiques dans le hors-champ culturel : information, éducation, action sociale et laisser les bibliothécaires se dépatouiller seuls face à leurs tutelles. Finalement, est-ce un mal ? ou bien une opportunité de repenser ce qui est commun, et l’était avant 1975, à toutes les bibliothèques françaises ? Pourquoi ne pas se tourner vers le Ministère de l’Education nationale et l’Enseignement supérieur pour fédérer certaines missions transversales comme les statistiques, la formation, la coopération, le numérique même… une manière également de retrouver une unité pour l’Inspection générale et le Conseil supérieur des bibliothèques, de défendre une Loi unique sur les bibliothèques, et de penser, enfin, le développement de la partie physique de nos bibliothèques-hybrides en relation avec les autres, avec de vraies logiques territoriales : BU, BM, BDP, CDI, BCD…

Une agence nationale des bibliothèques pour le pilotage et l’évaluation d’une politique nationale unifiée s’appuyant sur des agences de moyens comme l’ABES élargie ou sur de grands établissements tête de réseau comme la BNF et la BPI ? On peut rêver.

About these ads

5 comments so far

  1. am on

    Ooooh comme ce serait beau. Un peu limite science fiction mais comme j’ai envie d’y croire !

  2. tacheau on

    C’est juste au cas où la SDBIS aurait à subir le même sort que la DLL au sein du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche dans le cadre de la RGPP et se retrouverait pour une part sous la vie étudiante (partie physique) et pour une autre sous une direction plus technique (partie numérique et recherche)… simple supposition. Pourquoi ne pas alors fusionner en une seule et même agence tout ce qui s’occupait de bibliothèques préalablement en demeurant orientés métiers doc. et bib. ?

  3. antmeyl on

    A mon sens, cette réorganisation témoigne du renoncement définitif de toute politique de lecture publique de portée nationale.

    L’espérance d’une loi ou d’une agence unique sur les bibliothèques dans un tel contexte ne me semble pas raisonnable. Outre qu’une loi unique irait à l’encontre du mouvement actuel qui tend à substituer le contrat à la loi, cette espérance est fondée sur une vision de l’unité d’un métier qui ne constitue pas un argument valable dans le cadre de la restructuration des services de l’Etat.

    Ce qui compte, c’est sur quel budget on émarge. Les BM, ce sont les collectivités territoriales, les BU, ce sont les universités autonomisées. Une agence commune ne me semble donc pas très crédible. Elle l’est par contre dans le périmètre de l’enseignement sup et de la recherche : que devient l’INIST dans le cadre de l’éclatement du CNRS?

    Par contre, la notion d’unité du métier joue dans la mobilité voulue entre les fonctions publiques. L’alignement sur le statut le moins favorable pour les bibliothécaires en tant que salariés (celui de la FPT) est à l’ordre du jour dans le Livre blanc.

    Bref, l’unité du métier joue pour le statutaire mais pas pour l’organisation des services de l’Etat.

  4. tacheau on

    D’accord sur le renoncement à une politique nationale, mais la DLL réunissait bien jusqu’à présent des établissements de nature différente, émargeant à des budgets différents et avec des missions distinctes (BPI,BNF,BM,BDP…). C’est justement l’identité professionnelle et les éléments communs qui la fondent et l’accompagnent (centres de formation, ENSSIB, Inspection générale, cadre legislatif commun i.e droit de prêt, Dadvsi) qui justifieraient une Angence commune. Attention, je n’ai pas dit une Fonction publique documentaire !!! Juste une Agence de développement et d’évaluation, du type Ademe, qui réunirait les fonctionnaires "orphelins" en les rattachant à une politique nationale modernisée : information & culture (autour du livre et des nouveaux médias). C’est sûrement utopique…
    Pour ce qui est de l’INIST, il semblerait que tout cela se fonde dans un grand "tout" avec l’ABES fusionnée avec le CINES pour former au final l’ANIST… là, une agence de moyens très différente de l’agence décrite ci-dessus.

  5. antmeyl on

    "la DLL réunissait bien jusqu’à présent des établissements de nature différente, émargeant à des budgets différents et avec des missions distinctes"
    Ben voui jusqu’à présent… ce ne sera plus le cas.

    Encore une fois, l’identité professionnelle est l’élément qui va justifier l’alignement statutaire dans le cadre de la fontion publique "de métier" que dessine le Livre blanc.

    Mais elle n’est pas (plus) du tout un argument pour la création d’une agence de documentation nationale information-culture-enseignement-recherche.

    Une structure (direction, agence, etc.) nationale est néanmoins envisageable dans le cadre de l’enseignement supérieur et de la recherche au sein duquel toutes les unités documentaires ont la même mission : une mission d’appui aux activités d’enseignement et/ou de recherche.

    De la même façon qu’au niveau local il n’est pas raisonnable que sur un même campus, 3 unités documentaires (de labo, d’UFR, de la BU) fassent le même boulot.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 44 autres abonnés

%d bloggers like this: