Archive for octobre 2009|Monthly archive page

Je n’suis pas d’accord…

yin_and_yang…avec la réponse faite par RM au billet d’humeur rédigé ici.

Je ne crois pas que les choses soient aussi simples ou schématiques. A mon sens, il n’y a pas un seul modèle de bibliothèque universitaire en France et on ne peut réduire la diversité des situations au seul idéal-type de la bibliothèque qui devrait être mieux dotée, dirigée par des spécialistes de la discipline et au seul usage de chercheurs pro-actifs qui viendraient nombreux. Cela est vrai à certains endroits souvent cités et utilisés par RM (BNF, BSG, Mazarine,…) mais pas à d’autres ! J’en profite d’ailleurs pour dire qu’a contrario, il n’est ni envisageable ni souhaitable de généraliser l’exemple angevin qui ne vaut que pour une réalité et un environnement donnés.

Le problème vient surtout du fait qu’on ne sait pas identifier et développer les spécifités, pour ne pas dire l’excellence, de chaque bibliothèque. Dire : ici, j’ai besoin de telle compétence et là plutôt de celle-ci. Telle bibliothèque à une mission recherche ou une vocation nationale, il faut des spécialistes. Tel établissement développe une politique d’accueil et d’accompagnement d’une population spécifique (par exemple 30% de boursiers et 10% d’étrangers dans mon université…) la bibliothèque doit être pensée différemment. Tel autre s’est lancé dans l’enseignement à distance, il faut des spécialistes de la dématérialisation documentaire… Pour cela, il faudrait SPECIALISER les conservateurs à l’Enssib et leur donner la possibilité de changer de spécialité en formation continue dans le cours de leur carrière (cf. ici). A défaut on forme des "pompiers" du quotidien qui luttent contre la "tatillonnite" administrative, et parfois s’y complaisent, en étant un peu bons et un peu mauvais partout.

Je pense qu’il faut des spécialistes ET des managers en bibliothèque mais que la profession n’est aujourd’hui dominée ni par les uns, ni par les autres, c’est bien son problème. D’accord donc avec RM pour faire des bibliothécaires de véritables scientifiques, légitimes sur les contenus académiques OU sur l’organisation et la gestion de ces contenus (mise en valeur, évaluation, accessibilité, numérisation, formation…). Mais il n’y a aucun avantage à opposer des genres qui sont nécessaires et complémentaires. Laisser croire que les premiers seuls seraient légitimes, c’est oublier que les chercheurs sont ou seront des enseignants et qu’à ce titre, ils ont besoin de penser, ou qu’on pense à leur place… la bibliothèque au service des autres, ceux qu’ils forment et qu’ils encadrent, et pas seulement à l’aune de leurs seuls intérêts dans un dialogue en vase clos avec le bibliothécaire alter-ego.

La légitimité du bibliothécaire est aussi là : apporter une valeur ajoutée sur l’environnement des contenus tout autant que sur la connaissance des contenus eux-mêmes, relativisée et in fine contestée, peut-être à tort, par le "vrai" chercheur-lecteur !

21h55 / BU Saint-Serge

Bien sûr il y a les statistiques, les sondages, les enquêtes, les taux de fréquentation et d’occupation des salles, l’indice de satisfaction, le nombre de prêts, le nombre de passages, le ratio coût/bénéfice… oui, il y aura tout cela pour dire si ça marche, s’il faut continuer ou bien tout arrêter ! Mais il n’y a rien pour dire ce que l’on ressent à offrir des espaces et des services à "nos" étudiants, à les voir si naturellement attablés, studieux, détendus, chez "nous" comme chez eux, seuls ou à plusieurs autour de leurs ordinateurs. Il n’y a rien pour dire le sens qu’on a l’impression de donner à leur présence sur le campus, rien pour traduire le sentiment de se sentir UTILES, simplement.

PS : ne pas rater la taulière à 2’05" assurant son troisième 22h de la semaine !

Ouvrir plus : quel poids pour la BU ?

f0209-AT2359Après 18 mois de travail au sein du Groupe Horaires et Temps constitué en interne, la BU d’Angers propose à ses usagers des horaires très élargis (apparemment le maxi des BU en France) : 8h30-20h ou 22h à Saint Serge d’octobre à mai, du lundi au jeudi, et 8h30-18h vendredi et samedi. Soit 65h hebdo. à Belle Beille et 73h sur 24 semaines à Saint Serge.

Le principe : faire fonctionner chaque BU à partir de 18h avec 3 moniteurs et 1 cadre présent, les autres titulaires pouvant choisir ou non de travailler entre 18h et 20h (jamais après 20h), le dispositif fonctionnant en théorie sans eux. En pratique, lorsqu’ils sont là jusqu’à 20h, les agents peuvent être au service public s’ils le souhaitent. Quel poids supplémentaire pour la BU ?

Côté moniteurs : coût nul pour la tranche 18h-20h. En effet, nous avons fait glisser les 6 moniteurs d’accueil jusque là présents sur les 3 sites de 17h à 19h (5 jours par semaine), sur 2 sites de 17h30 à 20h et plus que 4 jours par semaine. En revanche, pour la tranche 20h-22h, le coût est de 24 semaines x 3 moniteurs x 4 jours x 2 heures x 15 € = 8640 € intégralement pris en charge dans le cadre du plan licence.

Côté encadrement : les cadres bénéficient d’heures de vacations après 20h sachant que 2 cadres sur les 8 concernés par ces astreintes physiques ont choisi de récupérer leurs heures (coef 1,5). Chaque cadre effectue au total 12 astreintes 20h-22h par an. Le coût est donc de 12 astreintes x 2 heures x 6 cadres concernés x 40 € = 5 760 € payés sur ressources propres du SCD

Côté société de service : lorsque les bibliothèques ferment à 20h, il y a un cadre dans chaque bibliothèque. En cas d’empêchement (maladie, congés, absences…), il y a toujours au moins un cadre sur le réseau et un agent de sécurité ferme les portes et met l’autre bâtiment sous alarme, sur demande de la BU donc (12 € l’intervention). Notons qu’en cas de problème de 18h à 20h un agent rondier est joignable sur zone et présent sous 10 minutes. Pour les fermetures à 22h, un agent de sécurité est posté à la BU de 18h45 à 22h45. Le coût de la sécurité est de 11 400 € pris en charge dans le cadre du contrat global de l’université pour la sécurité des biens et des personnes.

Au final, la BU d’Angers ouvrira 672h de plus cette année, soit 34 € de l’heure d’ouverture supplémentaire pour 15 000 m2 offerts avec tous les services (prêt, retour, renseignement, peb, inscription, internet, collections en libre accès, communication magasin). Alors ouvrir plus, vraiment ça coûte ?

Oui, du temps, de l’énergie, de la persuasion, de l’échange, de l’envie… mais ça rapporte aussi beaucoup. pour l’évaluation de cet élargissement, voir ici.

Statut et métier : la quadrature du cercle

47Quelques éléments pour poursuivre le débat après le rebond de Bertrand Calenge à ce billet et les commentaires toujours avisés des collègues.

Plusieurs points importants pour aborder la question des missions des agents d’exécution dans les bibliothèques et de leur reconnaissance statutaire, et donc salariale  :

- La généralisation est impossible. On ne peut réfléchir en confondant toutes les  situations BM, BU, BNF… ainsi qu’en comparant de gros établissements à de petites structures plus familiales.

- La question du recrutement direct ne se pose pas partout de la même manière. Encore peu répandu dans les BU, il semble accélérer, ailleurs, la distorsion entre le profil recruté et le statut d’embauche, avec une tendance à la sur-employabilité pour les catégorie C.

- La combinaison concours/statut national semble à l’inverse produire et justifier plus de sous-employabilité dans les BU, le profil réel procédant plus d’un cadre théorique un peu figé (ce que peut ou non faire l’agent) que de la réalité.

- Le problème d’adéquation entre fonction et statut, soit entre les responsabilités et leur "juste" rémunération ne se pose pas que pour la catégorie C. Il est aussi très prégnant pour les catégories intermédiaires qui voient leur mission évoluer. En allant plus loin, on peut aussi se demander s’il est bien normal que les conservateurs passent leur temps à gérer des problèmes techniques et logistiques au quotidien (portes, fenêtres, wc, sécurité, plannings, ménage…) plutôt que d’assumer pleinement leur rôle scientifique et politique.

- La requalification des emplois d’exécution n’impacte pas que les bibliothèques. Elle touche aussi les autres filières où la technicisation et la responsabilisation des agents de catégorie C est très forte. Nous ne sommes pas les seuls à changer ! Nous ne sommes pas ceux qui changeons le plus ! Cet élément doit être pris en compte dans les représentations de nos efforts et nos revendications internes aux universités (avec les RCE).

- La position du "ne bougeons rien de peur d’ostraciser ceux qui ne bouge pas" n’est pas tenable. Elle revient à refuser toutes innovations sous prétextes que ces dernières sont au départ portées par une minorité qui y trouve un intérêt professionnel ou personnel. Elle condamne aussi les 80% prêts à évoluer à subir l’attentisme des 20% restant.

- La théorie de l’aliénation par le travail parasite vraiment la donne. L’équation travail mal rémunéré = travail subi est vraiment réductrice et tout aussi méprisante et sans espoir pour ceux, la majorité, qui y cherchent (trouvent ?) aussi autre chose : valorisation personnelle, image de soi, utilité sociale, capacité d’initiative… En outre, les bibliothèques sont quand même loin d’être assimilables au bagne (qui peut tout aussi être non automatisé…) et les rémunérations des personnels d’exécution ne sont pas comparables à la situation plancher de beaucoup de gens dans le privé : le SMIC durant 41 ans ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais le vrai problème n’est pas tant la rémunération qui, hors prime, va de 1363 € à 1910 € bruts que la progression de carrière et à la pyramide des emplois et des possibilités de promotion : un vrai scandale.

- Il faut enfin un minimum de courage politique et de persuasion pour requalifier les profils indépendamment du statut, constant lui, où nouvelles missions ne veut pas dire nouvelle forme d’exploitation et, par ailleurs, repyramider systématiquement les postes vacants de magasiniers en assistant des bibliothèques en faisant  dans ce cas comprendre aux magasiniers que le gain n’est pas pour eux dans l’immédiat, sauf pour l’augmentation mécanique mais résiduelle des possibilités de promotion dans le corps supérieur, mais pour leurs successeurs.

Je pense qu’on ne peut pas tout faire ni faire la même chose partout. Il faut raisonner et agir dans un environnement donné en fonction de l’ intelligibilité de certaines idées et de la capacité des équipes à les mettre en oeuvre (recevabilité) et de l’encadrement à accompagner ces mutations. La BUA ne cherche donc pas à imposer son modèle aux autres, mais juste à leur faire comprendre qu’à situation égale, certains choix sont peut-être possibles voire souhaitables et souhaités par les acteurs car bénéfiques pour eux.

Et pour répondre à Bertrand et à antmeyl, c’est justement là, sur le terrain que les propositions se situent, dans l’action concrète, distincte et contextuelle et non dans le souhait de changements structurels générauxeux qui ne viendront pas (passer tous les C en B, modifier les grilles d’avancement, augmenter les salaires,…)

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 43 followers