1er mai : lutte des classes !

Je veux bien que le climat politique nous incline peu à la franche rigolade : Loi sur les responsabilités des universités, disparition de la Direction du Livre et de la Lecture, gel (avant la baisse) des effectifs de fonctionnaires, retrait progressif de l’Etat dans les bibliothèques municipales classées… auquel s’ajoutent de réelles inquiétudes sur l’avenir de nos établissements et de leurs missions nées des mutations radicales observables et à venir des pratiques de nos usagers. Mais est-ce une raison pour se maudire les uns les autres et se vomir dessus par blogs interposés ? Un directeur de BDP qui ne dirait que des conneries dans l’air du temps… un responsable de la documentation numérique à qui on souhaite un cancer du cerveau… un directeur de Bu qui ne chercherait qu’à lever de petites étudiantes… un directeur de Bm qui ne saurait pas de quoi il cause…

Au-delà des toutes ces attaques personnelles, et le plus souvent anonymes, se dessine un clivage plus incidieux, fantasmatique, qui n’a plus rien de professionnel, et que certains voudraient exacerber en opposant la tête « folle » de notre profession à ses bras vaillants. D’un côté, l’encadrement libéral, les sceptico-cyniques, ironiques et narquois, pairs bien-pensants, ralliés au libéralisme, éthérés, petits-bourgeois. De l’autre, les « petits » qui font ce qu’ils peuvent, avec désir et conviction, boucs émissaires, défenseurs des « vraies » valeurs, les mains dans le cambouis, braves bibliothécaires innocents qui savent de quoi ils causent, eux… d’un côté les nantis qui ne craindraient rien, donc, et de l’autre les soutiers, les forçats des bibliothèques, méprisés de tous et que plus personne n’écouterait, ne comprendrait, ne respecterait… c’est consternant !

Moi je crois qu’on a les bibliothèques qu’on mérite. Je crois que la servitude volontaire, à tous les niveaux de responsabilité, est un beau refuge pour ne rien faire et passer son temps à maudire la société sans nous dire que nous sommes à son service et pas à son chevet… que le manque de moyens et l’incurie (supposée) de nos tutelles est toujours une bonne raison pour masquer notre absence de volontarisme. Je crois que nous mélangeons tout en pensant que nos missions sont la défense de certaines valeurs alors que nos valeurs devraient être de défendre certaines missions : répondre à (tous) nos publics, et pas seulement à celui qui nous ressemble, pour les aider à se repérer et à vivre dans le monde tel qu’il est et non tel que « nous » souhaiterions qu’il soit (ou redevienne)… ce « nous » englobant, bibliothécaires bien-pensants ou plutôt pensant bien, militants et défenseurs d’une certaine représentation du monde, d’une idéologie collective quoi qu’on en dise, ce nous auquel je ne m’identifie pas (plus?) tant il me semble en décalage avec la réalité, réalité que nous méconnaissons, ignorons et méprisons in fine. Si l’ABF sert encore à quelque chose qu’elle mette très vite cette question essentielle sur la table.

PS1 : ce post est une opinion, il n’est pas ouvert aux commentaires. Que les AM, MD, Trans et autres anonymous répondent dans leurs blogs s’il en ont !

PS2 : il n’y aura plus de commentaires anonymes sur ce blog.

Photo : Ban-Den sur Flickr

1 comment so far

  1. […] un an d’activité commencé avec ça, 36 554 visites, 146 billets, 393 commentaires, beaucoup d’échanges virtuels et de belles […]


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