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Malheur à Sophie…

voleusejpg_2Hier matin à la bourre, comme toujours…
- Papa tu rentres tard ce soir ?
- Euh, oui, enfin comme d’habitude quoi.
- Ouais mais tard, tard ?
- Ben non, j’vous verrai quand même…
- Pac’que sinon, tu peux laisser le livre électronique pour que Maman continue à nous lire les Malheurs de Sophie !
Gloups…

” Sais-tu ce que ton rêve signifie Sophie ? C’est que la bon Dieu, qui voit que tu n’es pas sage, te prévient par le moyen de ce rêve que si tu continues à faire tout ce qui est mal et qui te semble agréable, tu auras des chagrins au lieu d’avoir des plaisirs. Ce jardin trompeur, c’est l’enfer ; le jardin du bien, c’est le paradis : on y arrive par un chemin raboteux, c’est à dire en se privant de choses agréables, mais qui sont défendues ; le chemin devient plus doux à mesure qu’on marche, c’est à dire qu’à force d’être obéissant, doux, bon, on s’y habitue tellement que cela ne coûte plus d’obéir et d’être bon, et qu’on ne souffre plus de ne pas se laisser aller à toutes ses volontés”

Pourvu que ma bibliothécaire attitrée n’apprenne jamais cela… elle qui me fait les gros yeux quand je prends une Bibliothèque rose !

Faut-il aimer l’andouille…

cmd05…pour être bon charcutier ?

J’évoquais récemment la faible technicité des métiers des bibliothèques comme pouvant expliquer, à tous les niveaux dans nos établissements, la difficulté à construire des consensus largement partagés qui seraient fondés sur des compétences fortes et communes à tous. D’une part, cette situation éclaire la (sur)valorisation comme compétence propre de notre rapport personnel, quasi existentiel, à la bibliothèque, à la connaissance, au savoir, à la culture,… inclinations personnelles parfois d’ailleurs bien plus fantasmées que réelles, mais jugées par nombre de collègues comme indispensables voire suffisantes à l’exercice-même de notre métier, et, d’autre part, le poids des représentations individuelles empêchant l’apparition et l’acceptation de savoir faire communs nouveaux et/ou spécifiques qu’il faudrait acquérir et faire évoluer en amont et au-delà de ce quant à soi omniprésent. En résumé, il faudrait dans nos métiers plus de compétences collectives et moins d’”idéologie” individuelle…

Le passage ci-dessous extrait d’une demande de stage dont la teneur émaille la plupart des lettres de candidatures spontanées que je reçois en masse illustre bien ce décalage ambigu entre représentation et réalité :

J’ai toujours aimé la lecture et les livres en tant qu’objets. Le contact avec le livre me plait beaucoup. J’aime également ranger les livres suivant un classement bien précis. Je pense sincèrement que le métier de bibliothécaire me conviendrait même si j’avoue ne pas savoir vraiment l’expliquer. Ce dont je suis sûre, c’est que je me sens bien lorsque je me trouve dans une bibliothèque, entourée de livres. J’aime flâner dans les rayons, prendre un livre, ne serait-ce que pour le feuilleter. Je serais capable d’y passer des heures.

Qu’on se le dise, aimer lire et considérer que la culture est au-dessus de toute autre valeur ne suffit pas à faire un bon bibliothécaire. Tout au plus un bon lecteur !

Illustration : Marie Desbons ©