Archive for avril 2008|Monthly archive page

Portes (et fenêtres) ouvertes…

Un exemple pour illustrer la mise en oeuvre de nouvelles coopérations documentaires (géographiques et institutionnelles) dans la lignée de ma dernière utopie* : pourquoi les BU ne travailleraient-elles pas plus avec les lycées et leurs centres de documentation ? Les lycéens ne sont-ils pas, en partie, nos futurs usagers ? Pourquoi ne mettons-nous pas nos compétences techniques au service des CDI pour la récupération de notices, le catalogage, voire l’informatisation des collections, à l’instar de nos bibliothèques associées ? Quelle mise à disposition et communication sur nos outils souhaitons-nous ? Quelle politique et quels services proposons-nous aux enseignants-prescripteurs-utilisateurs de l’enseignement secondaire, et particulièrement des lycées ?

Je suis toujours frappé de voir tant de lycéens dans les BM, et ces dernières de s’en plaindre, alors que les BU cherchent rarement à toucher cette population étudiante qu’elles pourraient tout autant satisfaire en terme d’horaires, de places de lectures et de collections proposées en offrant des lieux tout aussi marquant socialement ou symboliquement que les bibliothèques publiques, ne serait-ce que par le mélange avec de futurs pairs.

Il me semble que nous pourrions aller bien plus loin que les simples journées portes ouvertes auxquelles nous participons tous en montant des jumelages lycée-université et/ou en organisant des séances « captives » (i.e. les 344 lycéens qui ont récemment visiter une de nos bibliothèques) voire en intégrant nos locaux et nos collections dans les outils utilisables par les lycéens, avec ou sans leur prof d’ailleurs. Une manière de les acculturer à des outils qu’ils auront plus tard à utiliser et à renforcer l’attractivité de nos établissements aussi.

Une manière aussi de valoriser nos collègues documentalistes qui pourraient ainsi proposer des outils difficiles à mettre en place à l’échelle d’un établissement scolaire : accès web au catalogue, réservation, prolongation, recommandation (tagage des notices par exemple) et même des services de mise à disposition de la doc. de la BU avec des navettes ou des dépôts réguliers.

* fusionner la DLL et la SDBIS en une seule et même Agence française des Bibliothèques…

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Oui, non, peut-être…

Nicolas Demorand : Ségolène Royal, êtes-vous candidate au poste de premier secrétaire du Parti Socialiste ?

Ségolène Royal : Vous savez je pense honnêtement que compte tenu des difficultés que connaissent les Français et cela dans tout le pays parce qu’il y a quelque chose de profond qui est en train de se déliter et en particulier la question des services publics… vous savez moi je préside une région de 1,6 Millions d’habitants qui est une région moyenne et donc représentative et donc parlons concret quand même parce que il m’a semblé aussi que Nicolas Sarkozy était très éloigné des préoccupations…

N.D. : Je vous repose concrètement la question puisque vous avez dit que l’intervention d’ hier soir et la politique qui était menée impliquaient de nouveaux devoirs pour l’opposition, est-ce que vous êtes prête à assumer ces devoirs que vous définissez vous-même ?

S.R. : Vous savez le premier devoir pour l’opposition, pour les élus de l’opposition qui sont sur les territoires c’est d’essayer d’amortir les chocs d’une mauvaise politique et de quelque chose qui détruit les solidarités profondes. Vous savez dans la région que je préside… juste, ça va être très rapide, écoutez moi…il y a la suppression de 9 tribunaux d’instance et de 2 tribunaux de commerce, il y a la suppression de 11 plateaux de chirurgie dans les villes petites et moyennes, il y a 40 écoles qui vont fermer en milieu rural et… écoutez moi, il y a 74 suppressions de formations professionnelles pour les lycéens, aujourd’hui les lycéens bloquent les lycées parce qu’ils veulent travailler, il y a la suppression du brevet d’enseignement professionnel ce qui est grave pour les entreprises et ce qui est grave pour les jeunes… et bien moi je dis qu’il est possible de faire autrement et la responsabilité de l’opposition aujourd’hui, mais même des Français, vraiment… c’est d’exiger autre chose, c’est à dire qu’on cesse de casser ce qui fonctionne bien dans le pays, qu’on réforme l’Etat pour déployer les énergies qui sont sur les territoires et il y en a, qu’on donne du potentiel aux Français qui veulent aller de l’avant et je pense que comme ça la France pourrait remonter la pente…

N.D. : Dernière question, je vous la repose très rapide, votre responsabilité à vous, Ségolène Royal, au sein de l’opposition n’est-ce pas de dire aujourd’hui, oui, je suis candidate à ce poste de premier secrétaire du Parti Socialiste pour faire marcher l’opposition comme j’estime qu’elle doit marcher aujourd’hui face à la politique de ce gouvernement et de ce président ?

S.R. : Ecoutez… je pense qu’il ne faut pas réduire la politique à des candidatures à des postes parce que ça serait totalement décalé avec ce que la France connait aujourd’hui. J’ai été candidate à l’élection présidentielle et donc je sais pour avoir parlé aux Français, avoir convaincu 17 millions de Français, qu’il y a une autre vision de la France, qu’il y a d’autres valeurs à mettre en mouvement, qu’il y a un potentiel formidable qui est aujourd’hui freiné et cassé par des réformes injustes et inefficaces et je le dis le plus clairement, le plus fermement possible parce que ma responsabilité c’est d’entretenir l’espérance aussi, c’est de dire aux Français que ce n’est pas possible de continuer comme ça pendant 4 ans et donc on va tout faire pour que de vraies réformes arrivent pour amortir les chocs sur les territoires que nous dirigeons, que nous gouvernons…

N.D. : Ma question est simple, Ségolène Royal, pourquoi vous ne voulez pas y répondre ? oui ou non ?

S.R. : Parce que je pense que ce n’est pas le moment et que c’est décalé par rapport au temps… mais il ne vous a pas échappé, Nicolas Demorand, que j’assume mes responsabilités de leader politique, celles que j’ai eues et qui me donnent en effet des devoirs par rapport à ce qui ce passe aujourd’hui et c’est vrai que pour préparer une alternance, dans 4 ans, parce que ça passe vite, il faut s’y prendre tôt, que c’est un travail important, parce que la France dans 4 ans ne sera plus la même que celle qu’elle est aujourd’hui et pour cette échéance-là, ça n’est un secret pour personne que je m’y prépare, bien évidemment…

Entendu dans le 7/10 du 25 avril sur France Inter

Chronique d’une mort annoncée

Les politiques de la lecture et leurs acteurs (1980-2000) est une excellente synthèse de Max Butlen éditée par l’INRP en février 2008 qui met entre autre en perspective le développement et les politiques de l’offre depuis 1981 et l’affrontement (rarement la complémentarité) de l’action militante et du champ économique, le politique se mettant le plus souvent et de plus en plus au service de ce dernier.

Les éditeurs sont satisfaits de la disparition de la Direction des bibliothèques et de la Lecture publique et de la création de la Direction du Livre (1975) puis de la Direction du Livre et de la Lecture (1981). ils apparaissent comme particulièrement actifs dans toute la période 1980-2000. Il se révèlent aptes à obtenir « l’intéressement » des hommes politiques à leurs projets à tel point que l’on peut se demander, à partir des exemples du prix du livre, du « photocopillage », du droit de prêt, de la défense de la création et des libraires ou des activités de la branche « manuel scolaire », dans quelle mesure leurs positions l’emportent.

Qui s’étonnera alors de la disparition de la Direction du Livre et de la Lecture dans la nouvelle organisation du Ministère de la culture (en gros 3 grandes directions : patrimoine-ce qui coûte, création-ce qui coûte de moins en moins, économie-ce qui ne coûte rien), la Ministre annonçant pudiquement (cyniquement) dans son communiqué du 17 avril dernier que « le rattachement des missions de la direction du livre et de la lecture, qui touchent à la fois au patrimoine, à la lecture publique et à l’économie du livre, fera l’objet d’une réflexion complémentaire ». Suite logique d’un mouvement de fond décrit par Butlen qui aboutira sans doute un jour à 2 directions : Patrimoine et Economie !

Le Ministère de la culture tire donc un trait sur la Lecture publique et plus largement sur ses missions en matière de pratiques culturelles non « consuméristes » (aller au cinéma, au musée, au concert, au théâtre, acheter de la musique et des biens culturels) : faire de la musique, faire du théâtre, faire de la danse, faire de la peinture… lire ! Quid des conservatoires, des écoles de musique, des écoles des Beaux Arts, des ateliers et centres culturels, des bibliothèques ? Quelle politique nationale à l’égard de cette acculturation lente ? Vive le visiteur-spectateur-consommateur que nous serions tous dès la naissance…

Cette décision semble confiner (à nouveau) les bibliothèques publiques dans le hors-champ culturel : information, éducation, action sociale et laisser les bibliothécaires se dépatouiller seuls face à leurs tutelles. Finalement, est-ce un mal ? ou bien une opportunité de repenser ce qui est commun, et l’était avant 1975, à toutes les bibliothèques françaises ? Pourquoi ne pas se tourner vers le Ministère de l’Education nationale et l’Enseignement supérieur pour fédérer certaines missions transversales comme les statistiques, la formation, la coopération, le numérique même… une manière également de retrouver une unité pour l’Inspection générale et le Conseil supérieur des bibliothèques, de défendre une Loi unique sur les bibliothèques, et de penser, enfin, le développement de la partie physique de nos bibliothèques-hybrides en relation avec les autres, avec de vraies logiques territoriales : BU, BM, BDP, CDI, BCD…

Une agence nationale des bibliothèques pour le pilotage et l’évaluation d’une politique nationale unifiée s’appuyant sur des agences de moyens comme l’ABES élargie ou sur de grands établissements tête de réseau comme la BNF et la BPI ? On peut rêver.

TMS* quand tu nous guettes !

Le calcul est simple. Je passe entre 8 et 9 heures au boulot tous les jours sur lesquelles je suis entre 6 et 7 heures assis à mon bureau. A cela s’ajoutent le soir à la maison 2 à 3 heures à nouveau passées assis à mon bureau… soit 8 à 10 heures par jour sur un fauteuil… quelle horreur ! J’ai donc craqué (à la maison) car j’en avais marre, et surtout mon dos, de cette chaise rustique récupérée il y quelques années dans un brûloir (véridique) alors qu’elle s’apprêtait à partir en fumée ! Bon, je n’ai pas suivi tous les conseils de nicomo avec soutien lombaire et réglages dans tous les sens, mais je ne suis quand même pas mécontent de cette « Spoon Chair » designée par Citterio, aussi élégante que confortable. Tentation : rester encore plus longtemps dedans… mais quand dort-il ?

* Trouble musculo-squelettique

Zones franches, zones blanches…

Nous avons inauguré jeudi soir dernier l’exposition Zones Franches d’Arno Rocher qui clôture notre programmation pour l’année universitaire 2007-2008 à la BU Belle Beille. Le parti pris de la surprenante scénographie que l’on doit à l’agence Detroit Architectes de Nantes est ici de proposer une lecture fragmentée et accélérée des oeuvres et d’alimenter une réflexion sur les limites, les marges, les franges,… et sur la frontière entre réalité et représentation du réel, en jouant sur la polysémie des mots : franches = nettes, tranchées, discrètes mais aussi = continues, libres, sans règles, sans lois ni délimitations précises.

Les visiteurs sont invités à longer un étrange mur-frontière de cartons (486 au total), éventré, percé et ouvert par endroit, qu’ils peuvent traverser pour se rapprocher des toiles ou des salles de lecture selon qu’ils se trouvent d’un côté ou de l’autre pour redéfinir à chaque pas leur point de vue sur les oeuvres et sur la bibliothèque. On peut rapprocher ce travail du remarquable livre-processus de Philippe Vasset Un livre blanc et sa démarche à retrouver sur ce site :

 » Regardez bien, vous êtes passé ici des centaines de fois : est-ce que vous savez où vous êtes et ce qui s’y passe ? Privés de leur nom et de leur fonction, les bâtiments s’avachissent comme des emballages crevés. Les poteaux, les fils, les rues tracent des figures, encadrent des détails, en soulignent d’autres, mais rien n’a de signification ni d’emploi; il n’y a que des objets incertains et des événements indécidables. Où est votre place ? Comment habiter ici ? Malgré la couverture satellite et le maillage des caméras de surveillance, nous ne connaissons rien du monde. »

PS : grâce à Daniel, le catalogue publié par la BU à l’occasion de l’exposition est visible ici

Un balcon sur la Loire

Le 22 décembre 2007 décédait à Angers Julien Gracq, à l’âge de 97 ans. Je ne vous dirai pas que j’allais tous les ans le voir, comme tout le monde, à Saint-Florent-le-Vieil, en compagnie de Georges Cesbron et de Jacques Boislève, et qu’il nous recevait toujours avec la même affabilité et le même sens de la conversation, parlant de tout et de rien. Je ne vous dirai pas qu’il nous proposait généralement un porto ou un guignolet, accompagné de noix de cajou, nous invitant à nous asseoir un moment avant d’aller déjeuner ensemble à l’Hôtellerie de la Gabelle. Je ne vous dirai pas qu’il nous surprenait toujours par la mémoire qu’il gardait des plus infimes détails de ses rencontres et des événements les plus anodins, en apparence, de son passé. Je ne vous dirai pas qu’il nous sembla bien fatigué la dernière fois que nous le vîmes en novembre dernier et que nous avons dû prendre congé de lui avant l’heure du déjeuner. Je ne vous dirai pas qu’il m’évoquait toujours la figure de mon grand-père disparu vingt ans plus tôt, et vingt ans plus jeune…

Je vous dirai seulement que Julien Gracq a légué ses manuscrits à la Bibliothèque nationale de France et sa bibliothèque personnelle à la mairie de Saint-Florent, ainsi que sa maison, pour en faire un lieu de résidence pour jeunes écrivains. Je vous dirai aussi qu’il a donné à la BU d’Angers les travaux, ouvrages et documents sur ses oeuvres accompagnés de leurs traductions. Je vous dirai enfin qu’il a souhaité qu’une reproduction de tous ses manuscrits d’ouvrages publiés soit réalisée (micro-films ou numérisation ?) et qu’une copie en soit donnée pour consultation sur place à la BU d’Angers en plus de la BNF.

Notre fonds Julien Gracq se voit donc enrichi d’une documentation précieuse et originale qu’il va falloir valoriser avec tous les acteurs à qui incombent désormais, comme à nous, des responsabilités matérielles et intellectuelles : éditeur, BNF, commune de Saint-Florent-le-Vieil… une coopération « raisonnée » à initier au service d’une oeuvre et du (plus ou moins grand) public : pas facile mais essentiel !

(La Loire et l’île batailleuse : ce que Gracq voyait de sa fenêtre. Photo perso)

Têtes à claque

Séance de reformulation et de recommandation bibliographiques en situation extrême… saynète en provenance de ce site. Ma préférence va pour les 3 premiers épisodes de la série Le pilote.

La vidéo a été retirée. Vous pouvez la retrouver directement sur le site des Têtes à claque ici.

Le livre : que faire ?

Bon, on se doute bien qu’en 95 pages on ne peut révolutionner les points de vue sur les difficultés et les incertitudes de l’avenir du livre. Son initiateur (Eric Hazan) déclare que cet ouvrage se veut pourtant le lieu de propositions originales, décalées des voies (voix) officielles, une boite à outils proposant des pistes de réflexions et d’action, l’optimisme de la volonté (comme le dit la quatrième de couv.)… mais nos espoirs sont vite déçus ! Les poncifs habituels sont au rendez-vous et les solutions, même louables, demeurent improbables voire inapplicables : développer les fondations pour soutenir l’édition indépendante, augmenter l’intervention de la puissance publique notamment pour rémunérer les auteurs (déconnecter leur revenu de leur travail) , taxer ce qui rapporte pour financer ce qui coûte (1% sur les ventes de livres du domaine public par exemple), limiter les droits patrimoniaux des héritiers, limiter le nombre de marchés publics à deux pour un même libraire, favoriser la proximité dans les appels d’offres, faire participer les villes à l’acquisition du foncier pour les librairies, mutualiser et regrouper les acteurs indépendants (éditeurs-distributeurs-libraires)…

Du côté des « médiateurs », les points de vue sont édifiants d’élitisme et parfois de mépris. Le libraire : Dans ma pratique, conseiller consiste le plus souvent à détourner. Oui, je déconseille des livres que le lecteur a choisis après une prescription abusive d’après les éloges de la critique pour un livre qui n’en mérite guère ou encore Notre clientèle est faite pour l’essentiel de personnes moins soumises que d’autres à la tyrannie de leur désir et qui parviennent à faire la différence entre le fait de vivre et de consommer. Pour la bibliothécaire qui certes ne distingue plus bonne et mauvaise littérature : l’essentiel est que les gens lisent, quitte à les faire évoluer ensuite dans leurs lectures, quant aux directeurs de bibliothèques, elle les juge trop technocrates (rengaine habituelle) alors que leur mission est de se soucier de la démocratisation de la culture et de la lecture, comme de la défense du pluralisme de pensée (je ne vois pas en quoi ces missions excluraient un minimum de compétences managériales). A noter également une belle tentative pour nous faire croire que les villes de gauche développeraient plus ce qui touche au social et aux sciences humaines dans leurs bibliothèques (?!?) et que l’Etat régulateur c’était mieux pour les BDP avant qu’elles ne dépendent de ces « vilains » conseils généraux ! (Un peu affligeant tout de même…).

Seul Jérôme Vidal, traducteur-éditeur et directeur de la Revue internationale des livres et de idées pose la question de l' »amont » : de la formation du lecteur, du rôle de l’école et de la prescription scolaire. Il considère également le livre électronique comme une chance à saisir pour l’édition indépendante et non une menace, une évolution que les politiques publiques n’arrivent pas à prendre en compte, faute d’une réelle anticipation, en replâtrant invariablement un modèle économique et social en déconfiture. A ce titre, il est le seul dans l’ouvrage à demander une refonte du rôle des institutions publiques (CNL, DRAC, Bibliothèques…) et non l’augmentation des subsides dispensés.

Au final donc, un sentiment de lourdeur et de manichéisme bon ton : les gros méchants, les petits gentils, l’Etat qui ne donne pas assez, les lecteurs qui consomment, les amateurs qui lisent, la vente en ligne qui privatise le savoir, les libraires qui le socialise… pfou… Le livre que faire ? Commencer par ne plus éditer ce genre de livre !

C’est beau une BU la nuit…

21h30 : la porte tournante s’ouvre enfin aux visiteurs téméraires qui viennent découvrir l’exposition Texier. Visite dans le noir disait l’invitation

Les voilà donc qui s’avancent dans la nuit, avec les lampes torches que nous avons pris soin de leur fournir, tels des paléontologues à la recherche d’improbables ossements, dans cette bibliothèque qu’ils fréquentent pourtant le jour mais qu’ils ne reconnaissent plus, comme d’étranges spéléologues scrutant les parois pour trouver un sens à leur présence ici, ce soir. Les feuilles séchées chantent sous les pas, nous baissons la tête sous le ciel de petits pois, Jean-Paul Texier distille quelques mots, fascination des danses végétales silencieuses photographiées et mises en scène par l’artiste, invitation au voyage, immobile, intérieur, intime…

La magie s’opère et les lucioles poursuivent leur marche ! C’était hier soir, à la BU Belle Beille, à Angers, en France… avec de « vrais » gens parmi les livres, endormis, et de vraies émotions.
En voir plus ici.

Mary à tout prix !

J’ai passé deux heures très enrichissantes cet après-midi avec Mary Reichel, la directrice de la bibliothèque de l’Université d’Etat des Appalaches en visite à Angers. Elle a adoré notre bibliothèque : les espaces ouverts, les chaises design (?), la « charmante » exposition en cours, les fonds spécialisés et a même poliment complimenté notre site web… finalement nous sommes « tout pareil » : même date de création, même nombre d’étudiants, même nombre de revues en ligne (6000), approche un peu « laboratoire expérimental », Libqual+ pour la première fois cette année… hum, hum, hum, regardons-y quand même de plus près :
Les moyens : 2,2 Millions d’Euros de doc. (contre 1 M d’€ pour Angers)
Les personnels : 75 ETP + 20 ETP étudiants, soit 130 étudiants en tout (contre 55 ETP + 1,5 ETP étudiant à Angers). A noter que leur bibliothèque ne se compose que d’un site de 23 700 m2 alors que la BU d’Angers en comporte 3 pour une surface de 12 300 m2 (14 500 m2 à terme). Le plus étonnant est sans doute la composition du personnel. Il n’y a en fait pas de librarian dans l’organigramme, excepté une seule, la directrice simplement appelée « bibliothécaire de l’université » (quand même dotée d’un PhD), mais beaucoup de professor et assistant professor en charge des acquisitions notamment
Les collections : 854 000 doc papier (contre 450 000 à Angers), 1600 titres papiers (contre 1100 à Angers). Certes, les E-books ne sont pas la tasse de thé de Mary, comme à Angers, mais sa bibliothèque possède quand même 10 fois plus de bases de données qu’à Angers (140 au total)
Les horaires : un modeste accès 24/24 avec des personnels de 7h30 à 2h00 du matin et des vigiles de 2h00 à 7h30…
Bref, cet échange très instructif et chaleureux, comme toujours avec nos collègues américains, m’a permis de me faire une idée précise sur ce qu’il manquait à une BU de taille moyenne française pour être au niveau d’une bibliothèque similaire de 3ème catégorie aux Etats-Unis :
10 000 m2, 20 personnels (de préférence des spécialistes disciplinaires ou des enseignants pour dégager le personnel actuel sur les services et les missions documentaires exclusivement), 20 ETP étudiants (disons 10 seulement si on n’ouvre les bibliothèques que de 8h à minuit…) et accessoirement 1,2 Millions d’€, soit le doublement de notre budget documentaire… damned, j’ai déjà rédigé ma demande pour le quadriennal 2008-2011. Allez, ce sera pour 2012 !