Archive for juin 2008|Monthly archive page

Dépression post-scriptum…

Après de très longues heures à tourner et retourner les courbes dans tous les sens et à malaxer les chiffres, le rapport d’activité 2007-2008 du SCD d’Angers est enfin sorti tout chaud des presses de l’Université le 19 juin dernier à 13h50 pour la réunion d’information générale à… 14h. Originalité pour cette dernière année du contrat quadriennal, il donne au fil des pages un éclairage sur les évolutions et les grandes tendances observées à Angers de 2004 à 2007. Il est accessible en ligne sur le site du SCD.

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Moissonner dans nos prés carrés

Bravo ! L’université de Brest a récemment décidé d’ouvrir un portail pour l’archive ouverte dans HAL, ce qui porte désormais à 7 le nombre d’universités dans HAL (Saint-Etienne, Rennes 2, Nice, Paris V, Paris 1 Sorbonne, Limoges, Brest). Cependant, et alors même que nous sommes nombreux à n’avoir ni les moyens ni les compétences pour développer nos propres systèmes locaux d’AO (en témoigne l’échec du projet Castore à l’échelle des Pays de la Loire, malgré l’implication de l’Ecole des Mines et des financements croisés supérieurs à 600 k€), ce faible nombre d’établissements amène quelques remarques :

1) La question des AO a été abordée par les bibliothécaires, comme trop souvent, sous le seul angle de la technique et de la normalisation plutôt que des pratiques ou des besoins : ne rien faire tant que tout n’est pas parfait… ce qui rappelle étrangement la question des thèses électroniques en France.

2) Penser les AO à l’échelle d’un établissement ou d’un regroupement d’établissements n’est pas sérieux. Certes, c’est rassurant et sans doute porteur pour « vendre » les projets auprès des conseils scientifiques ou d’administration (« Regardez comme NOS petits travaillent bien… ») mais au-delà de cet usage, ça n’a pas de sens, l’essentiel étant le moissonnage par des outils pour lesquels les périmètres institutionnels s’avèrent inopérants (attention, j’ai pas dit la signature institutionnelle, qui elle doit être revue et très contrôlée).

3) La contradiction irréductible entre notre culture de l’exhaustivité, de la perfection même, et le modèle de production éditoriale qui repose(rait), selon-nous, sur l’autonomie des chercheurs. Une fois la plate-forme mise en place et le rôle du bibliothécaire bien défini, généralement l’intervention sur les métadonnées dans le workflow, on spécule sur le volontarisme des acteurs de la recherche et leurs « bonnes » pratiques. Résultat : moins de 4000 documents sur HAL pour les universités alors que certaines d’entre elles y sont depuis plusieurs années.

4) La négligence de notre rôle de catalyseur, de facilitateur voire d’exécuteur au sein de nos établissements pour promouvoir et développer les AO et la nécessité de prendre les chercheurs par la main (pour une fois que nous en avons la possibilité) et/ou de faire ce travail à leur place.

En un mot, je pense que HAL est une bonne solution rapide et stable, à la bonne échelle (nationale) et cloisonnable pour ceux qui le souhaitent, qui nous permettrait de concentrer nos forces sur la médiation et l’intégration des données pour le compte des laboratoires plutôt que de chercher à édifier des usines à gaz accouchant de souris. Une manière de nous repositionner sur les contenus et une fonction documentaire à forte valeur ajoutée, tout autant technique que politique.

Voyage, voyage…

Helsinki, Copenhague, Amsterdam…? La Rochelle ! C’est là que nous avons fait notre première journée professionnelle, le 20 juin dernier. Au programme, visite de la Médiathèque Michel Crépeau le matin, déjeuner avec nos collègues et guides autochtones (très sympathiques, on les remercie encore) et visite de la BU l’après-midi pour finir avec 3 ateliers d’échange au choix sur la formation des usagers, la politique documentaire et le service d’enseignement des langues.

Intéressant donc de confronter les points de vue, de voir comment les autres font, ou ne font pas, et de s’apercevoir combien nous sommes tous imprégnés d’une culture d’établissement (qu’on le veuille ou non), d’habitudes et de représentations bien tranchées. Au final, l’expérience semble avoir été pour tous enrichissante et positive ne serait-ce que pour pouvoir demander au directeur : des fontaines à eau, un second four micro-ondes, un transat, des chariots silencieux, une machine à coller les antivols… à réitérer sans conteste en 2009 dans une autre ville.

Bouquineur, liseuse, livrel…

…même ma secrétaire n’en veut pas ! Elle m’a gentiment rectifié mon rapport d’activité que je lui avais demandé de corriger en ultra rapidité, comme d’hab’. Livrel ? Livrel ? Livrel ? c’est bizarre ça, trois fois la même coquille. Finalement, ça donnait un résultat pas mal :  » En 2007-2008, le SCD d’Angers a souhaité expérimenter le prêt de livres « . Bon, avec tout ça, on sait toujours pas comment on va officiellement appeler les petites bestioles (Bookeen) que nous allons prêter à la prochaine rentrée. Reader ?

Tout dans le symbole…

Je me suis toujours demandé quelle pouvait être la portée des journées de grève isolées dans la fonction publique ? Les services tournent plus ou moins, les usagers s’arrangent comme ils peuvent, le gouvernement regarde cela de loin en pensant aux 1/365è récupérés sur les salaires… et les choses reprennent leur cours le lendemain.

Voici une autre solution inspirée de l’exemple ci-contre : la grève éclair. Réunion le matin à 8h. Photos et entretien avec la presse et à 9h, tout le monde au boulot. A ce moment là, distribuer des tracts aux usagers et prendre le temps de discuter avec eux pendant cette journée de revendication pourrait être tout aussi porteur… et sans pénaliser personne. Démago ? Efficace…

PS : on n’est pas obligés de porter un brassard !

Je me souviens

Je me souviens la première fois où je l’ai vu, assis sur une table en salle de lecture, un léger balancement des jambes et les mains accrochées au rebord du plateau.

Je me souviens de l’étrange sérénité qui planait dans l’air dès qu’il entrait dans une pièce, dès qu’il prenait la parole, dès qu’il vous regardait.

Je me souviens de son humanité et de la confiance absolue qu’il témoignait au gens qu’il aimait et combien il nous faisait grandir.

Je me souviens ne l’avoir jamais entendu dire du mal des autres mais de toujours chercher à excuser et comprendre.

Je me souviens de son rire et de ses coups de gueule, si rares, mais qui nous faisaient tant rire après coup.

Je me souviens que je ne serais pas grand chose sans lui.

Je me souviens de Jean-Pierre*.

* Jean-Pierre Jacquet nous a quittés le mardi 10 juin 2008. Directeur-adjoint de la BDP de la Corrèze, directeur de la BDP de la Haute-Vienne, directeur du SCDU de Limoges, il laissera une énorme trace dans le coeur de beaucoup.

Entre les murs

Ce billet déniché par AMF (merci à elle) qui nous fait part d’une circulaire du Ministère de la Justice sur les plans de conservation différenciés des monographies et des périodiques en milieu carcéral et de l’introduction du pilon par voie naturelle :

Paris, le 29 juillet 1949,

Messieurs les directeurs des circonscriptions pénitentiaires,

Il a été prescrit par une précédente circulaire que du papier hygiénique devait être mis en quantités suffisantes à la disposition des détenus afin d’éviter la détérioration des volumes des bibliothèques. Je crois devoir vous rappeler ces instructions qui paraissaient être méconnues dans certains établissements où leur application se heurte sans doute à des inconvénients d’ordre financier.

C’est pourquoi, au cas où l’achat du papier hygiénique engagerait des dépenses trop élevées, il y a aura lieu de distribuer des vieux journaux ne présentant plus aucun caractère d’actualité.

A mettre en parallèle avec l’article 5 d’une autre circulaire de mars 1949 relative celle-là au régime spécial des condamnés à mort :

Le condamné est exempt de tout travail et ne saurait en demander.
Il peut lire sans restrictions les ouvrages de la bibliothèque de l’établissement, qui, sur sa demande, lui sont fournis séparément par l’agent préposé à sa garde.
Il peut fumer sans limitation.

Si ce n’était pas dans des conditions si tragiques, cet article ferait une belle philosophie de vie, n’est-ce pas ?

Nuls ! archinuls !

Le verdict est tombé. Les jeunes post-pubères qui viennent encombrer les tables de nos bibliothèques universitaires avec leurs I-pod et leurs ordinateurs portables seraient nuls ! Pas 10, pas 9, pas 8… non : 7,67 sur 20 ! C’est le résultat d’une enquête menée en Belgique par le groupe Edudoc, et la conclusion sans appel, parmi d’autres sur l’impact de la fréquentation des bibliothèques avant la fac., du niveau universitaire de la mère, de l’accès à internet à domicile…

Alors bien sûr on a envie d’en savoir plus, de connaître les attendus, le protocole et les outils qui ont amené à un tel résultat en se disant qu’il ne saurait s’agir d’un simple questionnaire… Apparemment si. Les réponses à 20 questions retournées par 1865 étudiants de 35 établissements d’enseignement supérieur belges (53 étudiants par établissement…) ont suffi pour un tel verdict !

Plusieurs choses me gênent…

L’absence du questionnaire en ligne*, et de manière générale, d’un site un minimum élaboré et documenté sur le projet, qui nous permettrait de nous faire une idée voire de soumettre nos étudiants à ce protocole, car on voit mal comment les 7 attendus de cette enquête, essentiellement axés sur le parcours des individus, ont pu être connectés à leurs compétences et pratiques réelles.

La présence sur le net d’un communiqué de presse que l’on retrouve mot pour mot un peu partout, et qui me semble mal s’allier à la recherche scientifique et à la diffusion de ses résultats, mais plus relever de la propagande idéologique et globalisante résumée par cette phrase sans doute extraite du dossier de presse :

Les étudiants qui arrivent dans l’enseignement supérieur seraient incapables d’effectuer des recherches documentaires et informationnelles, y compris via Internet. C’est à cette conclusion pour le moins amusante mais préoccupante que sont arrivées l’ASBL Edudoc et le Conseil inter-universitaire francophone (CIUF). Amusante parce que les 1.865 jeunes qui ont répondu à l’enquête sont pourtant des habitués de Google, MSN ou Wikipédia. Mais malgré qu’ils baignent dans l’univers du Net depuis déjà quelques années, ils n’obtiennent qu’une note moyenne de 7,67 sur 20. Pire encore, 93% d’entre eux ne décrochent pas la “satis”.

L’origine de l’enquête. C’est peut-être du mauvais esprit, mais je pense qu’il y a une vertu à ne pas mélanger les genres et qu’il est bon parfois de confier à des sociologues et des spécialistes des sciences de l’éducation l’étude de notre terrain que ne sauraient privatiser les seuls bibliothécaires, à la fois juges et parties, afin d’éviter toute orientation, inconsciente bien sûr…

La conclusion des auteurs de l’enquête, nonobstant la valeur et l’intérêt des résultats qu’ils cherchent à obtenir me laisse perplexe :

Les ministres en charge de l’Enseignement vont être informés par les responsables de l’étude. « Nous plaiderons pour le renforcement des cours de recherche documentaire dans l’enseignement supérieur alors que nous ne sommes pas sûrs, actuellement, qu’ils seront maintenus

Attention, deux réponses possibles des politiques : je suis d’accord avec vous, mesdames et messieurs les bibliothécaires, renforçons les moyens OU ce que vous faites depuis des années est nul et sans effet, puisque même les doctorants formés par vos soins durant leur cursus sont nuls…;-)

* Je l’ai peut-être pas trouvé mais j’ai des excuses : je ne suis pas un « digital native »… seule est consultable la présentation des résultats à l’IFLA par les bibliothécaires responsables de l’enquête.