Archive pour janvier 2010
Sauter dans le vide ?
On se gargarise, on idéalise, on théorise… c’est déjà très bien, mais soyons clairs, la bibliothèque 2.0 va dans le mur si elle ne s’appuie pas sur la participation massive des bibliothécaires ni sur leur adhésion à un nouveau modèle de contribution et d’intégration au champ documentaire, et plus largement informationnel. Bref, ce qui se pense aujourd’hui (beaucoup trop) à l’aune des seuls aspects techniques, comme l’affaire de geeks, doit nécessairement poser la question de la participation des professionnels si l’on veut une bibliothèque concurrentielle.
Car il y a peu de chance pour que les usagers fassent salon dans nos modestes portails et autres sites web. Même si ces derniers deviennent vertueusement tagables, commentables, réorientables, s’ils ne proposent pas de valeur ajoutée, de contenus originaux attractifs ou d’assemblages documentaires particuliers en ligne, s’ils demeurent exempts de toute matière “vivante”, singulière et visible sur le net, nous périrons… par le vide.
Certes, c’est oublier les promesses et le rôle, très incertain à mon sens, que l’on souhaite pouvoir jouer dans la documentation pédagogique (numérisation, indexation, archivage…) et la documentation recherche acquise et produite par les universités, le tout porté par l’élan des archives ouvertes dont les BU se fantasment, plus qu’elles ne le sont en réalité, comme l’opérateur principal. Mais admettons et souhaitons que tout cela marche. Cette politique documentaire en ligne fera-t-elle pour autant vivre la bibliothèque avec ses salles, ses tables, ses chaises, ses collections, ses services et… ses personnels !
L’enjeu de la valorisation documentaire est donc double : d’une part, créer un événementiel documentaire dans les murs de la bibliothèque auquel les usagers participeraient (de l’utilisation à la co-création) et d’autre part, savoir créer de l’événementiel documentaire en ligne qui renverrait vers les propositions de la bibliothèque tout en les élargissant à une actualité et une offre plus globales sur internet (libre, achetée ou créée par la bibliothèque).
Pour se faire, il faut se préoccuper de l’humain en oubliant un peu la technique car les contenus ne se créeront pas tous seuls et les communautés virtuelles d’intérêt ne vivront pas sans un minimum de collègues impliqués et un équilibre dans l’interaction entre usagers et bibliothécaires. Nous devons comprendre et faire comprendre la valorisation comme un aboutissement qui requalifie les stocks et les flux dont nous avons la charge et remédiatise les services que nous offrons et (ré)inventons. Il est donc fondamental de former les collègues à l’individualisation et à l’expression de leurs choix professionnels, non pour s’afficher ou prendre position individuellement (soit dit en passant, il y aura aussi un moment où il faudra former les nouvelles générations à passer de la personnalisation à la personnification), mais pour créer et participer à une “position” tout à la fois commune et plurielle de la bibliothèque dans le paysage documentaire.
Alors, oui. Il faut sauter dans le vide, celui de nos systèmes d’information en somme, pour s’apercevoir qu’on en revient. Il faut pousser les collègues dans le dos en s’assurant que le matelas qui les réceptionne est assez épais ou que l’élastique est assez court et bien tendu. Il faut les sensibiliser, les encourager et les former pour augmenter leurs compétences rédactionnelles au sens premier et éditorial du terme. C’est ce que nous avons engagé à la BUA.
« Un homme dans l’espace ! Le peintre de l’espace se jette dans le vide ! », 1960
Photo Shunk-Kender © Yves Klein, Adagp, Paris 2007
Utile, économique et durable…
Depuis le début de l’année 2010, j’ai été contacté pour :
1) Participer à un séminaire organisé par le MC à Strasbourg (20min)
2) Faire une intervention à l’Enssib sur les bibliothèques éditrices (1h)
3) Répondre par téléphone à une enquête dans le cadre d’un DCB
4) Intervenir devant un aréopage de professionnels à Montpellier (1h)
5) Rédiger un article pour la boîte à outils sur la communication en bib
Je me flatterais de toutes ces sollicitations si elles n’étaient le lot quotidien des cadres de la BUA (ça va, on tient le coup quand même…) ni le signe que les autres BU font sans doute aussi bien qu’Angers mais qu’elles demeurent invisibles à la profession… Voici donc les réponses données aux 5 points ci-dessus :
1) Refus poli. D’une part, il me semblait que la BUA se raccrochait par les cheveux à la thématique proposée (coopération BM/BU) et d’autre part il est totalement déraisonnable en terme de coût et de bilan carbone de partir 3 jours à Strasbourg pour 20 minutes d’intervention !
2) Proposition d’intervenir par visio-conférence, ce qui me semblait un compromis vertueux tout en maintenant une relative interaction. L’ENSSIB ayant décliné, je ferai ici une synthèse complète sur les activités des Presses universitaires d’Angers. Au moins, ça servira à toute la profession…
3) Lettre morte. Je trouve cette pratique déplorable. Soit on donne du temps aux élèves de l’ENSSIB pour faire un travail scientifique et dans le respect des acteurs. Soit on leur demande de faire de la télé-observation par le truchement de discussions de comptoir non préparées… et là c’est sans moi !
4) Réponse positive. Je suis intéressé à mettre un peu de sel dans la cuisine des voisins (directeurs de BM) et la thématique des territoires de la bibliothèque me semble fondamentale. Part ailleurs, j’en profiterai pour visiter la Médiathèque Emile Zola et la BU Richter dans le cadre de l’ouverture de notre futur BU Saint Serge et j’irai sans doute rendre mes hommages au directeur de l’ABES pour évoquer quelque projet en vue.
5) Pas encore répondu. Mais je trouve le concept de la BàO de l’ENSSIB sous forme papier totalement caduque. Pourquoi ne pas publier en ligne sous la caution scientifique de l’Enssib ? D’autant que la visée pratique et nécessairement renouvelée des thèmes s’y prête. C’est donc possible que je décline la demande et que je propose ma contribution en ligne sous licence CC. Elle n’en sera que plus enrichie par les visuels et les liens avec ce que les autres font…
Conclusion : Il faudrait que la profession s’interroge enfin sur les modalités, l’efficacité et le coût (en temps notamment) du transfert de l’information en son sein. Il conviendrait aussi d’interroger l’inutilité et la confidentialité de certaines actions quand elles ne sont pas diffusées en ligne : tables rondes, formations, journées d’études… sans parler des contributions dans les ouvrages papier, sans sous droit d’auteur, traitant des innovations et mutations… numériques !
C’est de publicisation et de partage dont il est ici question et il serait urgent de finaliser un lieu commun où chaque établissement pourrait présenter et documenter en ligne ses actions : communication, innovation, valorisation… pour connaître celles des autres et se mettre en relation-action ! C’est là-dessus que je (devrais être censé) bosse(r) depuis la mise en jachère de ce blog.
PS : Je précise que je ne participe pas ou plus à aucune grands messes de type Couperin, Adbu, Aura, Abf, Journées Abes… car j’y perds mon temps (et celui de mon établissement) et qu’on ne me sollicite plus pour les concours et autres missions nationales, et c’est tant mieux !
Commentaires (5)