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En écoutant Patrick Bazin

google-is-evil5Si vous avez raté les matins de France culture du 17 septembre dernier sur la numérisation des bibliothèques, vous pouvez les retrouver ici

Sinon, voici le verbatim des passages les plus intéressants dans les réponses de Patrick Bazin, toujours placées dans une perspective historique et technologique :

Avec Google recherche de livres, il y a là une bibliothèque numérique mondiale en train de se réaliser. Si on attend trop, il n’y aura plus beaucoup de raisons de numériser les richesses des bibliothèques françaises. Si nous n’allons pas vite dans cette opération de numérisation de la collection de la BML qui s’est développée au fil des siècles, et qui a sa logique propre et sa stratification historique, elle disparaitra du paysage numérique. Est-ce cela que l’on veut ? D’où l’importance de trouver une solution financièrement acceptable pour numériser cette collection.

On se trouve dans une phase où il faut numériser une quantité importante de contenus. Ensuite il faudra passer au qualitatif pour développer des services autour des contenus. Nous avons d’ailleurs à Lyon le projet de mettre notre argent plutôt dans la valeur ajoutée, dans le qualitatif, c’est à dire dans les services associés que nous déploierons autour de la bibliothèque numérique que nous aurons générée grâce à la production de type "industrie lourde" de Google qui nous aura permis de récupérer des fichiers et finalement de pérenniser nos collections. Je ne pense pas que nous puissions trouver dans dix ou quinze ans des financements pour faire cela parce qu’effectivement, la bibliothèque mondiale Google aura été faite.

La sélection des ouvrages qui seront envoyés à la numérisation par Google sera faite par les bibliothécaires de la BML. L’objectif fondamental est de récupérer les fichiers, en pleine propriété, de telle manière que nous puissions dès l’année 2010 constituer notre bibliothèque numérique. Il est indispensable qu’à côté de cette espèce de "grand sac" qu’est Google recherche de livres, certes extrêmement utile mais où l’on juxtapose les ouvrages, qu’un certain nombre de bibliothèques importantes, peut-être pas toutes, constituent leur propre bibliothèque numérique en fonction de leur propre logique et c’est la cohabitation des deux qui est intéressante. Le site de la BML sera en relation partenariale avec le CNRS, avec d’autres bibliothèques et avec Européana. Il faut aller vers une pluralité d’accès. L’importance c’est que la collection de la BML, en tant que collection, soit présente dans son architectonique sur internet.

La polémique actuelle, en tout cas en France, est relativement indécente.  Pour avoir participé en 1989/90 avec Jean Gattégno, Bernard Stiegler, Alain Giffard et d’autres à la conception de la future bibliothèque numérique de la BNF, nous préconisions à l’époque une numérisation à la fois en mode image et en mode texte systématique des collections de la BNF, chose qui n’a pas été faite. Il y avait une opportunité à l’époque, je ne dirais pas de faire l’équivalent de Google qui n’existait pas à l’époque… donc on aurait pu imaginer que la France ait une avance considérable. Donc aujourd’hui, il s’agit simplement de rattraper notre retard même si beaucoup n’avaient pas vu à l’époque l’importance que prendrait internet et le fait que l’avenir est dans l’horizontalité et la connexion horizontale à l’échelle mondiale de différents corpus.

La grande question qui se pose aux bibliothécaires, aux chercheurs et aux humanistes, c’est effectivement de rester fidèles à la mission qu’ils ont toujours eue. Mais pour rester fidèle à cette mission de transmission de la culture, encore faut-il comprendre la mutation actuelle et s’adapter à cette mutation. On parlait tout à l’heure de mise à plat des livres et de la connaissance, il y a là pour les bibliothécaires une responsabilité qui consiste à la fois à se couler dans cette évolution et en même temps de jouer le rôle de guide, de transmetteur, de médiateur. Pour les bibliothécaires, il y a un enjeu de médiation extrêmement important.

D’une part, l’internet, c’est le triomphe de la bibliothèque. L’ensemble des activités humaines s’inscrit aujourd’hui dans une logique de bibliothèque, c’est à dire d’archivage et de traitement de l’archive, au fond tout est devenu bibliothèque aujourd’hui, c’est ce que l’on peut appeler la bibliothécarisation du monde. Mais d’un autre côté, les bibliothèques en dur en tant que lieu de convivialité et de socialisation au sens le plus concret et pratique du terme ont un avenir extrêmement important. La notion de proximité et le fait d’avoir des bibliothèques à l’échelle d’une ville ou d’un quartier où les gens quelles que soient leur génération ou leur condition sociale peuvent se retrouver autour de la question du savoir. Les bibliothèques ont un rôle majeur à jouer et tout l’enjeu est d’arriver à articuler cette proximité et cette vie bouillonnante de culture à l’échelle de la bibliothèque physique avec la mondialisation du savoir, et c’est pour cela qu’il faut être présent sur les deux fronts.

L’un des grands enjeux culturels des années qui viennent, c’est l’articulation entre des usages hiérarchisés jusqu’à présent pour des raisons culturelles mais aussi politiques et d’organisation de la société, de centralisation des lieux du savoir avec des usages diversifiés des spécialistes et des non spécialistes, plus populaires, dans ce grand "fourre tout" si l’on peut dire qu’est Google recherche de livres.

Et plein d’autres choses encore sur la diversification de la société de la connaissance et l’orientation vers une société du savoir plus dynamique. La logique de l’usager face à celle du chercheur… etc.

Remarquable…

img12 Vacances obligent, j’ai pris le temps de mettre en ligne le superbe petit catalogue de la BM de Dijon qui valorise avec intelligence le patrimoine et ses acteurs au sein de la bibliothèque. Je trouve l’initiative très réussie et impeccable sur le plan graphique. Bravo donc, et ce n’est pas le dijonnais qui parle, malgré tout l’attachement que je garde à la nef de la salle d’étude de la rue de l’Ecole de Droit et aux très longues heures que j’y ai passées… Un document de ce type pour les BU ou les acteurs de l’information dans l’université serait pas mal non plus. Je crois que Strasbourg 1 avait fait cela pour les chercheurs.

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