Archive for mai 2008|Monthly archive page

L’avenir droit devant…

L’heure étant aux tristes rengaines et aux refrains chagrins, je pousse ici ma chansonnette pour faire quelques propositions sur la réforme du statut des personnels d’encadrement des BU, même si je pense qu’il faudrait pour une fois commencer par le bas, là où la question des statuts et des compétences est la plus urgente à traiter, pour une revalorisation réelle des collègues, vu que ce sont aussi (et surtout…) les magasiniers, les assistants et les bibliothécaires adjoints spécialisés qui font tourner la machine. Mais bon, comme on est jamais si bien servi que par soi-même et que les choses nous ont pas mal réussi en 1992, commençons à nouveau par le haut :

1. Fusionner les filières Bibliothèques et Documentation (ITRF) en une seule filière documentaire calquée sur les statuts ITRF actuels : adjoints en documentation (magasiniers), techniciens en documentation (AB), ASI en documentation (BAS), IGE en documentation (Bibliothécaires), IGR en documentation (Conservateurs).

2. Réaffirmer la gestion centralisée du recrutement, de la formation et des carrières des personnels scientifiques de la documentation (conservateurs, bibliothécaires, ingénieurs), l’accès à ces professions devant demeurer le concours national placé sous l’égide de l’ENSSIB pour éviter toute dérive locale.

3. Modifier les conditions d’accès au concours : Licence pour les bibliothécaires (désormais appelés IGE ?) et Master Pro Bibliothèques et Documentation ou assimilé (liste des formations habilitées à établir) pour les conservateurs (désormais appelés IGR ?) afin de limiter l’entrée dans les bibliothèques par hasard ou à défaut d’une autre carrière plus prestigieuse….

4. Modifier la formation des bibliothécaires-IGE et des conservateurs-IGR en documentation qui seraient, après réussite au concours, pré-affectés dans les établissements et payés par ces derniers (critères : rang de classement au concours, rang de classement par les directeurs, critères sociaux), l’ENSSIB ne prenant plus en charge que les frais de mission et déplacement.

5. Scolarité de 12 mois pour les bibliothécaires-IGE et de 24 mois pour les conservateurs-IGR organisée en semestres (périodes de 4 mois), tout le monde entrant en même temps à l’ENSSIB en septembre sur les contingents de postes vacants après CAPN du 1er semestre :

IGE
Semestre 1 (sept-déc) : tronc commun (avec IGR = culture commune)
janv-fev : stage d’immersion dans l’établissement recruteur (2 mois)
Semestre 2 (mars-juin) : spécialisation (informatique, collections/contenus, services…)
juil-août : stage de perfectionnement dans un établissement similaire (1 mois)
Rendu de rapport et titularisation
Les IGE sortent avec une équivalence M1. Ils peuvent se faire appeler encore bibliothécaires selon l’établissement où ils se trouvent.

IGR
Semestre 1 (sept-déc.) : tronc commun (avec IGE = culture commune)
janv-fev : stage d’immersion dans l’établissement recruteur (2 mois)
Semestre 2 (mars-juin): tronc commun IGR (management, budget, politique d’établissement…)
juil-août : stage de perfectionnement dans un établissement similaire (1 mois)
Semestre 3 (sept-déc.) : études préparatoires à la thèse d’exercice (sujet élaboré avec l’établissement)
Semestre 4 (janv-août) : rédaction de la thèse (position de congé-formation sur 8 mois pris en charge par l’ENSSIB et donc compensée localement). Les IGR peuvent suivre le cycle de spécialisation des IGE de l’année n+1 en fonction de leur sujet de thèse.
Les IGR sortent avec le titre de Docteur-ingénieur en documentation. Ils peuvent se faire encore appeler conservateurs selon l’établissement où ils se trouvent.

6. Créer un cadre d’emploi des personnels de direction des bibliothèques. Classification des établissements et des postes contingentés (autour de 200/250 = i.e conservateurs généraux actuels). Emploi fonctionnel ouvert aux IGR ayant au moins 5 ans d’ancienneté et mobilité obligatoire par période de 5 ans, renouvelables 2 fois (15 ans maxi). Pas de possibilité d’accéder à un emploi fonctionnel dans son propre établissement. Ces emplois pourraient également être ouverts aux personnes n’ayant pas eu le concours ENSSIB, détentrices d’un doctorat d’Etat et ayant 10 ans d’ancienneté au moins dans une poste d’encadrement équivalent ou supérieur à IGR.

A voir aussi, mais encore plus compliqué :

7. Faire glisser progressivement les personnels de magasinage vers les postes techniques à la faveur des mouvements et des départs à la retraite, sur une dizaine d’années pour tirer les statuts vers le haut. Mettre en place pour cela un grand plan de formation interne et de certification professionnelle animée par les CFCB.

8. Généraliser l’emploi étudiant pour les tâches d’exécution (équipement, rangement, prêt-retour) et renforcer la place des techniciens (anciens magasiniers et AB) dans la coordination de ces tâches et l’accueil.

Bon, ceci n’est pas un discours-programme, mais juste quelques idées qui n’engagent que moi et qui peuvent être reprises ou non par ceux qui planchent sur ces questions en ce moment… une bouteille à la mer.

La femme doit voter !

C’est le titre qu’aurait pu avoir l’étrange, mais finalement pas si mal représentation organisée autour du Centre des archives du féminisme créé en 2000 au sein de la BU d’Angers, à l’initiative de l’association Archives du féminisme. Il s’agissait de mettre en scène des documents et une iconographie inédite contenus dans ce fonds spécialisé : discours, correspondance, textes importants sur la conquête des principaux droits acquis conquis depuis plus d’un siècle par les femmes, morceaux choisis et travaillés avec les comédiens par les étudiants de la filière Archives et bibliothèques de l’Université d’Angers. J’avoue que la formule m’a séduit et pourrait intéresser les BU pour valoriser, à peu de frais mais avec beaucoup de richesse, leurs collections particulières sans pour autant tomber dans la séance hermético-poétique… Cela permet aussi de montrer des documents sous une forme originale et vivante en inversant la logique habituelle, le texte lu devenant la petite musique et en définitive l’hypertexte de l’image montrée. A réitérer sur d’autres fonds à mon avis.

Recommandation présentielle…

Cela ressemble a un petit autel votif, moins les bougies et les pétales de rose déposés en souvenir par les fidèles. Apparemment tous les livres de Pascal S. ont déjà été empruntés, ou peut-être n’ont-ils même jamais existé dans cette bibliothèque ? Seule la biographie imprimée de Wikipédia (!) et sans doute non empruntable est là pour nous rappeler le parcours de l’animauteur. Pourtant, bien des livres auraient pu éclairer ses paroles et pensées intimes sur l’Afrique, le tourisme tropical, les femmes…. allez, pas de mauvais esprit, c’est pas pire qu’une Wii en BU !

Claude Dityvon forever

Au commencement, il y eut L’homme qui marche à Angers grâce à Jean-Paul Texier ainsi qu’à ces vidéos qui m’avaient donné à voir  l’humanité de Dityvon, photographe méconnu du grand public, « façonneur » de toute une génération de photographes depuis son prix Niépce en 70.

Puis il y eut les voyages à Paris tous les 15 jours, durant 6 mois, autour d’un projet commun de monographie rétrospective. 6 mois d’échanges, de discussion et de partage, des heures d’entretien filmées pour aboutir à 320 pages et à une ébauche de texte en attente d’éditeur…

Enfin, il y eut le projet Mai 68, comme un souffle : une exposition itinérante montée par nos soins et qui tourne depuis le début de l’année dans les universités du grand ouest (Brest, Rennes, La Rochelle, bientôt Le Mans) pour finir à la BU d’Angers en décembre prochain, cette collection acquise pour l’occasion rentrera ensuite dans nos fonds.

Hier donc, nous étions à La Rochelle pour l’inauguration de Mai 68, comme un souffle à la BU et de la très belle rétrospective Dityvon, la liberté du regard initiée par l’ancien directeur de la Médiathèque, Bruno Carbone, et qui se tiendra jusqu’à fin août dans plusieurs lieux de la ville : la médiathèque Michel Crépeau, La Coursvive, le Cloître des dames blanches (photo ci-dessus) et les bibliothèques de l’agglo. Un pur bonheur… courez-y vite !

Et maintenant ? Les projets continuent… car nous devons conserver et faire connaître à tous la richesse de cette oeuvre photographique majeure du XXème siècle. Comment ? A suivre…

Pour en voir plus encore : Chambre noire
Retrouvez sur le site du Monde le portfolio des images inédites présentées dans les BU et dans le Monde 2 du 10 mai 2008

Respectons l’étiquette…

Autrefois, j’adorais voir au travail de ma mère les crayons entaillés d’un léger plat à leur extrémité pour y graver le prénom du propriétaire… je faisais la même chose ensuite à la maison. Aujourd’hui, c’est l’étiquette dymo qui règne en maître : sur les chariots, les stylos, les ciseaux, les rouleaux de scotch, les agrafeuses, les règles, les gommes, les machines à étiquettes elles-mêmes et aussi… sur les cendriers ! Dans notre bibliothèque principale : 14 titreuses dénombrées, soit une par collègue censé s’en servir, un luxe* qui me fait toujours râler quand on me demande d’en racheter ! Nicomo avait l’habitude de dire quand il travaillait à Angers qu’en chaque bibliothécaire sommeillait un enfant qui n’avait pas assez collé de gommettes à l’âge tendre ou peut-être trop, j’ai un doute maintenant, pour vouloir en faire son métier ! Et vous, colliez-vous des gommettes sur vos livres dans votre petite enfance ? Pire, avez-vous depuis catalogué et étiqueté votre bibliothèque personnelle, ou simplement pensé à le faire ? Penser, classer, étiqueter… c’est grave docteur ?

* en fait je ne sais pas si c’est un luxe, je râle pour le plaisir…

Au rapport !

En mai, fait ce qu’il te plaît… mon oeil, tiens ! Bon, je me console de délaisser un peu le blog pour mettre la « première » main au rapport d’activité 2007 à rendre impérativement le 29 mai… et qui sera cette année augmenté d’un bilan chiffré des grandes tendances et évolutions observées dans notre bibliothèque sur le dernier contrat quadriennal 2004-2007. Je distillerai donc au fil de la rédaction quelques « bonnes pages ». La première est l’évolution des trois parts de notre budget documentaire : monographies, périodiques papier et documentation électronique. Où l’on voit l’effet du passage au tout électronique multipliant les budgets du numérique par 3 et la chute des budgets pour les périodiques papier (c’est notre fournisseur qui est content…) nous faisant passer de plus de 1200 à 952 revues papier.

Dans ces conditions, le livre a-t-il été une variable d’ajustement comme on le dit toujours ? Oui et non. Ici, et malgré la Loi sur le droit de prêt qui a structurellement entamé les budgets de 15% à partir de 2004, l’effort a été maintenu pour faire mentir l’adage et pour que le nombre d’ouvrages reste stable, notamment grâce à une augmentation annuelle du budget de 7,5% en moyenne :
2004 : 9563 titres (11168 ex.)
2005 : 10371 titres (12575 ex.)
2006 : 9526 titres (12193 ex.)
2007 : 9660 titres (12020 ex.)


Sources : SCDU Angers 2008 ©

Portail, mon beau portail…

Le dernier commentaire de nicomo sur le risque de gadgétisation des interfaces en bibliothèque et la séance d’échauffement neuronal qui a suivi avec Daniel me laissent perplexe. Si je résume, nous serions en train d’entrer dans la 4ème génération de nos interfaces web. Après l’indigence du catalogue (tout seul), l’efficience (relative) du site web statique et l’omnipotence du portail à tout faire, l’heure de l’intelligence aurait donc sonné pour nos interfaces : personnalisées (grâce à la généralisation des annuaires et des environnements numériques de travail) et personnalisables (grâce au développement des outils 2.0), nous serions donc à la veille de proposer des outils plus utiles ET plus utilisés…

Oui mais voilà, je me demande si nous ne serions pas en train de succomber à nouveau à notre pécher mignon… comme nous l’avons fait depuis 20 ans en construisant une offre documentaire et des collections idéales pour créer des usages idéaux, en nous focalisant comme nicomo le suggère sur une seule et bonne direction sans faire de pas de côté… i.e : en remplaçant des outils « moyens » par de meilleurs, mais du même genre, et donc toujours sous-utilisés à notre goût !

Renversons le problème. Notre développement ne devrait-il pas plutôt partir des usages observés et non supposés (ou attendus) d’internet. Un exemple simple : les 3/4 de nos étudiants utilisent majoritairement cet outil pour faire du chat dans nos murs, et plus encore avec leur ordinateur portable depuis la généralisation du wifi. Leur proposer une meilleure interface de recherche fédérée avec des contenus moissonnables n’y changera rien, sauf à nous dire que nous avons (bien) fait notre travail. A l’inverse, tout miser sur ces usages majoritaires priverait les usages plus « légitimes » d’améliorations substantielles, et nécessaires, de nos outils.

Il faut donc à la fois proposer une interface d’accueil orientée vers le chat, l’échange et l’information quotidienne « triviale » (Myspace ou Netvibes générique BU) d’une part ET, d’autre part, faire évoluer une interface avancée plus documentaire avec moteur fédéré, catalogue et ressources OAIsés, contenus en ligne… ce n’est ni contradictoire, ni incompatible.

La difficulté est donc bien de mener ces deux politiques de front en sachant où l’on va sans se diluer ni se noyer dans les détails. Cela requiert également de penser la formation de nos usagers qui utilisent tout aussi empiriquement leur environnement quotidien (blog, vidéos, chat, réseaux sociaux…) que l’environnement documentaire que nous leur proposons. Plus encore que des bibliothécaires 2.0, c’est de formateurs à la bibliothèque 2.0, qui en acceptent ses nouveaux contours, dont nous aurons besoin…

En attendant, essayons de tracer une feuille de route pour le développement, l’implémentation et la médiation autour des outils 2.0, une feuille de route qui fixerait quelques périmètres et quelques objectifs en somme et permettrait de penser sérieusement cette dissémination 2.0 de la bibliothèque.

Café du commerce…

Mathias Deguelle : Messieurs Glucksmann, ne me dites pas, sérieusement que ce genre de fait divers [Affaire Josef Fritzl]… on en est entourés en ce moment et qui font la une des journaux sont eux aussi les dommages collatéraux de Mai 68 ? On ne peut pas non plus tout ramener à 68… vous parliez du bien et du mal, tout à l’heure André Glucksmann

André Glucksmann : Bon alors écoutez… si ce sont des dommages collatéraux, ce sont les dommages collatéraux d’un silence qui a régné en Autriche sur les crimes de la Deuxième Guerre mondiale. Vous savez que malgré tout, les Autrichiens considèrent même encore aujourd’hui qu’ils ont été victimes, qu’ils n’ont pas participé…

M.D. : en même temps on a chacun le nôtre… Fourniret, il est pas terrible non plus…

A.G. : oui d’accord mais on l’a… bien sûr, mais on a, en France, en Allemagne conscience de ce qui s’est passé de plus horrible…

Rhaphaël Glucksmann : … enfin à mon avis c’est plutôt un dommage collatéral de la nature humaine cette fois-ci… on a exactement les mêmes, moi ça me pose vraiment question parce que… dans nos divergences père fils, je suis d’une nature plutôt optimiste, c’est à dire que j’essaye de fonder ma pensée sur l’élan de la liberté alors lui n’a pas cessé, c’est sûrement lié à son expérience personnelle, moi je suis né quand même dans un monde plus heureux que le sien… et donc… j’essaye de penser l’élan de la liberté, l’Homme comme un facteur positif alors que lui il a passé son temps a étudié l’Homme dans ses dimensions maléfiques et potentiellement exterminatrices… et là c’est vrai que face à un fait divers comme ça, là, je me tais d’ailleurs…

A.G. : … avec un p’tit détail sur le fait divers, c’est qu’il a promis si jamais elles essayaient de s’échapper, enfin sa fille, de la gazer… hein, la gazer ça rappelle quand même des souvenirs de la Seconde guerre mondiale

R.G. : c’est vrai qu’il avait une vraie tête de Nazi donc c’est possible…

A.G. : c’que j’dis, c’est que la seule union possible, mais elle est possible, c’est celle des braves gens ou des rationnels ou des prudents contre le Mal, parce le Mal c’est…

M.D. : encore faut-il qu’ils le sachent… parce que les braves gens, revenons à Josef Fritzl, dans son cas tout le monde est estomaqué…

A.G. : oui, enfin lui… je ne le qualifierais pas vraiment de braves gens…

M.D. : … non non mais je parle des braves gens, les voisins… personne ne savait…

A.G. : oui enfin ils pourraient être un peu curieux quand même…

M.D. : oh ben oui, alors, mais là c’est de l’ingérence…

A.G. : c’est quand même extrêmement curieux qu’il soit parti en vacances, hein… pendant trente jours quelque fois, en Indonésie, etc… et qu’il y ait personne qui se soit aperçu de quoi que ce soit…

R.G. : … pis les services sociaux qui viennent vingt et une fois et qui fournissent des allocations familiales pour les trois enfants que sa fille aurait déposés, selon ses dires, sans jamais mener d’enquête et la famille aussi, moi c’que j’adore aussi, c’est la famille qui reçoit une lettre qui explique : « notre fille a disparu, surtout ne partez pas à sa recherche »… et alors aucun n’a fait la démarche de partir à sa recherche… moi j’suis désolé, si on me dit que ma veille cousine a disparu et qu’il faut absolument pas partir à sa recherche, j’veux dire, j’esssaye de savoir c’qu’il lui est arrivé au moins…

M.D. : dites-moi, vous-êtes intarissables…

Entendu sur France Inter le samedi 3 mai 2008 à 16h50. Le Zapping d’Inter.

1er mai : lutte des classes !

Je veux bien que le climat politique nous incline peu à la franche rigolade : Loi sur les responsabilités des universités, disparition de la Direction du Livre et de la Lecture, gel (avant la baisse) des effectifs de fonctionnaires, retrait progressif de l’Etat dans les bibliothèques municipales classées… auquel s’ajoutent de réelles inquiétudes sur l’avenir de nos établissements et de leurs missions nées des mutations radicales observables et à venir des pratiques de nos usagers. Mais est-ce une raison pour se maudire les uns les autres et se vomir dessus par blogs interposés ? Un directeur de BDP qui ne dirait que des conneries dans l’air du temps… un responsable de la documentation numérique à qui on souhaite un cancer du cerveau… un directeur de Bu qui ne chercherait qu’à lever de petites étudiantes… un directeur de Bm qui ne saurait pas de quoi il cause…

Au-delà des toutes ces attaques personnelles, et le plus souvent anonymes, se dessine un clivage plus incidieux, fantasmatique, qui n’a plus rien de professionnel, et que certains voudraient exacerber en opposant la tête « folle » de notre profession à ses bras vaillants. D’un côté, l’encadrement libéral, les sceptico-cyniques, ironiques et narquois, pairs bien-pensants, ralliés au libéralisme, éthérés, petits-bourgeois. De l’autre, les « petits » qui font ce qu’ils peuvent, avec désir et conviction, boucs émissaires, défenseurs des « vraies » valeurs, les mains dans le cambouis, braves bibliothécaires innocents qui savent de quoi ils causent, eux… d’un côté les nantis qui ne craindraient rien, donc, et de l’autre les soutiers, les forçats des bibliothèques, méprisés de tous et que plus personne n’écouterait, ne comprendrait, ne respecterait… c’est consternant !

Moi je crois qu’on a les bibliothèques qu’on mérite. Je crois que la servitude volontaire, à tous les niveaux de responsabilité, est un beau refuge pour ne rien faire et passer son temps à maudire la société sans nous dire que nous sommes à son service et pas à son chevet… que le manque de moyens et l’incurie (supposée) de nos tutelles est toujours une bonne raison pour masquer notre absence de volontarisme. Je crois que nous mélangeons tout en pensant que nos missions sont la défense de certaines valeurs alors que nos valeurs devraient être de défendre certaines missions : répondre à (tous) nos publics, et pas seulement à celui qui nous ressemble, pour les aider à se repérer et à vivre dans le monde tel qu’il est et non tel que « nous » souhaiterions qu’il soit (ou redevienne)… ce « nous » englobant, bibliothécaires bien-pensants ou plutôt pensant bien, militants et défenseurs d’une certaine représentation du monde, d’une idéologie collective quoi qu’on en dise, ce nous auquel je ne m’identifie pas (plus?) tant il me semble en décalage avec la réalité, réalité que nous méconnaissons, ignorons et méprisons in fine. Si l’ABF sert encore à quelque chose qu’elle mette très vite cette question essentielle sur la table.

PS1 : ce post est une opinion, il n’est pas ouvert aux commentaires. Que les AM, MD, Trans et autres anonymous répondent dans leurs blogs s’il en ont !

PS2 : il n’y aura plus de commentaires anonymes sur ce blog.

Photo : Ban-Den sur Flickr