A quoi sert l’ADBU ?


Les récentes propositions pour une excellence documentaire faites par l’ADBU, à laquelle j’adhère depuis 8 ans, me font m’interroger sur le rôle effectif de cette association, à savoir : militer pour la documentation universitaire et la modernisation des BU en général ou défendre les compétences, les missions et les intérêts des responsables de BU françaises ? D’aucuns me diront les deux mon capitaine, certes, mais à courir tous les lièvres à la fois on rentre parfois bredouille de la chasse (j’y peux rien, j’adore les métaphores à deux balles…)

Pour ma part, je pense qu’une association plus large et ouverte à tous les types de personnels de BU (1), l’ABF par exemple, avec des sections en charge des questions universitaires serait tout aussi légitime et efficace pour défendre les BU, l’ADBU se concentrant alors sur des questions managériales et corporatistes, les chantiers ne manquant pas : filière ITRF / filière Bibliothèques, cadre d’emploi pour les directeurs, formation initiale et continue des conservateurs, échanges avec l’étranger, lobbyisme… Pour ceux à qui l’ABF donnerait des boutons, on peut aussi imaginer une association spécifique pour l’avenir des BU et de la documentation universitaire qui associerait également aux personnels les usagers (enseignants, chercheurs, étudiants). Couperin ne fait-il pas déjà cela pour la documentation électronique ?

Mais revenons à nos moutons et aux propositions à l’origine de ce billet et aux réflexions qu’elles suscitent :

  • Sur la forme tout d’abord. Il me semble qu’une association s’appuie par essence sur un travail collectif et des positions communes (groupes de réflexions, commissions, journées d’études…) qui doivent être connus et validés en AG par tous ses membres. Je m’interroge donc sur la légitimité et l’urgence même de ces propositions qui auraient pu faire au moins l’objet d’une 1/2 journée d’échanges en septembre prochain. Dans la même veine, j’ai vraiment regretté qu’aucune mise en perspective ni réponse officielle n’ait été faite par l’ADBU l’année dernière au blog BU2007, dont je rappelle ne pas être l’auteur, mais qui posait cependant de bonnes questions.
  • Sur le fond ensuite, ces propositions très générales et empreintes des meilleurs sentiments me semblent aussi irréalistes qu’inopérantes…

1. Alignement des dépenses documentaires par étudiant sur les standards des pays développés comparables

Certes, ce voeu pieux est très sympathique et ne mange pas de pain, mais serions-nous vraiment capables de gérer une telle manne financière, sur le plan des compétences comme des effectifs ? Les personnels sont parfois au taquet en terme de rendement : pour la formation des usagers, la gestion des systèmes et des contenus électroniques, et même pour le traitement documentaire. Je pense aussi que les universités ont la documentation qu’elles méritent et qui correspond à leurs usages. Passer à une logique d’offre élargie par de nouveaux moyens ne changerait en rien l’indigence de la demande et le problème d’une pédagogie, et parfois même d’une recherche, qui se pense et se fait SANS la documentation, à la différence du modèle anglo-saxon. En d’autres termes, la documentation doit être pensée de manière globale comme un moyen en relation à un environnement particulier et non comme une fin qui ne trouverait sa justification que dans l’alignement sur des modèles étrangers.

2. Engagement sur un pourcentage garanti du budget annuel de l’université consacré aux dépenses de documentation, en contrepartie du défléchage des crédits des bibliothèques universitaires.

Ceci va totalement à l’encontre du mouvement actuel vers l’autonomie et la responsabilité des universités et se justifie difficilement. Pourquoi le sport ou la culture ne réclameraient-ils pas une même garantie ? D’ailleurs, les moyens actuels des BU (DGF et contrats) sont calculés au départ de façon assez égalitaires, ce qui n’évite pas dans la pratique des disparités locales énormes… et puis les taux réglementés comme le pourcentage de logements sociaux ou la part de la dette dans le budget de l’Etat sont faits pour ne pas être respectés, c’est bien connu !

3. Réforme du statut des services communs de documentation pour en faire les opérateurs uniques de la documentation à l’université (intégration de l’ensemble des entités documentaires de l’université au service commun de documentation : bibliothèques de facultés, bibliothèques de laboratoires).

Sans objet à mon sens. Si les choses ne se sont pas faites depuis 20 ans, ce n’est pas à cause d’un cadre réglementaire inadapté mais en raison de vélléités plus ou moins grandes, d’oppositions et de spécifités locales… Le décret de 1985 me paraît suffisant et faire croire qu’un nouveau cadre juridique quasi similaire au précédent pourrait changer les mentalités et les cultures est pour le moins spécieux.

4. Création systématique d’une vice-présidence documentation, confiée au directeur du service commun de documentation.

Cette proposition n’est pas sérieuse, c’est même la meilleure façon pour nous décrédibiliser auprès des présidents. Le directeur de la BU est un technicien, un spécialiste, un manager, un scientifique au service d’une politique qu’il initie, certes plutôt plus que moins, selon le degré d’implication et de projection de l’équipe dirigeante de son établissement. Par contre, tout à fait d’accord pour la création obligatoire d’un vice-président à la documentation, enseignant-chercheur, pourquoi pas également chargé des TICE, qui piloterait la politique documentaire via le conseil de la documentation.

5. Généralisation de la formation à la culture documentaire dans les cursus et les maquettes d’enseignement.

C’est déjà ce que l’on fait depuis plusieurs années, non ? Que signifie en définitive ce terme assez vague de généralisation : augmentation des moyens ? inscription dans les cursus ? obligation de niveaux définis et validés ? Là encore, s’en remettre à une forme d’imposition réglementaire ne me semble pas adapté (cf. exemple du C2i censé être en vigueur dans toutes les universités mais nulle part fait de la même manière et avec les mêmes moyens…).

6. Mise en place dans chaque université d’un comité d’orientation pour les nouvelles technologies, réunissant service informatique, service commun de documentation, enseignants, chercheurs et cellule TICE, et présidé par le chef d’établissement.

Sans effet, à mon sens. L’empilement des structures décisionnelles ou consultatives (Bureau de l’université, CA, CS, CEVU, CPE (CTP), CHS, Conseils de gestion… ne fait que diluer les problématiques et les responsabilités. Le projet d’établissement et les commissions en amont de sa rédaction sont en théorie là pour harmoniser une politique commune en la matière.

7. Création d’une grande agence nationale de l’Information, la communication et la documentation Scientifique et Technique, fusionnant l’ABES, l’INIST, le CCSD et COUPERIN, sur le modèle du JISC britannique.

Tout à fait d’accord si cettte fusion se fait pour des raisons et avec des objectifs stratégiques et non pour des motifs purement économiques comme cela semble être le cas aujourd’hui. Encore faudrait-il aussi que le positionnement des tutelles ou des établissements en charge de ces moyens soit assez clair et que cette fusion ne cache pas la volonté de chaque partie d’absorber et/ou d’affaiblir l’autre partie…

Pour conclure, les bibliothèques universitaires ont été récemment plusieurs fois citées au plus haut sommet de l’Etat… pour de bonnes ou de mauvaises raisons, peu importe ! Le récent rapport de la Cour des comptes auquel nous avons réagi de manière un peu offusquée nous montrait clairement quels pouvaient être les attendus des politiques. Les universités vont prendre un nouveau tournant dans les prochaines années… et la position de l’encadrement et des directeurs de BU risque d’être totalement remise en question. Il est donc grand temps d’ouvrir des discussions et un débat interne au sein de l’ADBU pour savoir quel est notre rôle et comment sortir du seul discours angélique et un peu lénifiant sur le bienfaits de la documentation et la grandeur de nos qualités que nous ne serons bientôt plus que les seuls à tenir.

Lire également le post de Nicomo sur le sujet.

(1) La faible participation à des associations professionnelles du personnel de BU, à la différence de leur collègue de lecture publique rend plus difficile le dialogue et le partage de valeurs et d’objectifs communs avec leur encadrement. Une association élargie à toutes les catégories pour la réflexion sur les missions, la défense et le développement de leur environnement professionnel ne pourrait être que positive.

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