JYM, un ami qui nous veut du bien…

J’ai lu le récent entretien de JYM, alias Jean-Yves Mollier dans le dernier Télérama et suis assez consterné par les perles enfilées, les poncifs égrenés et les lieux-communs remachés dans ce tableau de l’avenir des bibliothèques. Quelques points qui font rire ou pleurer :

– Rassurons tout d’abord les foules : les livres, les lecteurs, les bibliothèques… tout ça ne ne va pas disparaître face à la numérisation et à la bibliothèque virtuelle qui ne sera qu’un auxiliaire de la bibliothèque physique… manque de chance, JYM illustre tout le contraire un peu plus loin en expliquant qu’on trouve déjà tout en ligne dans certains domaines, ce qui n’empêche pas d’aller compléter des données ou récolter d’autres renseignements à la bibliothèque ! cqfd.

– Vient ensuite un petit couplet sur les publics des bibliothèques et sur leur réapparition comme par magie depuis l’enquête du CREDOC l’an passé. C’est bien connu, quand vous discutez avec un directeur de BM il vous parle tout de suite de la fréquentation en hausse, du succès de sa bibliothèque et de tous ces gens sans carte qui viennent pour lire des livres et la presse selon JYM. Dans son élan d’optimisme, JYM salue également la hausse des forts lecteurs (plus de 25 livres lus par an…) constatée par le CREDOC. Petit rappel, on passe en 10 ans de 14% à 15% de la population qui se déclare lire en gros 2 livres par mois, soit en moyenne 10 à 15 pages par jour… pas de quoi fouetter un chat! Une chose amusante dans le discours de JYM, c’est l’idée qu’il se fait du public. Un exemple :  » Les bibliothèques vont donc devoir repenser les services qu’elles rendent. Et les lecteurs s’y adapter. » Je pensais que c’était l’inverse ?

– Je passe ensuite sur la défense de la BNF qui elle n’a pas succombé à ce qui porte « le nom abominable de « désherbage » dans le jargon des bibliothécaires » (pour sûr mon pote, c’est dans ses missions de tout conserver !) et de ses conservateurs qui « ont le temps de réfléchir » à l’édition qu’il faut numériser alors que les méchants ingénieurs de Google ne pensent qu’à leurs actionnaires… au passage, on se demande à quoi sert finalement le conservateur de la BNF puisque JYM dit que c’est la totalité d’une oeuvre qui a du sens. Donc s’il faut tout numériser, on n’a plus besoin de l’expert pour nous dire qu’elle édition numériser !

– Je passe aussi sur les confusions concernant l’encre électronique qui pourrait être « projetée sur n’importe quel support » (???), la question de la fracture numérique que l’on résorberait avec des ordinateurs indiens à 2 dollars… une phrase résume bien tout cela (je crois que JYM est un peu aidé ici par le journaliste, du moins j’espère : « Si on est capable de commercialiser à prix très bas un codex qui contiendra, avec le principe du téléchargement, toutes les bibliothèques du monde, alors on aura des livres dans sa bibliothèque, et ce codex avec une autre bibliothèque »

– Venons en maintenant aux prescriptions du bon docteur JYM pour savoir ce que sera le bibliothécaire de demain : « Un informaticien capable de naviguer convenablement, d’orienter les lecteurs vers les bons moteurs de recherche et en même temps [qui] devra garder une vision un peu transcendante du livre ». Là je dis bravo et merci de tant de science.

Bon j’arrête là parce que je suis vraiment énervé. Je me demande surtout pourquoi on demande toujours à de doctes professeurs leur avis sur des domaines qu’ils ne connaissent et n’appréhendent au mieux, qu’à partir d’outils et d’informations communes, au pire qu’au travers de leur propres préoccupations et a priori, mélange des deux ici pour JYM.

L’article se serait intitulé « où va le livre », cela ne m’aurait pas gêné mais JYM ne me semblent pas le mieux placé pour nous dire ce que deviendront demain les bibliothèques ? Surtout si l’une de leur mission doit être de pouvoir selon lui offrir au lecteur les conditions de lecture de l’époque où a été édité le livre comme dans l’exemple qu’il développe autour des éditions originales de Buffalo Bill… tout ça me paraît bien ridicule !

Question subsidiaire : pourquoi n’a-t-on demandé à un bibliothécaire de faire cet entretien ?

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3 comments so far

  1. Daniel Bourrion on

    …l’encre électronique qui pourrait être « projetée sur n’importe quel support »… Génial, on va pouvoir imprimer nos documents directement sur les usagers !!

  2. Pitseleh on

    Ah, comme quoi je n’avais pas rêvé en lisant cet article. Sur le coup j’ai cru à un poisson d’avril à retardement, encore plus drole que Bigard en bibliothécaire il y a quelques temps.

  3. Anonymous on

    J’avoue que pour ma part l’article m’est tombé des mains tant je l’ai trouvé sans intérêt. Laissons la parole aux bibliothécaires de terrain qui ont souvent une bonne vision du métier et tout plein de projets. Mais il faut croire que les hautes sphères pensent mieux que les autres… et c’est là tout le malheur des bibliothèques !


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