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Qui sera directeur ?

the-bossVoici quelques précisions suite à mon dernier billet relatif aux récentes modifications du décret 85-694 constitutif des SCD.

Ne nous trompons pas. La question aujourd’hui posée n’est pas tant celle des pouvoirs du directeur du SCD (ce dernier conservera sûrement la gestion pleine et entière du service) que de savoir qui sera le directeur de la documentation au sein des universités ? et son corrélat : quelle place auront les conservateurs dans l’organigramme décisionnel du champ documentaire ? Plus prosaïquement, seront-ils toujours directeurs de bibliothèques ?

Sur cette (non)question, les collègues de l‘ADBU réagissent de manière assez différenciée. Pour bon nombre avec défiance à l’égard d’une dérégulation non concertée et à l’issue incertaine. Avec beaucoup d’assurance pour d’autres qui analysent ce mouvement à l’aune de leur position forte au sein de leur établissement en se disant que l’avenir ne pourra que reconnaître un peu plus leurs compétences. Et, pour la majorité étrangement composée des collègues non directeurs ou de chefs de section qui ne semblent pas plus se soucier de leurs débouchés que des acteurs qui demain leur diront quoi et comment le faire, par… l’indifférence.

Les temps changent
Jusqu’à présent, le directeur du SCD, conservateur de bibliothèque, avait une triple casquette : administrative, technique et politique, qu’il portait facilement en l’absence de contraintes fortes (budget fléché, filière Bibliothèques à part gérée depuis Paris, conseil de gestion peu impliqué…) situation assortie d’une absence de mobilité obligatoire, ce qui posait d’ailleurs problème en cas d’incompatibilité notoire avec sa tutelle, proche ou lointaine, mais passons. Avec la LRU, comment les choses risquent-elles d’évoluer ?

Sur le plan politique
La LRU (dé)concentre les pouvoirs sur des pairs élus qui vont désormais devoir choisir et arbitrer localement, y compris en matière de documentation. Dans ces conditions, le directeur du SCD nommé par le ministre et "inamovible", en théorie, peut-il encore incarner seul et durablement une politique documentaire ? Est-ce souhaitable ? Y arrivait-il d’ailleurs dans un monde plus clément ? Selon moi, non. La logique de mandats forts et limités dans le temps des équipes présidentielles implique une symétrie du côté de la documentation pour éviter de devenir un simple service technique, soit : des directeurs choisis, des mandats limités et évalués inclinant plutôt vers un cadre d’emploi fonctionnel directement relié à l’équipe présidentielle de l’université, avec ou sans Vice-président dédié à la documentation, et dans lequel pourrait indistinctement être nommé un conservateur, un enseignant-chercheur, un secrétaire général… Précisons que l’apparition des PRES et les fusions d’université renforce l’inéluctabilité du processus en reléguant les anciens directeurs de SCD au rang de responsable de site ou de fonction transverse.

Sur le plan administratif
En dépit des justes recommandations de l’IGB, il est peu probable que la filière Bibliothèques survive à la LRU car on voit mal comment le ministère, au régime sec, continuerait à gérer nationalement des mini-micro-corps ! Grignoté par le bas et le rapprochement des métiers documentaires de l’ITRF (adjoint, technicien,…) comment le "petit corps" des conservateurs se défendra-t-il pour revendiquer sa spécificité et conserver sa vocation interministérielle ? Car à l’heure du budget global, comment ne pas empêcher les universités de recruter des postes d’IGE ou d’IGR plutôt que des conservateurs ou des bibliothécaires ? Fantasme ? Il suffirait pour cela que l’Etat augmente artificiellement les emplois vacants en suspendant les concours nationaux pendant 2 ou 3 ans… (sur ce thème, lire le rapport Le Bris sur la formation des fonctionnaires et la tentation de masteriser cette dernière). Si les conservateurs veulent rester dans la course, c’est sur leur formation et leurs compétences qu’il faut travailler, en s’attachant notamment à mettre en place une vraie politique de formation continue. C’est aussi l’ENSSIB qu’il faut défendre en arrêtant collectivement de lui taper dessus… c’est, avec l’ABES, l’un de nos deux poumons nationaux.

Sur le plan scientifique
Il y a fort à parier que les conservateurs soient un jour en concurrence avec d’autres (collègues étrangers, enseignants-chercheurs, IGR, secrétaires généraux…) pour assurer les fonctions de directeur de la documentation, mais aussi pour les postes d’experts ou d’encadrement classique. Nos compétences demeurent donc notre seule "assurance-vie"… Mais quelles doivent-elles être ? Disciplinaires ? Scientifiques ? Manageriales ? Je dirais toutes à la fois. Les premières, attestées au moins par un Master Recheche généraliste avant recrutement à l’ENSSIB. Les secondes par un M2 Pro en bibliothéconomie délivré par l’ENSSIB après concours. Les troisièmes par la mobilité professionnelle et la formation continue. Le tout devant s’incarner à mon avis par l’obligation pour chaque conservateur de passer un doctorat dans les dix premières années de sa carrière pour nous redonner un poids à l’université et justifier, sans complexe, de notre assimilation aux E-C de rang B (voir plus…)

Pour conclure…
Je finirais aussi sur notre statut qui nous handicape plus qu’il nous protège et plus précisément, sur le corps de débouché des conservateurs généraux autour duquel nous tournons, et qu’on ne voudrait pas voir disparaître, mais qui nous insécurise totalement : ni politique, ni vraiment scientifique, ni mobile, ni pur administratif et parfois plus rémunérateur que celui des SG… ce statut atypique sera de plus en plus difficile à justifier avec la LRU et la reprise en main localement de certains enjeux devenus politiques : finances, personnels, patrimoine… au-delà de nous.

Seule solution, paradoxale : 1) Revendiquer la seule fonction technique et scientifique pour l’encadrement des bibliothèques, et appuyée sur des compétences "améliorées" chez les conservateurs. 2) Militer pour la reconnaissance de la fonction politique du directeur de la documentation et la création d’un cadre d’emploi spécifique aligné sur celui des secrétaires généraux (les primes compensant la perte de la hors échelle C si le corps des conservateurs généraux était supprimé).

Ce qui est sûr, c’est que nier la réalité d’un processus parce qu’il est très lent et aléatoire n’empêche pas le processus.

Nous voilà nus…

adam-et-eveLe décret 85-694 du 4 juillet 1985 relatif à la création des services communs de documentation (SCD) dans les universités et aux fonctions de leurs directeurs(trices) vient d’être modifié par le décret 2009-207 du 19 février 2009 (article 3).

Ce décret anodin supprime littéralement trois règles de droit, non sans conséquences :

1) La participation à titre consultatif du directeur du SCD aux trois conseils de l’université. Ce dernier pourra désormais seulement être consulté et entendu, à sa demande, sur toute question concernant la documentation.

2) L’exécution budgétaire en qualité d’ordonnateur secondaire par délégation du président de l’université, ce qui potentiellement le relègue à un simple rôle d’exécution.

3) La direction des personnels affectés au SCD (si, si, vous lisez bien…) puisque cette dernière faisait partie du troisième alinéa de l’article 10 du décret de 1985 désormais supprimé.

Cela ne signifie pas que les directeurs de SCD vont demain se voir retirer tous leurs pouvoirs (quoique…) mais qu’après-demain, on pourra clairement les leur ôter sans qu’il n’y ait rien à redire, et par là-même discuter de leurs prétentions professionnelles, statutaires, salariales…

Question subsidiaire : à qui seront confiés ces nouveaux pouvoirs ? Un début de réponse ici suite à cela

Lire la suite ici.

PS : j’ai récemment eu l’occasion de rencontrer un collègue enseignant-chercheur nouvellement nommé directeur de BU (en France). Il ne m’avait pas l’air d’être trop au courant des compétences et des fonctions de directeur de SCD… mais soyons optimistes, ça peut changer !

image : récupérée ici, origine inconnue.

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