Portail, mon beau portail…

Le dernier commentaire de nicomo sur le risque de gadgétisation des interfaces en bibliothèque et la séance d’échauffement neuronal qui a suivi avec Daniel me laissent perplexe. Si je résume, nous serions en train d’entrer dans la 4ème génération de nos interfaces web. Après l’indigence du catalogue (tout seul), l’efficience (relative) du site web statique et l’omnipotence du portail à tout faire, l’heure de l’intelligence aurait donc sonné pour nos interfaces : personnalisées (grâce à la généralisation des annuaires et des environnements numériques de travail) et personnalisables (grâce au développement des outils 2.0), nous serions donc à la veille de proposer des outils plus utiles ET plus utilisés…

Oui mais voilà, je me demande si nous ne serions pas en train de succomber à nouveau à notre pécher mignon… comme nous l’avons fait depuis 20 ans en construisant une offre documentaire et des collections idéales pour créer des usages idéaux, en nous focalisant comme nicomo le suggère sur une seule et bonne direction sans faire de pas de côté… i.e : en remplaçant des outils « moyens » par de meilleurs, mais du même genre, et donc toujours sous-utilisés à notre goût !

Renversons le problème. Notre développement ne devrait-il pas plutôt partir des usages observés et non supposés (ou attendus) d’internet. Un exemple simple : les 3/4 de nos étudiants utilisent majoritairement cet outil pour faire du chat dans nos murs, et plus encore avec leur ordinateur portable depuis la généralisation du wifi. Leur proposer une meilleure interface de recherche fédérée avec des contenus moissonnables n’y changera rien, sauf à nous dire que nous avons (bien) fait notre travail. A l’inverse, tout miser sur ces usages majoritaires priverait les usages plus « légitimes » d’améliorations substantielles, et nécessaires, de nos outils.

Il faut donc à la fois proposer une interface d’accueil orientée vers le chat, l’échange et l’information quotidienne « triviale » (Myspace ou Netvibes générique BU) d’une part ET, d’autre part, faire évoluer une interface avancée plus documentaire avec moteur fédéré, catalogue et ressources OAIsés, contenus en ligne… ce n’est ni contradictoire, ni incompatible.

La difficulté est donc bien de mener ces deux politiques de front en sachant où l’on va sans se diluer ni se noyer dans les détails. Cela requiert également de penser la formation de nos usagers qui utilisent tout aussi empiriquement leur environnement quotidien (blog, vidéos, chat, réseaux sociaux…) que l’environnement documentaire que nous leur proposons. Plus encore que des bibliothécaires 2.0, c’est de formateurs à la bibliothèque 2.0, qui en acceptent ses nouveaux contours, dont nous aurons besoin…

En attendant, essayons de tracer une feuille de route pour le développement, l’implémentation et la médiation autour des outils 2.0, une feuille de route qui fixerait quelques périmètres et quelques objectifs en somme et permettrait de penser sérieusement cette dissémination 2.0 de la bibliothèque.

2 comments so far

  1. fyg on

    Bonjour
    et bien ca en promet des heures de formation interne pour les Assistants et magasiniers
    qui sont au front pour indiquer comment fonctionne un « portail » aux étudiants pendant les périodes de rentrée universitaire!!

  2. tacheau on

    Justement non… comme dirait l’autre : si on a besoin d’expliquer un outil censé être intuitif et facile à utiliser, c’est que ce dernier ne l’est pas ! Avons-nous besoin d’expliquer comment fonctionne google ou yahoo ? Le principe est donc de faire des interfaces proches des usages habituels des utilisateurs et de leurs besoins majoritaires (i.e le chat, vidéo et recherche rapide d’info sur internet). Rien ne nous empêche de mettre dans ces interfaces light des outils plus élaborés qu’il n’est pas interdit non plus de simplifier en supprimant les encochages multiples, le jargon professionnel et les options jamais utilisées… et puis concernant les collègues au front, les établissements sont-là pour les former et ne pas les laisser seuls devant « l’ennemi ». Des séances de transfert de compétences et/ou de formation interne sont de rigueur, que le portail soit ou non compliqué…


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