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Un poisson nommé Wii

Il est temps de dévoiler notre poisson d’avril : la Wii à la BU d’Angers, c’était bidon ! En fait, tout ceci est parti de la proposition 7 de nicomo… et rien n’a bien sûr existé dans le « monde réel ».

Merci donc, et pardon à tous ceux qui ont participé à leur insu à cette expérience qui au départ n’en était pas une tant cela nous semblait improbable. Il faut avouer que le buzz aussitôt généré nous a pris de cours, nous obligeant à confirmer le scoop (ici, ici et ici) afin de préserver ce qui devenait au fil des jours un incroyable terrain d’observation et de débat, en temps réel, sur la réception d’une idée nouvelle dans notre profession.

Les échanges très riches et parfois très vifs (mais ça fait du bien dans un milieu où le silence est d’or) ont très vite porté sur le périmètre et les missions même des BU ainsi que sur la légitimité de leur fonction « sociale », la wii et les jeux vidéo devenant un simple prétexte au débat.

Au final, qu’avons-nous observé ?

Des bibliobloggeurs qui ont massivement relayé et salué l’originalité et l’intérêt de l’initiative qui s’inscrivait bien selon eux dans une conception élargie de la BU comme lieu de nouvelles sociabilités et qui permettait de questionner notre relation à l’usager, notamment dans le cadre du règlement intérieur.

Quelques internautes, souvent professionnels des bibliothèques, ont construit un argumentaire légitimiste de la bibliothèque comme lieu unique de transmission des savoirs devant être protégé des effets de mode, du marketing, de la puérilité et de la niaiserie ambiantes, de la démagogie enssibienne… bref un discours compassé et attendu, mais très utile au débat.

Saluons ici l’acharnement thérapeutique, quasi ad hominen, du site l’Oeil cynique rédigé sous le couvert d’un (presque) anonymat très courageux, et pour qui la Wii en BU n’est vraiment pas passée… 3 semaines encore après l’annonce initiale !

Que faire maintenant de cette aventure ?

Assurément une synthèse qui poserait la question de l’influence des biblioblogs et interrogerait leur rôle dans les débats professionnels, n’en déplaise à l’ABF. Une réflexion sur les mutations et l’innovation en bibliothèque, qui s’intéresserait notamment aux amalgames systématiques entre action et communication sur l’action. Enfin, un début de débat sur la contestation même du rôle social des bibliothèques universitaires…

Pour conclure, et sans ranimer la controverse, nous voilà un peu pris à notre propre piège, obligés de penser plus sérieusement la place des « serious games » dans nos bibliothèques (cf. Rapport Isaac) et de réfléchir à un service qui pourrait faire sens et s’articuler avec l’existant. C’est ce que nous avons commencé à faire, parallèlement à ce canular, en ouvrant des pistes avec les associations étudiantes et le service des sports de l’université et en contactant également la direction marketing de Nintendo France qui serait prête à mettre des consoles à disposition…

Le projet pourrait consister en l’organisation d’un championnat universitaire de Wii Sports, qui pourrait se tenir par exemple tous les samedis dans nos bibliothèques, et offrir le reste du temps des espaces en accès libre dans nos murs. Reste maintenant à connaître les représentations des usagers eux-mêmes et l’acceptabilité d’une telle proposition auprès de nos publics.

A suivre donc…

Nicolas Alarcon
Daniel Bourrion
Olivier Tacheau

Prescrire ou mourir, il faut choisir…

Pour répondre à la demande d’Olivier, et en le remerciant pour le superbe cassoulet offert à cette occasion (en fait, la cause secrète de ma présence à cette journée…) voici le support de mon intervention aux dernières Polyphonies du livre de la Roche sur Yon. Comme d’habitude à prendre avec des pincettes en l’absence des réserves, précautions, explications, verbalisations faites au moment de cette présentation. En substance, nous pouvons (devons) faire des choses concrètes, modestes, innovantes et efficaces.

La poule aux oeufs d’or…

J’ai un peu sursauté hier soir en découvrant le programme des journées ABES, qui par ailleurs semble très intéressant cette année, en voyant qu’une célèbre société informatique allait venir nous faire la leçon sur ce que nous devions faire en BU… en l’occurence : construire des portails !

Bon, je comprends bien que l’économie de ce genre de rencontre implique sans doute un peu de financement ou plutôt non, je ne comprends pas trop bien pourquoi d’ailleurs, mais alors que beaucoup militent, moi le premier, pour que les BU sortent enfin de leur bibliocentrisme et de cette utopie de la « porte unique » totalement inadaptée au web 2.0, voilà-t-y pas qu’on nous dit qu’il faut conserver notre leadership… que les documents doivent être centralisés et enrichis par des services… que l’ENT ne remet pas en question le fait de faire à côté des END… bref, qu’il faut continuer à payer (très cher) des outils dont on trouve souvent l’équivalent dans le monde du libre pour beaucoup moins cher et parfois plus performant.

Dans cette affaire, les SSII ne sont que partiellement coupables car elles ne font que répondre à nos demandes toujours plus mégalo alors même que l’enjeu est justement aujourd’hui de nous projeter sur le net, d’OAIser nos contenus, d’ouvrir nos outils aux technologies 2.0, l’opac par exemple, de développer l’OpenUrl, de faire des blogs pour valoriser nos services, de participer voire animer des réseaux sociaux… bref de disséminer la BU un peu partout pour que l’usager nous trouve là où il ne nous cherche pas et non de la renfermer sur elle-même ! Revenant des Polyphonies du livre, où il fut justement question de toutes ces voies à creuser, j’ai trouvé le contraste un peu saisissant…

Au fait, puisqu’il est ici question de portail, quelqu’un peut-il me dire s’il utilise celui de l’ABES et s’il connaît des gens qui l’utilisent ?

La pensée horizontale

A ceux qui se demanderaient s’il est bien légitime de mettre des Wii en libre service dans les BU, je répondrais 3 choses :

Oui, si ce service, s’y ajoutant, ne recouvre ni n’oblitère les autres activités reconnues comme « légitimes » par ces détracteurs, en un mot si l’on maintient notre niveau d’exigence en matière de documentation et de services. A Angers par exemple, le prêt d’E-books (bientôt) n’empêche en rien le développement de fonds spécialisés originaux (cf. la journée d’étude récemment organisée dans nos murs autour de l’Histoire des femmes). Le prêt de DVD ou de BD ne contredit pas notre politique active en matière de documentation recherche (plus de 6000 titres en e-only). La Wii en libre service n’empêche pas une politique culturelle et des expositions ambitieuses la cotoyant.

Oui, si ces innovations ne sont pas que pure démagogie et ont un sens, une finalité : celle de faciliter ou renforcer tout à la fois l’individualisation et la socialisation de nos usagers, les étudiants essentiellement, c’est à dire faire du 2.0 avec de « vrais » hommes, en leur offrant les moyens de se lier, se délier, se relier au monde. A ce titre, l’organisation de « speed dating » dans les BU ne serait pas à mon sens illégitime.

Oui, si l’on considère que la BU est aussi et avant tout un lieu de partage et d’accès à ce que le capital culturel ou socio-économique n’offre pas à tous : le savoir, la culture, les mots… certes, mais aussi l’espace, les ordinateurs, les e-books, les Wii… et par extension, l’assurance, la confiance en soi et les relations à l’autre. En ce sens, la bibliothèque se nommerait bien plus justement egothèque ou liberthèque

Sortons donc de notre pensée verticale où tout devrait s’empiler, se classer, se légitimer, se hiérarchiser sans cesse et développons enfin une bibliothèque horizontale où les portes puissent s’ouvrir sans que chaque nouvelle porte ne nous oblige à fermer la précédente et à toujours dire à nos usagers, et parfois à nos collègues : voici la porte par laquelle il faut passer !