Es ist ein Generationkonflikt !

… c’est à peu près la seule et unique phrase dont je me souvienne de mes sept laborieuses années d’allemand du collège au lycée (première langue, je précise…) avec bien sûr les inévitables règles grammaticales que seuls les petits Français semblent encore apprendre (aus, bei, mit, nach, seit, von zu…).

Tout ça pour dire que je ne pourrais peut-être plus être conservateur aujourd’hui, comme beaucoup de mes collègues, vu qu’il faut désormais maîtriser DEUX langues vivantes pour avoir des chances de réussir le concours*… et de me demander à quoi cela sert-il, si ce n’est à renforcer le recrutement des « forts en thème », ou dans ce cas précis des « forts en version », issus des filières d’excellence où les langues demeurent enseignées ? Quelqu’un s’est-il penché sur l’enseignement des langues à l’université qui se résume généralement à une heure d’anglais par semaine en cycle L, souvent optionnelle ou non évaluée, soit 72 h de langue après le bac ? alors la deuxième langue, je n’en parle même pas !

Cette mesure n’est apparemment pas le fruit d’une quelconque harmonisation européenne mais bien d’une réforme interne du concours pilotée par l’Inspection générale des bibliothèques pour remonter le niveau général en baisse depuis des années, comme le montre son dernier rapport annuel.

Cette nouveauté risque de contredire la volonté de diversifier le profil disciplinaire des lauréats en dissuadant les scientifiques ou les candidats issus de l’université, la langue n’étant désormais certes plus éliminatoire mais juste ultra sélective, quand on sait le mouchoir de poche dans lequel se joue parfois l’admission… quelques petits points qui pèseront très lourd. Quant au recrutement de personnes aptes à l’encadrement, je n’ai pour ma part jamais prononcé un seul mot d’allemand depuis dix ans de carrière. Etonisch nein ?

* Une version écrite notée sur 10 et un oral dans une langue différente noté sur 10, la note agrégée sur 20 comptant coefficient 2 pour l’admission.

19 comments so far

  1. dbourrion on

    Bien… Continuons à recruter de purs esprits, éloignés le plus possible des réalités, de l’évolution des techniques et du monde… Un jour, ces purs esprits seront tous seuls dans leurs belles bibliothèques vides, mais ce n’est pas bien grave puisque les bibliothèques ne sont pas faites pour les humains, enfin, pas pour tous les humains… Tout est cohérent, tout est dit, et moi je suis en colère, voilà…

  2. NaCl on

    Heureusement qu’il restera les chartistes du concours B, qui pourront passer avec une version anglaise et de la géographie, assaisonnés par la suite de quelques cours d’économie, et nourris à la mamelle ma foi formatrice de la critique des sources…
    NaCl, esprit impur, portée au management des humains de tous poils. Dieu merci, il n’y a pas que des conservateurs en bibliothèques !

  3. Sophie on

    Mince c’est fichu pour moi !

  4. tacheau on

    @Sophie : Il reste encore le concours interne qui lui ne comporte qu’une langue à l’oral. C’est dommage pour les externes car j’avais trouvé bien l’idée de mettre une épreuve orale sur les motivations professionnelles. A la fois quand on regarde l’épreuve : Entretien avec le jury sur la motivation professionnelle débutant par le commentaire d’un texte tiré au sort au début de l’épreuve et relatif à une situation professionnelle, je vois mal comment on se rend compte d’une quelconque inclination, des projets, des représentations, des compétences particulières des candidats avec ce genre d’épreuve qui reste à l’avantage des génie de « l’oral réussi en 10 leçons »

  5. NaKi on

    La germaniste, que je suis encore, se doit de redorer le blason de l’enseignement de l’allemand, même si elle déplore qu’il laisse si peu de traces chez ceux à qui il était destiné! Elle sait aussi que la bonne connaissance d’une ou plusieurs langues n’est pas forcément signe d’inadaptation aux fonctions exercées en bibliothèque … sans pour autant croire que cela y contribue grandement, comme semble le suggérer la modification du concours de conservateur. Ne peut-on pas y voir aussi un tropisme français qui veut que plus l’enseignement des langues est dégradé, plus les compétences qu’il est censé développer sont brandies tel un étendard?

  6. Mrs Bean on

    Mais si, Monsieur le Directeur, vous seriez encore conservateur : seulement vous auriez donné à la connaissance et surtout à la pratique des langues étrangères plus d’importance que vous ne l’avez fait… N’avez-vous pas d’ailleurs effectué jadis un stage aux USA, lors duquel vous n’avez pas dû vous exprimer que dans la fameuse langue de Molière ?
    Pour avoir moi-même exercé trente ans durant mes fonctions au ras de plusieurs frontières (allemande, espagnole, brésilienne, caribéennes de toutes sortes, et je ne dis rien des frontières intérieures et des langues dites régionales…), je voudrais plaider en faveur de la pratique habituelle (rentrée dans les moeurs, quoi; et sans complexes) des langues étrangères, et de leur intégration complète et non marginale, oui parfaitement, aux examens et concours qui jalonnent les parcours de formation. Beaucoup de mes interlocuteurs habituels sont trilingues, parfois quadrilingues, de naissance ou presque. Dois-je dire que je pense qu’ils ont beaucoup de chance ?
    Quant à l’aptitude à l’encadrement, j’ai la faiblesse de penser que la maîtrise de modes d’expression différents est de nature à y contribuer grandement…

  7. Blanche Rastouillet on

    Moi, je trouve ça étrange de se vanter d’être bête et de demander qu’on emploie des gens qui savent pas parler des langues étrangères parce qu’il me semble que des gens bêtes, on n’en manque pas mais c’est peut-être différent en ville.

    Peut-être que vos idées viennent de générosité et que vous voulez que les gens qui n’ont pas pu faire des études puissent quand même travailler dans une bibliothèque. Ce serait gentil à vous parce que l’Yvan fatigue, ici, comme journalier. L’élevage de sangliers, c’est utile mais c’est un bien dur métier, je vous assure, Monsieur : peut-être qu’il préférerait faire pousser des livres que des sangliers, l’Yvan, encore que le sanglier soit sans doute plus affectueux, surtout les jeunes.

    En tout cas, une chose est sûre, c’est qu’il ne parle pas allemand l’Yvan et que ça l’embête bien pour vendre les pâtés de son patron aux touristes du gîte rural. Mais si vous pensez que c’est moins important de savoir des choses pour diriger une bibliothèque que pour vendre des pâtés de sanglier, ça me rassure un peu.

    Enfin, moi, je suis pas savante, je parlerai de tout ça avec mon petit-fils et ma petite bru parce que eux ils ont fait des études. Peut-être qu’être intelligent, c’est savoir que c’est pas la peine d’être intelligent mais ça m’étonnerait tout de même, ou alors ça devient compliqué.

    Serviteur,

    Blanche Rastouillet

  8. David L. on

    Pour le moment, pas de changements dans le programme de Conservateur territorial (même si l’harmonisation est préconisée dans le rapport Renoult).

    http://www.cnfpt.fr/fr/concours/contenu.php?&id=166&f=C&session=441

    On peut toujours choisir à l’oral le commentaire scientifique ou administratif.

  9. am on

    Même si je peux maintenant passer le concours en interne. Reste cette langue à l’oral…

    Et j’ai le souvenir cuisant d’une remarque d’un conservateur me faisant passer l’anglais à l’oral de bibliothécaire d’Etat en externe en me disant exténué devant tant de nullité : « Vous savez que vous passez un concours de catégorie A ? ». Ah bon ? Je ne m’en étais pas rendue compte… Résultat : 7/20 et bonne pour être dernière sur liste complémentaire.

    Encore une fois quel rapport entre des compétences professionnelles validées par un diplôme en Ingénierie documentaire (IUT, IUP) et cette maudite langue qui ne parle même pas de bibliothèque ? Certains jours, quand je repense à toutes ces années et ces heures de travail pour obtenir ces diplômes, ça me déprime et me met en colère… surtout quand je dois travailler avec de purs esprits.

  10. tacheau on

    @Naki et Mrs Bean : oh là, je ne dis pas que les langues ne servent à rien ! Je trouve seulement suspect et assez hypocrite d’en faire un élément de sélection alors que leur enseignement est négligé pour une grande part des candidats potentiels venant des filières techniques ou de la filière universitaire « générale ». Cela revient implicitement à reconnaître des inclinations ou des facilités naturelles (pourquoi pas, mais c’est pas l’essentiel recherché dans la filière documentaire) ou une imprégnation culturelle en privilégiant des candidats des filières d’excellence où les langues demeurent un élément important. Petit clin d’oeil : si les langues étaient jugées fondamentales pour la suite, il y en aurait à l’Enssib, y compris en formation continue… no comment.
    @Blanche : vous me faites penser en beaucoup moins bien ou tout du moins en plus cynique… à Ernestine Chasseboeuf. Yvan fait un excellent pâté, le fait qu’il ait du mal à le vendre n’y change rien. Et bien c’est la même chose pour les candidats-conservateurs avec les langues… il y en a de très bons qui savent d’autres choses tout aussi utiles pour leur futur métier. D’ailleurs, pour « vendre » leur pâté, eux, c’est de management, de sociologie, d’économie, de marketing dont ils auront besoin… mais je vous vois d’ici vous énerver en lisant ces gros mots. Pour vous répondre aussi, je souhaite que tous les gens qui travaillent en bibliothèque n’aient pas fait les mêmes études et puissent apporter un peu de pluralisme. Tiens, pourquoi la seconde langue vivante n’est-elle pas l’Arabe ?

  11. Mrs Bean on

    Ben justement, il faut bien commencer par un bout. Il y a, je crois, belle lurette que sortent d’un certain nombre de formations professionnalisantes (au hasard, ici même : école d’ingénieurs du BTP, ou DUT Tec de Co, bac+2) des jeunes gens et filles bilingues ou pire (= cours, stages à l’étranger, rédaction du rapport en langues plus si étrangères que ça etc.). Donc, pourquoi pas dans les bibliothèques, siouplaît ? Et l’Enssib… ben peut-être bien qu’elle va s’y mettre, ou ptêt bien qu’il faudrait qu’elle s’y mette, tout simplement…

  12. tacheau on

    @Mrs Bean : oui, il faut bien commencer un jour, seulement c’est le « bout » par lequel on prend la chose qui me gêne. A éplucher régulièrement les CV pour des postes de contractuels niveau A, on voit souvent la deuxième langue seulement lue ou pudiquement assortie d’un « niveau collège ou lycée ». Lorsque je regarde aussi les dossiers des candidats au Master Pro Documentation de mon université, qui pourraient avoir vocation à passer et pourquoi pas réussir le concours de conservateur… du moins autant que les élèves de Science Po, c’est la même chose. Mais en substance je suis d’accord avec vous

  13. Blanche Rastouillet on

    Je ne vous trouve pas très gentil de commencer par me dire que j’écris plus mal que votre amie, parce que j’écris comme j’écris, Monsieur. J’espère que vous ne faites pas des réflexions comme ça aux gens qui viennent chez vous parce que sinon ils ne vont plus venir et vous serez tout seul avec vos livres.

    Si je peux m’énerver c’est quand on me manque de respect, pas quand je lis des mots comme « sociologie » ou « économie », mon mari parlait de ces choses avant votre naissance, Monsieur. D’ailleurs, je vous aurais bien offert sa bibliothèque maintenant qu’il est décédé, mais sans parler allemand, vous auriez du mal à trier ses livres.

    Mais pour revenir au cas de l’Yvan qui a l’air de vous intéresser, ce que je sais, c’est que malgré qu’il est fatigué, il est heureux de ses sangliers, son patron aussi et les clients itou, qu’ils soient allemands ou pas. Alors que le fils des Delmas qui habite à Paris et vient au mois d’août au village dans sa grosse voiture noire, il se plaint tout le temps de son travail que je sais pas trop ce qu’il fait mais que ça doit être du marketing ou quelque chose comme ça et ça n’a pas l’air d’être la grande forme. D’ailleurs, je ne vois pas pourquoi vous voulez « manager » des sangliers.

    Serviteur,

    Blanche Rastouillet

  14. tacheau on

    @Blanche : J’aimerais pouvoir prendre le temps de vous décrire les bibliothèques telles qu’elles sont aujourd’hui, si différentes de ce que vous avez du connaître à l’époque de votre « communale » et vous dire ce qu’elles deviennent sans qu’on puisse toujours y faire grand chose !

    Le bibliothécaire tout d’abord n’est plus cet érudit omniscient que vous avez connu et qui fait tout tout seul, comme autrefois, et doit savoir le grec, le latin ou encore l’allemand… pour cataloguer et classer les livres. Il tourne désormais le dos à ses collections pour regarder vers les gens qui entre dans sa bibliothèque. D’ailleurs, pour avoir étudié la figure de ses anté-prédecesseurs, le bibliothécaire d’aujourd’hui est plutôt plus à l’écoute, sympathique et serviable avec son public, je suis un contre-exemple😉 , je veux dire TOUT le public et pas seulement celui qu’il juge digne d’être aidé, car à sa « hauteur ».

    Le public quant à lui a également bien changé. Plus nombreux et plus varié, il vient aussi à la bibliothèque pour d’autres raisons qu’on ne le faisait autrefois, des raisons parfois inavouables et bien éloignées du livre et des savoirs… mais le bibliothécaire ferme les yeux et se dit que c’est bien aussi que les gens viennent à la bibliothèque pour y faire autre chose que lire et travailler.

    Les collections, maintenant. Elles n’ont plus rien de monolithique mais sont éclatées, parcellaires, dématérialisées et concurrencées par bien d’autres sources d’information. Dans ma bibliothèque par exemple, on dépense 1€ sur 2 pour acheter autre chose que des livres et on s’intéresse en effet plus à la valeur d’usage qu’à la valeur symbolique des contenus documentaires, c’est à dire qu’on essaye plus de répondre à une demande qu’à une représentation idéale des savoirs. Vos petits enfants pourront vous le dire, ils ne sont pas contents quand ils ne trouvent pas les ouvrages pratiques utiles à leur réussite ! on peut le déplorer mais c’est ainsi… ce qui ne veut pas dire qu’on ne trouve pas également sur nos rayons les ouvrages de fond(s) en philosophie, économie, sociologie, littérature…

    Enfin, j’aimerais à vous dire que la chance et la richesse des bibliothèques est justement d’être aujourd’hui à la croisée de deux mondes : celui de l’individu, de la réussite, de l’éphémère, du temps court, de l’argent, de la jouissance facile, du présent ET celui du savoir, du passé, du temps long, du durable, de la persévérance, du désintéressement, du collectif… et je ne comprends toujours pas pourquoi on continue à opposer ces deux approches comme vous le faites avec votre exemple caricatural du fils Delmas. Il y a des gens heureux dans le marketing et de sombres connards malheureux à la tête pleine.

  15. Serge on

    @M.Tacheau. Vous dites « Le bibliothécaire tout d’abord n’est plus cet érudit omniscient que vous avez connu et qui fait tout tout seul, comme autrefois, et doit savoir le grec, le latin ou encore l’allemand « . Je me permets de vous reprendre sur ce point. Je ne connais pas l’âge de Mme Blanche Rastouillet, mais il est douteux que dans sa « communale » elle ait pu connaître ce genre d’érudit qui date plutot du 19° siècle ou qu’on ne trouvait plus qu’à des niveaux qui n’avaient plus rien de communal !

    Ceci pour dire que les bibliothécaires les plus nombreux ces 30 ou 40 dernières années au niveau territorial étaient des titulaires du CAFB, formation ouverte à partir du bac et où se cotoyaient tous les niveaux, du bac à la maîtrise ! On a énormément pleuré sur la disparition de cette formation, en insistant sur son côté unitaire (au sens de cohésion d’une profession recrutée d’une façon unique), mais en oubliant souvent de préciser à quel point elle était précisement une garantie du pluralisme et de la proximité avec le lecteur, que vous revendiquez à juste titre. C’est maintenant que nous aurions besoin, précisément vu la diversité des publics, de recrutements effectués avec moins d’élitisme et de recherche de l’exellence pour l’excellence. Je sais, c’est la loi des concours , les rendre de plus en plus sélectifs.
    Vous nous parlez de gens proches, souriants et didponibles (d’autres les trouvent absents, inaccessibles ou planqués derrière leurs écrans, c’est un autre débat) mais vous nous dites dans le mème temps :  » c’est de management, de sociologie, d’économie, de marketing dont ils auront besoin « .
    Je ne comprends plus très bien. Je sais qu’on songe à les former en 5 ou 10 jours, je ne sais donc plus très bien quel profil ils auront en définitive. Ni pour vendre quel produit…

    Personnellement, je suis bibliothécaire municipal de type CAFB, je ne parle aucune langue vivante autre que la mienne, n’ai fait ni grec ni latin, j’ai commencé au smic (je sais, ça ne veut rien dire), je pars en retraite dans moins de 10 ans, et je ne crois pas que les nouvelles élites de managers dont vous nous parlez soient actuellement la meilleure réponse à apporter au marasme des bibliothèques publiques.
    (Je ne parle pas des bibliothèques universitaires, ni des conservateurs, pour lequels je suppose que la question se pose différemment, bien que ne connaissant pas cet aspect de la profession).

    PS. Quand vous suggérez l’Arabe comme langue, vous faites de l’humour, de la démagogie, ou vous faites passer la seconde par le premier ?

  16. tacheau on

    @Serge : c’est effectivement difficile de concentrer en un seul billet tous les types d’acteur et de situation en bibliothèque. J’ai plutôt tendance à m’exprimer pour ce que je connais, c’est à dire l’encadrement (conservateurs et bibliothécaires) dans des structures de tailles moyenne et grande (université et villes de plus de 50 000 habitants) ce qui ne veut pas dire que certains de mes propos ne s’appliquent pas aux autres… reprenons :

    Pour moi, notre Blanche métaphorique a dans les 90 ans. Elle a donc été à l’école dans les années 30. Si elle était en campagne il y a peu de chance qu’elle ait connu une quelconque bibliothèque municipale. En ville, elle aurait pu rencontrer les bibliothécaires municipaux formés à la fin du XIXè s., plutôt des érudits dont la majorité avait une Licence ès Lettres, niveau très élevé pour l’époque.

    Concernant le CAFB, sa suppression est une évolution logique liée à l’élévation du niveau de diplôme de la population. Les individus sortent désormais du système scolaire avec un niveau bac+2 ou licence et il n’est pas rare, pour ceux qui souhaitent travailler en bibliothèque, qu’ils aient appris dans des cursus spécialisés ce que le CAFB dispensait autrefois (DEUST, DUT Métiers du livre, Licence pro…). Ces formations qui ne sont en rien élitistes dispensent donc tout autant de pluralisme et de proximité qu’auparavant.

    Sur les managers, dépassons la sémantique. Il faut en effet que les nouveaux bibliothécaires soient créatifs et actifs pour sortir du « marasme » dont vous parlez et fassent preuve d’une certaine dose d’inventivité pour voir ce que l’on fait de cette institution et pour qui, d’où l’interrogation à avoir sur nos publics, actuels et potentiels.

    Je constate seulement que tous les commentateurs et détracteurs d’une certaine évolution des bibliothèques savent ce qu’il ne faut pas faire (pas de management, pas de marketing, pas trop de social, pas trop de ludique,… ) mais ne disent pas ce qu’il faut faire !

    Enfin, pour ce qui est de l’Arabe en seconde langue, ce n’est pas une blague. Vous-êtes vous jamais demandé pourquoi il y avait si peu de bibliothécaires d’origine étrangère, mais de nationalité française, ou issue des « minorités visibles » dans les bibliothèques ? Sans doute un effet des concours. Sûrement un signe de l’étouffement de notre profession et de notre petit monde tourné sur lui-même…

  17. Serge on

    Comme ça, c’est plus clair et nous sommes à peu près d’accord (y compris sur l’âge supposé de l’improbable Mme Rastouillet).

    Toutefois je ne suis pas sûr que l’on puisse trouver « logique » la suppression du CAFB pour les raisons que vous évoquez. On a tout de mème remplacé un examen par un concours, qui plus est généraliste, et donc accessible à d’autres que les étudiants en DUT ou DEUST que vous evoquez à juste titre. Lesquels manifestent dailleurs de plus en plus fortement contre leur statut précaire et, précisément, contre le fait que le fait de s’être préparé en IUT ou autre à cette carrière ne leur en ouvre plus les portes. C’est donc bien la notion de concours qui est en cause. Mais c’est un autre débat. La suppression du CAFB, programmée (voir un excellent texte de M. Lahary sur le sujet) avait bien d’autres raisons que des considérations sur le niveau culturel ou la démographie.

    Mais c’est un point de détail maintenant. Sur les managers, mème en dépassant la sémantique, je reste sceptique quant au fait que l’inventivité nécessaire au futur des bibliothèques dépende de connaissances managériales. La notion de marketing est encore plus suspecte, elle suppose l’existence d’un produit et d’un coeur de cible, par exemple. L’immobilisme actuel de ma génération, qui arrive en fin de course et se trouve assez logiquement mal placée pour « penser la nouvelle bibliothèque », comme dit le sociologue Poissenot,est surtout constitué d’une certaine méfiance vis à vis de ces concepts qui n’ont, à priori, rien de bibliothéconomique. C’est un autre monde, celui de l’entreprise, soyons clairs, qui entre dans la bibliothèque et prétend non pas la moderniser, mais la redéfinir. Quand l’informatique est arrivé, nous l’avons adopté sans problèmes, c’était un outil de plus au service d’une conception des bibliothèques deja éprouvée. Les notions que vous évoquez vont plus loin.

    C’est vrai que nous sommes tièdes sur ces notions, je le reconnais (sauf peut-être sur le ludique, nous en avons peut-être mème fait trop d’usage, je pense à l’animation). Mais après tout, nous avons deja pas mal oeuvré pour les enfants et petits enfants de Blanche, et nous laissons la boutique en assez bon état, mème si la clientèle se raréfie. Vos managers la rendront-elle plus proche et plus humaine, moins élitiste, et plus ouverte sur le monde, puisque c’est ce qui semble manquer ? Je n’ai pas la réponse. Réformer notre profession, c’est vrai tournée vers elle-mème, est une chose, repenser le lieu bibliothèque dans son l’ensemble de ses missions et finalités en est une autre. Il semble mème que la notion de service public soit parfois en cause, si j’en juge par certains débats…

    Vous savez, je pense que ce qui fait au fond l’essentiel de nos réticences (je pense à ma génération), c’est que nous avons vécu notre métier aussi comme un engagement militant. Avec tiutes les facettes que cela peut comporter. Et ça, c’est fini. Le monde enseignant a un peu vécu les choses de la mème façon et se trouve maintenant dans le mème type d’impasse, toutes proportions gardées. Le pragmatisme va donc remplacer l’idéologie. C’est peut-être trop pour certains d’entre nous…

    Sur la langue arabe, vous avez raison, je n’y pensais pas en termes d’expression des minorités visibles (et l’occitan ou le breton…), mais en termes de discrimination accrue dans les concours.

    cordialement

  18. MxSz on

    Sur le fond, je pense que les changement de modalités de recrutement, dans les concours de la fonction publique, transforment plus le vivier social de recrutement qu’ils n’agissent sur les compétences des agents recrutés.
    JM Eymeri a travaillé, dans le cadre de sa thèse, sur l’école de la fonction publique qui a fait coulé le plus d’encre : l’ENA. Selon lui, le fait d’inclure une langue vivante obligatoire à l’oral de l’ENA a provoqué une élévation sociale du recrutement (en gros, encore plus de fils et filles de cadre sup, prof. libérales, enseignantes, etc.), aux dépens des fils et filles d’employés et d’ouvriers, qui étaient déjà sous-représentés.
    Pourquoi ? Parce que la maîtrise orale d’une langue, dans la France de la fin du 20e siècle, dépend surtout de la pratique effective que l’on en a, à travers principalement les voyages, échanges (autres que scolaires), relations familiales…
    Et ces échanges sont plus fréquents chez les parents les mieux dotés en ressource financières, qui leur permettent d’envoyer leurs rejetons à l’étranger. De là à penser que les nouvelles modalités de concours vont privilégier certains profils d’étudiants (type IEP, où le voyage à l’étranger est fortement encouragé en 4ème année), il n’y a qu’un pas. Qui à mon avis sera vite franchi, et qu’il serait d’ors et déjà facile d’appréhender, pour peu que les rapports de jury de conservateur précise le parcours scolaire des candidats (type de bac, type de master, etc.).
    De fait, je trouve que le corps des conservateurs est très soucieux des compétences attendues pour entrer dans la carrière (langue ou pas langue ? culture scientifique et technique ou non ?). Il l’est beaucoup moins sur l’origine sociale des agents qui le constituent. Parler des « minorités visibles », c’est bien. A condition de ne pas oublier que le substrat des différences culturelles est avant tout social.

  19. tacheau on

    @MxSz : je déplore justement que sous couvert de recruter des gens plus compétents, avec une seconde langue ici, on renforce le « marquage » social du corps des conservateurs sans garantie d’avoir des candidats plus compétents (et motivés). On exclut par là des individus qui n’ont pour seul capital que leur diplôme universitaire et qui ferait d’eux d’excellents professionnels mais se retrouvent éliminés par leur capital socio-culturel indirectement jugé « insuffisant »… un scandale donc.


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