Moissonner dans nos prés carrés

Bravo ! L’université de Brest a récemment décidé d’ouvrir un portail pour l’archive ouverte dans HAL, ce qui porte désormais à 7 le nombre d’universités dans HAL (Saint-Etienne, Rennes 2, Nice, Paris V, Paris 1 Sorbonne, Limoges, Brest). Cependant, et alors même que nous sommes nombreux à n’avoir ni les moyens ni les compétences pour développer nos propres systèmes locaux d’AO (en témoigne l’échec du projet Castore à l’échelle des Pays de la Loire, malgré l’implication de l’Ecole des Mines et des financements croisés supérieurs à 600 k€), ce faible nombre d’établissements amène quelques remarques :

1) La question des AO a été abordée par les bibliothécaires, comme trop souvent, sous le seul angle de la technique et de la normalisation plutôt que des pratiques ou des besoins : ne rien faire tant que tout n’est pas parfait… ce qui rappelle étrangement la question des thèses électroniques en France.

2) Penser les AO à l’échelle d’un établissement ou d’un regroupement d’établissements n’est pas sérieux. Certes, c’est rassurant et sans doute porteur pour « vendre » les projets auprès des conseils scientifiques ou d’administration (« Regardez comme NOS petits travaillent bien… ») mais au-delà de cet usage, ça n’a pas de sens, l’essentiel étant le moissonnage par des outils pour lesquels les périmètres institutionnels s’avèrent inopérants (attention, j’ai pas dit la signature institutionnelle, qui elle doit être revue et très contrôlée).

3) La contradiction irréductible entre notre culture de l’exhaustivité, de la perfection même, et le modèle de production éditoriale qui repose(rait), selon-nous, sur l’autonomie des chercheurs. Une fois la plate-forme mise en place et le rôle du bibliothécaire bien défini, généralement l’intervention sur les métadonnées dans le workflow, on spécule sur le volontarisme des acteurs de la recherche et leurs « bonnes » pratiques. Résultat : moins de 4000 documents sur HAL pour les universités alors que certaines d’entre elles y sont depuis plusieurs années.

4) La négligence de notre rôle de catalyseur, de facilitateur voire d’exécuteur au sein de nos établissements pour promouvoir et développer les AO et la nécessité de prendre les chercheurs par la main (pour une fois que nous en avons la possibilité) et/ou de faire ce travail à leur place.

En un mot, je pense que HAL est une bonne solution rapide et stable, à la bonne échelle (nationale) et cloisonnable pour ceux qui le souhaitent, qui nous permettrait de concentrer nos forces sur la médiation et l’intégration des données pour le compte des laboratoires plutôt que de chercher à édifier des usines à gaz accouchant de souris. Une manière de nous repositionner sur les contenus et une fonction documentaire à forte valeur ajoutée, tout autant technique que politique.

2 comments so far

  1. am on

    Enfin des paroles sensées sur les AO. Un bol d’air qui fait du bien.

    Effectivement pourquoi faire simple quand on peu faire compliqué. Quelqu’un m’a dit pas plus tard qu’hier que le contenu dans HAL n’est pas validé… Faut bien trouver des arguments pour se donner bonne conscience soit dans le « ne rien faire tant que tout n’est pas parfait » et « montons une usine à gaz super complexe qui fonctionne avec des logiciels compatibles avec rien ».

    C’est parce qu’on ne sait pas voir plus loin que le bout de son nez ? Sans aucun doute.

    Juste une petite info, notre site web ne fait aucun lien vers HAL, TEL, OAISTER… Ben oui, les usagers d’une BU scientifique n’ont pas besoin de ce type d’informations.

    Juste pour rire, il y a 3 ans, tout contenu gratuit (périodique et autres) était proscrit sur notre site Web…

  2. Virginie on

    Pour apporter une précision sur le contexte brestois, c’est le SCD qui a proposé le choix de HAL et l’ouverture d’un portail au Conseil Scientifique de l’UBO.
    C’est d’ailleurs le SCD qui administre ce portail (http://hal.univ-brest.fr/).

    Il nous a en effet semblé que HAL est un outil qui a de nombreux avantages (que vous avez décrit dans votre billet), notamment celui de permettre aux bibliothécaires de se concentrer sur le plus important : promouvoir les archives ouvertes auprès des chercheurs.


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