Archive for juillet 2008|Monthly archive page

Lectures estivales

Avant de vous ruer sur les romans de plage accumulés durant l’année sur vos tables de nuit, je vous recommande la lecture des deux derniers rapports de l’Inspection générale des bibliothèques sur La fonction de direction des SCD (Benoit Lecoq) et La filière bibliothèque de la fonction publique de l’Etat (Daniel Renoult), avec une préférence pour ce dernier qui est une mine d’informations et de propositions*.

En vrac ce que j’en retiens pour la filière bibliothèques de l’Etat :

1) Nous sommes un tout petit monde : 6 539 emplois budgétaires dont les 2/3 travaillent dans l’enseignement supérieur et la recherche et 75% du tiers restant à la BnF. Manquent cependant dans ces rapports, le poids respectif de la filière dans chaque secteur (par rapport aux emplois non-enseignants du MENSR par exemple) et les effectifs des filières « parallèles » (ITARF, qu’on suppose très faible ? et de la filière territoriale)

2) Nos métiers sont sous la double contrainte de mutations sociétales rapides et d’une redistribution politique certaine (RGPP, LRU, livre blanc de la fonction publique,…). Cette instabilité (positive ou négative) est rendue plus grande encore par le renouvellement démographique de nos filières : 1/3 des effectifs renouvelés d’ici 2015.

3) Le maquis des statuts et le cloisonnement des corps traduisent mal les fonctions mises en oeuvre dans les bibliothèques et déservent à terme les agents (reconnaissance de leur compétence hors statut) et les établissements (possibilité de mobiliser les compétences en interne). Il convient de réfléchir à la notion de cadres d’emploi et à une classification différente des emplois :
niveau I : (CAP, BEP) là je me demande si on ne doit pas désormais recruter les personnels à partir du niveau II, sauf métiers spécifiques de la restauration par exemple.
niveau II : (baccalauréat) maintien des assistants de bibliothèque à fusionner avec les ex mag chef selon leur fonction d’encadrement
niveau III : (Licence) requalification des BAS (licence pro) à fusionner avec les bibliothécaires, certains de ces derniers étant à fusionner avec les conservateurs
niveau IV : (master) plusieurs hypothèses fusionner en un seul cadre et faire des emplois fonctionnels pour les poste de direction par exemple

4) Il faut repyramider les catégories dans la filière (A=34%, B=26%, C=40%) et notamment renforcer notre « ventre mou » : moins de A et de C pour plus de B. C’est logique, économique et efficace… à faire avant la gestion autonome de leurs moyens par les établissements. Il n’y a pas de chiffres avancés mais je pencherais bien pour un 30/40/30, voire 25/50/25 (ajouté après recommandation de nicomo cf. commentaires…)

5) Malgré d’importantes évolutions et des efforts réels, nous restons centrés sur le travail interne et les collections. Le service public représente seulement un gros tiers de nos activités dans lequel les magasiniers comptent pour plus de 2/3 (fonction accueil qu’il faudrait distinguer). Daniel Renoult insiste sur la reconnaissance (concours et interne) des capacités relationnelles et de la fonction médiation.

6) Renforcer la formation continue par rapport à la formation initiale, et ses dérives parfois technicistes, et repenser périodiquement le contenu des concours.

* Je ne flagorne pas puisqu’on peut lire dans le rapport de Benoit Lecoq « qu’il reviendra aux CAPN d’éviter que les directeurs soient promus à un âge précoce (avant 40 ans) dans le corps des conservateurs généraux, ce qui a inévitablement tendance à favoriser davantage encore certaines formes d’immobilisme ». Je n’ai donc aucune chance…:-(

Es ist ein Generationkonflikt !

… c’est à peu près la seule et unique phrase dont je me souvienne de mes sept laborieuses années d’allemand du collège au lycée (première langue, je précise…) avec bien sûr les inévitables règles grammaticales que seuls les petits Français semblent encore apprendre (aus, bei, mit, nach, seit, von zu…).

Tout ça pour dire que je ne pourrais peut-être plus être conservateur aujourd’hui, comme beaucoup de mes collègues, vu qu’il faut désormais maîtriser DEUX langues vivantes pour avoir des chances de réussir le concours*… et de me demander à quoi cela sert-il, si ce n’est à renforcer le recrutement des « forts en thème », ou dans ce cas précis des « forts en version », issus des filières d’excellence où les langues demeurent enseignées ? Quelqu’un s’est-il penché sur l’enseignement des langues à l’université qui se résume généralement à une heure d’anglais par semaine en cycle L, souvent optionnelle ou non évaluée, soit 72 h de langue après le bac ? alors la deuxième langue, je n’en parle même pas !

Cette mesure n’est apparemment pas le fruit d’une quelconque harmonisation européenne mais bien d’une réforme interne du concours pilotée par l’Inspection générale des bibliothèques pour remonter le niveau général en baisse depuis des années, comme le montre son dernier rapport annuel.

Cette nouveauté risque de contredire la volonté de diversifier le profil disciplinaire des lauréats en dissuadant les scientifiques ou les candidats issus de l’université, la langue n’étant désormais certes plus éliminatoire mais juste ultra sélective, quand on sait le mouchoir de poche dans lequel se joue parfois l’admission… quelques petits points qui pèseront très lourd. Quant au recrutement de personnes aptes à l’encadrement, je n’ai pour ma part jamais prononcé un seul mot d’allemand depuis dix ans de carrière. Etonisch nein ?

* Une version écrite notée sur 10 et un oral dans une langue différente noté sur 10, la note agrégée sur 20 comptant coefficient 2 pour l’admission.