Archive pour le 22 janvier 2010
Sauter dans le vide ?
On se gargarise, on idéalise, on théorise… c’est déjà très bien, mais soyons clairs, la bibliothèque 2.0 va dans le mur si elle ne s’appuie pas sur la participation massive des bibliothécaires ni sur leur adhésion à un nouveau modèle de contribution et d’intégration au champ documentaire, et plus largement informationnel. Bref, ce qui se pense aujourd’hui (beaucoup trop) à l’aune des seuls aspects techniques, comme l’affaire de geeks, doit nécessairement poser la question de la participation des professionnels si l’on veut une bibliothèque concurrentielle.
Car il y a peu de chance pour que les usagers fassent salon dans nos modestes portails et autres sites web. Même si ces derniers deviennent vertueusement tagables, commentables, réorientables, s’ils ne proposent pas de valeur ajoutée, de contenus originaux attractifs ou d’assemblages documentaires particuliers en ligne, s’ils demeurent exempts de toute matière “vivante”, singulière et visible sur le net, nous périrons… par le vide.
Certes, c’est oublier les promesses et le rôle, très incertain à mon sens, que l’on souhaite pouvoir jouer dans la documentation pédagogique (numérisation, indexation, archivage…) et la documentation recherche acquise et produite par les universités, le tout porté par l’élan des archives ouvertes dont les BU se fantasment, plus qu’elles ne le sont en réalité, comme l’opérateur principal. Mais admettons et souhaitons que tout cela marche. Cette politique documentaire en ligne fera-t-elle pour autant vivre la bibliothèque avec ses salles, ses tables, ses chaises, ses collections, ses services et… ses personnels !
L’enjeu de la valorisation documentaire est donc double : d’une part, créer un événementiel documentaire dans les murs de la bibliothèque auquel les usagers participeraient (de l’utilisation à la co-création) et d’autre part, savoir créer de l’événementiel documentaire en ligne qui renverrait vers les propositions de la bibliothèque tout en les élargissant à une actualité et une offre plus globales sur internet (libre, achetée ou créée par la bibliothèque).
Pour se faire, il faut se préoccuper de l’humain en oubliant un peu la technique car les contenus ne se créeront pas tous seuls et les communautés virtuelles d’intérêt ne vivront pas sans un minimum de collègues impliqués et un équilibre dans l’interaction entre usagers et bibliothécaires. Nous devons comprendre et faire comprendre la valorisation comme un aboutissement qui requalifie les stocks et les flux dont nous avons la charge et remédiatise les services que nous offrons et (ré)inventons. Il est donc fondamental de former les collègues à l’individualisation et à l’expression de leurs choix professionnels, non pour s’afficher ou prendre position individuellement (soit dit en passant, il y aura aussi un moment où il faudra former les nouvelles générations à passer de la personnalisation à la personnification), mais pour créer et participer à une “position” tout à la fois commune et plurielle de la bibliothèque dans le paysage documentaire.
Alors, oui. Il faut sauter dans le vide, celui de nos systèmes d’information en somme, pour s’apercevoir qu’on en revient. Il faut pousser les collègues dans le dos en s’assurant que le matelas qui les réceptionne est assez épais ou que l’élastique est assez court et bien tendu. Il faut les sensibiliser, les encourager et les former pour augmenter leurs compétences rédactionnelles au sens premier et éditorial du terme. C’est ce que nous avons engagé à la BUA.
« Un homme dans l’espace ! Le peintre de l’espace se jette dans le vide ! », 1960
Photo Shunk-Kender © Yves Klein, Adagp, Paris 2007
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