Le livre : que faire ?

Bon, on se doute bien qu’en 95 pages on ne peut révolutionner les points de vue sur les difficultés et les incertitudes de l’avenir du livre. Son initiateur (Eric Hazan) déclare que cet ouvrage se veut pourtant le lieu de propositions originales, décalées des voies (voix) officielles, une boite à outils proposant des pistes de réflexions et d’action, l’optimisme de la volonté (comme le dit la quatrième de couv.)… mais nos espoirs sont vite déçus ! Les poncifs habituels sont au rendez-vous et les solutions, même louables, demeurent improbables voire inapplicables : développer les fondations pour soutenir l’édition indépendante, augmenter l’intervention de la puissance publique notamment pour rémunérer les auteurs (déconnecter leur revenu de leur travail) , taxer ce qui rapporte pour financer ce qui coûte (1% sur les ventes de livres du domaine public par exemple), limiter les droits patrimoniaux des héritiers, limiter le nombre de marchés publics à deux pour un même libraire, favoriser la proximité dans les appels d’offres, faire participer les villes à l’acquisition du foncier pour les librairies, mutualiser et regrouper les acteurs indépendants (éditeurs-distributeurs-libraires)…

Du côté des « médiateurs », les points de vue sont édifiants d’élitisme et parfois de mépris. Le libraire : Dans ma pratique, conseiller consiste le plus souvent à détourner. Oui, je déconseille des livres que le lecteur a choisis après une prescription abusive d’après les éloges de la critique pour un livre qui n’en mérite guère ou encore Notre clientèle est faite pour l’essentiel de personnes moins soumises que d’autres à la tyrannie de leur désir et qui parviennent à faire la différence entre le fait de vivre et de consommer. Pour la bibliothécaire qui certes ne distingue plus bonne et mauvaise littérature : l’essentiel est que les gens lisent, quitte à les faire évoluer ensuite dans leurs lectures, quant aux directeurs de bibliothèques, elle les juge trop technocrates (rengaine habituelle) alors que leur mission est de se soucier de la démocratisation de la culture et de la lecture, comme de la défense du pluralisme de pensée (je ne vois pas en quoi ces missions excluraient un minimum de compétences managériales). A noter également une belle tentative pour nous faire croire que les villes de gauche développeraient plus ce qui touche au social et aux sciences humaines dans leurs bibliothèques (?!?) et que l’Etat régulateur c’était mieux pour les BDP avant qu’elles ne dépendent de ces « vilains » conseils généraux ! (Un peu affligeant tout de même…).

Seul Jérôme Vidal, traducteur-éditeur et directeur de la Revue internationale des livres et de idées pose la question de l' »amont » : de la formation du lecteur, du rôle de l’école et de la prescription scolaire. Il considère également le livre électronique comme une chance à saisir pour l’édition indépendante et non une menace, une évolution que les politiques publiques n’arrivent pas à prendre en compte, faute d’une réelle anticipation, en replâtrant invariablement un modèle économique et social en déconfiture. A ce titre, il est le seul dans l’ouvrage à demander une refonte du rôle des institutions publiques (CNL, DRAC, Bibliothèques…) et non l’augmentation des subsides dispensés.

Au final donc, un sentiment de lourdeur et de manichéisme bon ton : les gros méchants, les petits gentils, l’Etat qui ne donne pas assez, les lecteurs qui consomment, les amateurs qui lisent, la vente en ligne qui privatise le savoir, les libraires qui le socialise… pfou… Le livre que faire ? Commencer par ne plus éditer ce genre de livre !

2 comments so far

  1. RM on

    Ce n’est que l’énième rediffusion des discours habituels des éditeurs « indépendants » et des libraires, à la fois édifiants et poncifiants.

    Je crois que le problème est générationnel : on donne encore la parole (ou plutôt, ils la prennent car ces livres sont souvent publiés par la maison d’édition d’un des auteurs) à des personnes qui vivent dans une fausse nostalgie d’un paradis perdu – perdu car il n’a jamais existé que dans leur esprit. C’est ce qui donne des réactions outrées comme l’abandon des remises en réaction à l’affaire Amazon : on se tire une balle dans le pied pour rester pur ; tout est perdu fors l’honneur. Ce pourrait faire une bien jolie mise en scène mais par je ne sais quel phénomène, cela paraît seulement ridicule, en plus d’être inefficace.

    Heureusement, d’un autre côté apparaissent quelques personnes qui ont compris internet et l’influence des nouvelles technologie sur le livre : celles qui créent Lekti-écriture, celles qui essayent de s’adapter, non dans le contenu mais dans la manière de faire passer se contenu aux gens.

    [Notons qu’il pourrait y avoir une 3e espèce de libraire qui déciderait de vendre des Wii à côté des livres, une 3e espèce d’éditeur qui développerait des jeux pour Wii parce qu’il n’y a pas de raison de ne pas en vendre, que c’est chouette aussi et que ça évite de se déplacer jusqu’au magasin de jeux vidéo et que c’est ce que veulent les gens et que c’est de la culture aussi. Mais cela n’existe pas encore, quel dommage ;-)]

    Bref, ce type de livre est un étrange mélange entre ces deux races, ce qui donne nécessairement des résultats peu emballants. Le pire demeurant sans doute la rhétorique qui enveloppe le tout : même si l’on est au fond d’accord avec un certain nombre d’idées, il est bien difficile de résister à ce style pseudo-révolutionnaire, qui prend bien peu de recul sur ce qu’il prétend étudier et qui n’aura finalement pas plus de poids que le pamphlet ordinaire.

  2. B&c on

    Le chapitre de la bibliothécaire c’est quasiment de la propagande pour inciter les élus de droite à ne pas s’embêter à embaucher des bibliothécaires (qui sont des gauchistes romanesques, prescripteurs, et qui se vantent par écrit de ne pas respecter le code des marchés).


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