Nuls ! archinuls !

Le verdict est tombé. Les jeunes post-pubères qui viennent encombrer les tables de nos bibliothèques universitaires avec leurs I-pod et leurs ordinateurs portables seraient nuls ! Pas 10, pas 9, pas 8… non : 7,67 sur 20 ! C’est le résultat d’une enquête menée en Belgique par le groupe Edudoc, et la conclusion sans appel, parmi d’autres sur l’impact de la fréquentation des bibliothèques avant la fac., du niveau universitaire de la mère, de l’accès à internet à domicile…

Alors bien sûr on a envie d’en savoir plus, de connaître les attendus, le protocole et les outils qui ont amené à un tel résultat en se disant qu’il ne saurait s’agir d’un simple questionnaire… Apparemment si. Les réponses à 20 questions retournées par 1865 étudiants de 35 établissements d’enseignement supérieur belges (53 étudiants par établissement…) ont suffi pour un tel verdict !

Plusieurs choses me gênent…

L’absence du questionnaire en ligne*, et de manière générale, d’un site un minimum élaboré et documenté sur le projet, qui nous permettrait de nous faire une idée voire de soumettre nos étudiants à ce protocole, car on voit mal comment les 7 attendus de cette enquête, essentiellement axés sur le parcours des individus, ont pu être connectés à leurs compétences et pratiques réelles.

La présence sur le net d’un communiqué de presse que l’on retrouve mot pour mot un peu partout, et qui me semble mal s’allier à la recherche scientifique et à la diffusion de ses résultats, mais plus relever de la propagande idéologique et globalisante résumée par cette phrase sans doute extraite du dossier de presse :

Les étudiants qui arrivent dans l’enseignement supérieur seraient incapables d’effectuer des recherches documentaires et informationnelles, y compris via Internet. C’est à cette conclusion pour le moins amusante mais préoccupante que sont arrivées l’ASBL Edudoc et le Conseil inter-universitaire francophone (CIUF). Amusante parce que les 1.865 jeunes qui ont répondu à l’enquête sont pourtant des habitués de Google, MSN ou Wikipédia. Mais malgré qu’ils baignent dans l’univers du Net depuis déjà quelques années, ils n’obtiennent qu’une note moyenne de 7,67 sur 20. Pire encore, 93% d’entre eux ne décrochent pas la “satis”.

L’origine de l’enquête. C’est peut-être du mauvais esprit, mais je pense qu’il y a une vertu à ne pas mélanger les genres et qu’il est bon parfois de confier à des sociologues et des spécialistes des sciences de l’éducation l’étude de notre terrain que ne sauraient privatiser les seuls bibliothécaires, à la fois juges et parties, afin d’éviter toute orientation, inconsciente bien sûr…

La conclusion des auteurs de l’enquête, nonobstant la valeur et l’intérêt des résultats qu’ils cherchent à obtenir me laisse perplexe :

Les ministres en charge de l’Enseignement vont être informés par les responsables de l’étude. « Nous plaiderons pour le renforcement des cours de recherche documentaire dans l’enseignement supérieur alors que nous ne sommes pas sûrs, actuellement, qu’ils seront maintenus

Attention, deux réponses possibles des politiques : je suis d’accord avec vous, mesdames et messieurs les bibliothécaires, renforçons les moyens OU ce que vous faites depuis des années est nul et sans effet, puisque même les doctorants formés par vos soins durant leur cursus sont nuls…;-)

* Je l’ai peut-être pas trouvé mais j’ai des excuses : je ne suis pas un « digital native »… seule est consultable la présentation des résultats à l’IFLA par les bibliothécaires responsables de l’enquête.

4 comments so far

  1. nclot on

    L’enquête de base est là
    http://www.crepuq.qc.ca/documents/bibl/formation/etude.pdf
    à partir de la page 79. Plutôt orienté bibliothèques effectivement avec pas mal de questions sur comment on interroge un catalogue de bibliothèque.
    Si quelqu’un de la Rochelle, qui dans mon souvenir utilisait (voulait utiliser) cette enquête avait une idée des résultats français, ça pourrait-être intéressant. Je l’ai moi même utilisé à mes heures et en faisant la reprise des résultats avec les étudiants, ai bien eu l’impression qu’une partie de leurs « lacunes » venaient en partie de leur manque de familiarité avec notre jargon (omniprésent dans le questionnaire). Formant des professionnels de santé et non des bibliothécaires, j’avoue penser ne pas avoir drastiquement accru leurs résultats à ce genre de test après les sessions suivantes.

    Un exemple de certaines questions qui me laissent perplexes : « quand j’interroge une base de donnée, j’utilise un thésaurus, un idéogramme, un moteur de recherche… »

  2. Olivier Tacheau on

    Merci nclot, j’avais la flemme de chercher l’enquête originale. Je soupçonnais un truc de ce genre mais là les bras m’en tombent ! Comment peut-on déduire quoi que ce soit de ce genre de truc ? Et oser donner des notes au centième près. Ma question préférée, la 5 : Pour aborder un sujet sur lequel je ne suis pas familier, je consulte d’abord : une encyclopédie, un livre, une revue, une base de données, autre. Bref, tu réponds internet, t’es mort ! Mais rien pour donner la bonne réponse qui est : ça dépend du sujet. Pfou, je suis fatigué là tout d’un coup…

  3. tacheau on

    Les auteurs de l’enquête seront dans les murs de l’Enssib le 19 juin 2008. Espérons que les élèves auront plus d’info. et souhaiteront croiser le fer ? http://formist.enssib.fr/documents/index.php?nkv=aWRfZ2VuZXJhbD03ODM2

    Ce commentaire est la reformulation d’un commentaire « anonyme »

  4. aeroth76 on

    Merci pour ce billet intéressant. Je n’étais pas du tout au courant de cette enquête.


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