L’avenir droit devant…

L’heure étant aux tristes rengaines et aux refrains chagrins, je pousse ici ma chansonnette pour faire quelques propositions sur la réforme du statut des personnels d’encadrement des BU, même si je pense qu’il faudrait pour une fois commencer par le bas, là où la question des statuts et des compétences est la plus urgente à traiter, pour une revalorisation réelle des collègues, vu que ce sont aussi (et surtout…) les magasiniers, les assistants et les bibliothécaires adjoints spécialisés qui font tourner la machine. Mais bon, comme on est jamais si bien servi que par soi-même et que les choses nous ont pas mal réussi en 1992, commençons à nouveau par le haut :

1. Fusionner les filières Bibliothèques et Documentation (ITRF) en une seule filière documentaire calquée sur les statuts ITRF actuels : adjoints en documentation (magasiniers), techniciens en documentation (AB), ASI en documentation (BAS), IGE en documentation (Bibliothécaires), IGR en documentation (Conservateurs).

2. Réaffirmer la gestion centralisée du recrutement, de la formation et des carrières des personnels scientifiques de la documentation (conservateurs, bibliothécaires, ingénieurs), l’accès à ces professions devant demeurer le concours national placé sous l’égide de l’ENSSIB pour éviter toute dérive locale.

3. Modifier les conditions d’accès au concours : Licence pour les bibliothécaires (désormais appelés IGE ?) et Master Pro Bibliothèques et Documentation ou assimilé (liste des formations habilitées à établir) pour les conservateurs (désormais appelés IGR ?) afin de limiter l’entrée dans les bibliothèques par hasard ou à défaut d’une autre carrière plus prestigieuse….

4. Modifier la formation des bibliothécaires-IGE et des conservateurs-IGR en documentation qui seraient, après réussite au concours, pré-affectés dans les établissements et payés par ces derniers (critères : rang de classement au concours, rang de classement par les directeurs, critères sociaux), l’ENSSIB ne prenant plus en charge que les frais de mission et déplacement.

5. Scolarité de 12 mois pour les bibliothécaires-IGE et de 24 mois pour les conservateurs-IGR organisée en semestres (périodes de 4 mois), tout le monde entrant en même temps à l’ENSSIB en septembre sur les contingents de postes vacants après CAPN du 1er semestre :

IGE
Semestre 1 (sept-déc) : tronc commun (avec IGR = culture commune)
janv-fev : stage d’immersion dans l’établissement recruteur (2 mois)
Semestre 2 (mars-juin) : spécialisation (informatique, collections/contenus, services…)
juil-août : stage de perfectionnement dans un établissement similaire (1 mois)
Rendu de rapport et titularisation
Les IGE sortent avec une équivalence M1. Ils peuvent se faire appeler encore bibliothécaires selon l’établissement où ils se trouvent.

IGR
Semestre 1 (sept-déc.) : tronc commun (avec IGE = culture commune)
janv-fev : stage d’immersion dans l’établissement recruteur (2 mois)
Semestre 2 (mars-juin): tronc commun IGR (management, budget, politique d’établissement…)
juil-août : stage de perfectionnement dans un établissement similaire (1 mois)
Semestre 3 (sept-déc.) : études préparatoires à la thèse d’exercice (sujet élaboré avec l’établissement)
Semestre 4 (janv-août) : rédaction de la thèse (position de congé-formation sur 8 mois pris en charge par l’ENSSIB et donc compensée localement). Les IGR peuvent suivre le cycle de spécialisation des IGE de l’année n+1 en fonction de leur sujet de thèse.
Les IGR sortent avec le titre de Docteur-ingénieur en documentation. Ils peuvent se faire encore appeler conservateurs selon l’établissement où ils se trouvent.

6. Créer un cadre d’emploi des personnels de direction des bibliothèques. Classification des établissements et des postes contingentés (autour de 200/250 = i.e conservateurs généraux actuels). Emploi fonctionnel ouvert aux IGR ayant au moins 5 ans d’ancienneté et mobilité obligatoire par période de 5 ans, renouvelables 2 fois (15 ans maxi). Pas de possibilité d’accéder à un emploi fonctionnel dans son propre établissement. Ces emplois pourraient également être ouverts aux personnes n’ayant pas eu le concours ENSSIB, détentrices d’un doctorat d’Etat et ayant 10 ans d’ancienneté au moins dans une poste d’encadrement équivalent ou supérieur à IGR.

A voir aussi, mais encore plus compliqué :

7. Faire glisser progressivement les personnels de magasinage vers les postes techniques à la faveur des mouvements et des départs à la retraite, sur une dizaine d’années pour tirer les statuts vers le haut. Mettre en place pour cela un grand plan de formation interne et de certification professionnelle animée par les CFCB.

8. Généraliser l’emploi étudiant pour les tâches d’exécution (équipement, rangement, prêt-retour) et renforcer la place des techniciens (anciens magasiniers et AB) dans la coordination de ces tâches et l’accueil.

Bon, ceci n’est pas un discours-programme, mais juste quelques idées qui n’engagent que moi et qui peuvent être reprises ou non par ceux qui planchent sur ces questions en ce moment… une bouteille à la mer.

Advertisements

10 comments so far

  1. nicomo on

    Sur le 1er point, je trouve l’éventail trop large. Ce que tu admets toi-même d’une certaine façon avec ton point 7, qui supprime les C. De fait, je pense que nous avons besoin de ces agents, mais pas de leur statut: il faut une requalification. Et en vérité, je pousserais, puisqu’on en est à une discussion toute théorique, jusqu’à avoir la même démarche pour le bas, au moins, de la catégorie B.

    Je considère la proposition de concours sur titre pour les conservateurs comme un bon compromis. Mais dans l’idéal (qui, comme chacun sait, n’est pas de ce monde), il me semblerait plus intéressant d’avoir un recrutement décentralisé sur titre: je ne saisi pas bien ce qu’apporte le maintien du concours national.
    Il me semble même recéler un danger: si le concours est littéraire, les masters qui préparent au concours seront… généralistes et littéraires. Càd que le concours influera sur le contenu des masters et on risque, à concours débile, d’avoir des masters débiles.

    Juste pour être précis: le concours nationale n’est pas, actuellement, sous l’égide de l’enssib. L’enssib héberge le service qui organise son concours. Mais cette situation prend fin l’an prochain, le service en question rejoignant Paris.

    Je m’interroge sur un dernier point: si tous les conservateurs ont le même master, quelle est l’utilité de la formation enssib? Ne va-t-elle pas redoubler des choses déjà apprises dans le master?

    Bref: pour un recrutement local sur titre.

  2. Olivier Tacheau on

    @nicomo : sur la question des statuts, c’est difficile et peut-être dangereux de tout casser d’un coup. Fusionner 2 filières « métier » en une c’est déjà pas mal… je pense que tu as raison, certaines catégories qui n’auront pas une spécifité technique assez marquée se fusionneront de facto avec d’autres corps. A la fois, maintenir des corps bien orientés métiers en C et B’ c’est une manière de penser le contenu technique de leurs missions.

    La gestion et le concours nationaux tiennent aussi à mon avis du fait de notre petit nombre et de la difficulté d’entretenir une certaine mobilité interne et externe à l’échelle d’un établissement ou d’une région. C’est aussi une manière de maintenir une filière unifiée car la LRU risque de nous faire évoluer vers des parcours documentaires très différenciés selon l’endroit où on se trouve.

    Je suis optimiste et confiant, et j’espère bien que le diplôme de recrutement (M2 Pro) influera sur les exigences et l’enseignement de l’ENSSIB et non l’inverse. Tu l’a compris, c’est aussi une manière de diversifier le recrutement, à ce titre, on pourrait penser une distinction des voies pour le concours : A pour les scientifiques, informaticiens et B pour les « humanistes » littéraires à faire varier en fonction des besoins avérés dans les établissements.

    Je reste persuadé que l’ENSSIB est très utile et que son rôle est de créer une culture commune et de préparer les futurs fonctionnaires à une réalité connue, et dans laquelle ils devront agir. L’intérêt du recrutement après Master Pro est d’alléger la partie stage professionnel. L’ENSSIB reste aussi pour moi un formidable outil de formation continue. L’organisation en semestre est pratique pour les promus. Vous est promu bibliothécaire : hop, un petit semestre de tronc commun ou de spécilisation…

    Recrutement local sur titre : apporte plus d’inconvénients que d’avantage, mais ça ferait l’objet d’un billet entier. Le principal à mon sens, la mobilité après usure des relations…

  3. dbourrion on

    Sur le point 3. : merci de laisser une porte ouverte aux non-bibliothécaires. Parce qu’avec ce dispositif, ben je ne serai jamais rentré dans le métier… Ah oui, en fait, tu proposes de mettre en place des filtres pour bloquer des mecs comme moi 🙂

  4. Olivier Tacheau on

    La porte d’entrée pour les non-bibliothécaires peut rester ouverte en interne avec un diplôme minimal Master Recherche généraliste par exemple. A la fois, demander aux enseignants ou CPE qui veulent épouser les carrières des bibliothèques de prendre un congé formation (impossible à obtenir diront-ils) voire une année sabbatique (scandaleux!) pour passer un Master pro spécialisé n’est pas spécialement choquant. On peut toujours entrer au niveau IGE (bibliothécaire) avec une licence…

  5. dbourrion on

    Tu as raison, ça n’a jamais tué personne de passer un Mastère Pro et ça peut se faire tout en travaillant comme enseignant ou CPE…

  6. nicomo on

    je suis d’accord avec Olivier si on parle de quelque chose de réaliste, d’une évolution du métier, etc.
    Mais du coup je ne suis pas assez radical, dans mon premier commentaire, sur la proposition « non réaliste ».
    Je reformule donc en une ligne: recrutement local sans critère sur la base d’un CDI.

  7. Olivier Tacheau on

    @nicomo : d’accord pour me faire recruter sur un CDI si la personne qui me recrute est également en CDI et obéit aux mêmes règles d’évaluation et de performance que moi 😉

  8. AMacquin on

    Je suis plutôt iconoclaste moi-même, mais vous allez vraiment loin dans votre post.

    Je suis assez étonnée de l’assimilation notamment que vous proposez entre les grades ITRF et les grades des « bibliothécaires ».
    Notamment, même si les conservateurs sont personnels scientifiques, l’assimilation aux IGR est délicate dans la mesure où tous les conservateurs n’ont pas soutenu de thèse de doctorat. Dans la même ligne, je rappellerais la douloureuse éviction des conservateurs du collège A des électeurs de l’Université pour ceux justement n’étant pas docteurs.
    De même IGE supposera d’avoir au moins un niveau Bac + 5. Beaucoup de bibliothécaires (je parle cette fois du grade) ont un niveau Bac + 5, mais pas tous.
    Mais le plus grave serait la relégation des ASI en catégorie B… Voilà une mesure qui risque de ne jamais passer ! Ils se situent statutairement entre les BAS et les bibliothécaires et, comme ils sont catégorie A, ils peuvent tout à fait prétendre à un poste de bibliothécaire ; ce qui est le cas dans « ma » BU actuellement, puisque mon adjointe, ASI, est détachée sur poste de bibliothécaire. Comme elle a une maîtrise en documentation, je ne me m’en plains pas, bien au contraire.
    Ne vaut-il pas mieux faire le contraire et calquer la filière ITRF sur celle des bibliothèques ? Dans ce cadre, les IGR pourraient être assimilés au personnel d’encadrement et/ou de direction (votre point 6). Ce qui ne résout pas le problème de la thèse, j’en conviens, mais ce qui permet d’assimiler ASI à bibliothécaire.

    Je réagirais aussi à la préaffectation. Si cela signifie rémunérer un employé sans qu’il soit présent sur son poste, j’y suis fermement opposée. J’en ai fait l’expérience en tant que bibliothécaire et j’en fait présentement l’expérience en tant que chef de section devant subir l’absence d’une bibliothécaire en formation initiale. Dans l’impossibilité d’engager un contractuel, une surcharge de travail a été générée et a été répartie entre les catégories A et B. D’ailleurs l’ENSSIB (ou le MESR) a résolu le problème puisque la prochaine promotion de bibliothécaires ne sera plus préaffectée. Ouf !

  9. tacheau on

    @ AMacquin : les IGR ont tous des thèses de doctorats ? Dans mon université, je n’en connais aucun… cela ne me semble donc pas incohérent de rapprocher les conservateurs du statut ITRF vu que les grilles indiciaires actuelles sont très proches. Concernant l’assimilation des personnels scientifiques en collège A ou B, j’ai toujours trouvé cela un peu factice vu qu’un enseignant sera toujours loin de voter pour un conservateur… surtout avec le resserrement des CA avec la LRU.
    Pour les ASI, vous prenez le problème à l’envers. Il s’agit d’assimiler les BAS à la catégorie A et non de reléguer les ASI en B. Lorsque vous comparez là aussi les grilles indiciaires, cela ne paraît pas impossible.
    En vous lisant, je m’aperçois que mon poste n’était pas clair. Il convient certes de renforcer les positions de la filière (bibliothèques) mais en prenant les statuts et les avantages de l’autre filière (ITRF) pour fusionner en une seule filière documentation.
    Pour la préaffectation, il faut raisonner sur le temps long et pas seulement sur les finalités et les contraintes à court terme. Pré-affecter, cela signifie rémunérer un personnel avec lequel on échange, on construit un projet, un profil, et qui étudie dans une direction et creuse un peu plus les pistes qui lui seront utiles dans son premier poste. Ce que l’on perd au départ, on le gagne à l’arrivée en motivation et en assurance dans le poste.
    Quant à la prochaine promotion de bibliothécaire, recrutée sur la liste complémentaire du concours 2007, il semble qu’elle soit toujours pré-affectée.
    En tout cas, merci pour votre commentaire et peut-être la suite du débat à Paris le 16 juin ?

  10. AMacquin on

    Vous parliez bien de calquer la filière bibliothèque sur celle des ITRF, et non le contraire, d’où la confusion. Mais on est bien d’accord concernant les ASI.
    Euh oui… Normalement les IGR sont tous recrutés sur la base d’une thèse de doctorat en bonne et due forme. Peut-être en interne sont-ils dispensés de thèse…?
    Bonne nouvelle : un conservateur de bibliothèque va siéger au CEVU dans notre université malgré la restriction des places consécutivement à la LRU. Comme quoi… En tout cas, mieux rester dans les mêmes collèges que les enseignants-chercheurs que s’en désolidariser. Malheureusement, nous sommes beaucoup moins nombreux qu’eux et donc beaucoup moins visibles. Essayons plutôt de les mettre de notre côté (long combat !)
    Concernant la prochaine promotion de bibliothécaires, il semble en effet qu’elle sera préaffectée. Mais ce n’est apparemment pas la volonté affichée en début d’année puisque annonce avait été faite par l’ENSSIB à la promotion en cours qu’elle serait la dernière dans ce cas. Affaire à suivre…
    Malheureusement, je ne serai pas là le 16, mais je suivrai le tout sur le forum ADBU et sur votre blogue.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :