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Yes, we can !

L’exposition Mai 68, comme un souffle de Claude Dityvon, photographe dont je vous parle ici depuis plusieurs mois, et pour lequel la BU d’Angers devrait prochainement créer un fonds spécialisé à vocation internationale pour valoriser les plus de 150 000 photographies réalisées de 1968 à 2008, et conserver à terme les planches contacts, tirages et films, démontre qu’on peut faire beaucoup avec « peu » et surtout de manière collective.

En effet, cette exposition a été rendue possible grâce à l’alliance de plusieurs BU du grand ouest (Brest, Rennes 2, La Rochelle, Le Mans, Angers) qui ont participé à l’acquisition de cette collection de 25 tirages originaux et de 10 tirages couleur inédits et jamais montrés, assortie des droits d’exploitation pour que ces images soient exposées dans leurs murs de façon itinérante tout au long de 2008.

Au final, chaque établissement à déboursé guère plus que le prix d’une location d’exposition (1750 € H.T pour 5 à 6 semaines) auquel il faut ajouter les frais de logistique à la charge de l’Université d’Angers avoisinant les 3750 € HT en plus (encadrement, conditionnement, tirage de bâches) un effort normal puisque la collection est devenue sa propriété à la fin de l’opération, tout en s’accompagnant pour chacun des établissements du droit de réutiliser librement ces images à des fins d’exposition gratuite et d’utilisation pédagogique à compter de 2009.

I have a dream…

Un récent dossier du Monde 2 soulignait l’incurie des pouvoirs publics et des grandes institutions nationales spécialisées (MEP, BNF, FRAC, Jeu de Paume, Musée Niépce…) à l’égard de la photographie en France et rappelait à quel point les universités américaines étaient en pointe pour la conservation et la diffusion des grands photographes, américains et européens, ce qu’on pourrait à mon sens élargir au patrimoine culturel en général, et écrit en particulier.

Pourquoi les bibliothèques universitaires françaises ne deviendraient-elles pas alors les conservatoires et les diffuseurs de la photographie contemporaine sur ce modèle de l’acquisition/exposition itinérante ? Faisons les comptes :

– 5 établissements suffisent pour monter un projet (5 créneaux d’exposition en moyenne dans une année universitaire)
– 2000 € par établissement x 5 = 10 000 €, dont 1000 € sont à réserver pour la publicité (2500 cartons + 1000 affiches), d’où
– 9000 € réservés à l’acquisition d’une vingtaine d’oeuvres, soit 450/500 € par image
– L’exposition peut être louée l’année suivante à d’autres établissements contre 2000 € de droits, revenant à l’auteur
– Si 25 établissements (avec 5 pilotes qui peuvent tourner) se lancent dans l’opération, 50 collections universitaires peuvent être constituées en l’espace de 10 ans, soit au total 250 expositions dans les campus, 500 expositions si 50 établissements (avec 10 pilotes qui peuvent tourner) se lancent dans l’opération, 100 collections universitaires seraient alors constituées en l’espace de 10 ans.

Cette logique peut également être élargie et généralisée à l’estampe voire à la peinture, pour des collections plus réduites en nombre et/ou formats, de manière concomitante puisque de nombreux établissements programment plusieurs expos par an (ou devraient) et sont donc prêts à mettre de 2 à 10 000 € par an dans la culture, ce qui pourrait aussi venir soutenir, pourquoi pas, une logique d’artothèque et de prêt d’oeuvres aux étudiants dans les universités.

Bonne ou mauvaise idée ?

Powerman ou Manpower ?

J’adore le soir quand la bibliothèque est fermée et qu’elle appartient tout entière au bibliothécaire… On peut siffler, chanter à tue tête, interpeller des lecteurs imaginaires ou même percer des trous dans les murs. C’est d’ailleurs ce que j’avais prévu l’autre soir, la veille du vernissage de notre exposition de Claude Dityvon, Mai 68 comme un souffle. En quelques mots, ce petit chantier consistait à accrocher au mur 3 bâches de 180cm x 120cm de façon la plus alignée possible. Fastoche donc pour quiconque avait comme moi appris le bricolage avec ça :

Sauf que :

– Je n’avais pu repérer l’après-midi l’emplacement des chevilles à l’aide d’un niveau laser, mon contact parmi nos artisans préférés m’ayant fait faux bond. Pas grave, il me suffirait de mesurer tout cela le soir avec un bête double mètres enrouleur.

– Je n’avais encore jamais utilisé la perceuse du service, une Métabo 850 watts, a priori du bon matos… sauf qu’au moment de dévisser le mandrin pour serrer le foret à béton de 6, damned ! pas de clef comme à l’habitude mais un système de serrage manuel impossible à faire fonctionner ! Après appel à notre technicien (en congé maladie), il a bien fallu serrer le foret avec l’étau et une multi-prise… c’était normal, mais difficile à trouver tout seul.

– Je n’avais pas prévu que le système projeté (en gros un fil passé dans le barre de maintien supérieure et un point de fixation par bâche) ne convenait pas en raison de l’impossibilité de donner au fil une tension suffisante pour éviter à la bâche de se retrouver 40 à 50 cm plus bas que prévu !

Résultat, il ne me restait plus qu’à percer un trou dans chacun des 3 tubes en alluminium le plus au centre possible de chaque barre pour éviter un déséquilibre final (et là je dois reconnaître la qualité de nos mèches spécial métaux) puis à découper chaque bâche au dos sur un centimètre carré pour laisser passer la tête de la vis. Le tour était joué, sans même utiliser de double face pour caler le tout… mais à 21h30 quand même !

Si je raconte cette histoire (outre le plaisir de l’image qu’elle suscitera chez chacun de son(sa) propre directeur(trice) perché(e) sur un escabeau en train de percer du béton banché…) c’est que je me demande quotidiennement qu’elle est pour un directeur la bonne distance à sa bibliothèque : ni trop près, ni trop loin. Et de m’interroger sur ce paradoxe qui nous fait mettre de plus en plus les mains dans un « cambouis » techno-administratif qui tourne in fine à vide pour ne justifier que lui-même, et de moins en moins dans la réalité du terrain qui se joue à côté de nous, voire sans nous. J’avoue ne pas avoir de réponse toute faite, mais éprouver de plus en plus de difficulté à échanger et communiquer avec des homologues toujours plus éloignés de notre objet commun… en décrochage en quelque sorte.

A qui profite le crime ?

089-dimanche1208671988Le 11 décembre prochain, la consommation dominicale sera enfin libérée dans ce vieux pays catholique. Plus de complexes, plus de remords, plus de mièvre compassion ni de fausse culpabilité pour aller faire suer la caissière le dimanche. C’est bien elle qui le demande, non ? Au grand dam de son patron qui devra désormais la payer double ! Le pauvre…

Exister, enfin ! Avoir quelque chose à faire de son dimanche (Drucker ça suffit !) comme repenser la déco de la chambre du petit dernier ou choisir avec lui sa dernière console de jeu… oui, se gaver de grandes surfaces, de parkings et de kilomètres de linéaires, d’Ikea, de Fly, de Conforama, de Foir’Fouille, de Halle aux chaussures, de Picard, de Castorama, de Troc de l’île. Oui, encore oui, de la musique sirupeuse à tous les étages, des ventes flash et des paillettes à tous les rayons, la vraie vie quoi ! Les bouseux ruraux ne peuvent pas comprendre cela, tous ces centres villes si pleins de vitalité et si différents les uns des autres… Celio, Etam, Sephora, C&A, Nature et découverte…

Non content d’exploiter le pauvre à l’autre bout du monde, le pauvre français va enfin pouvoir exploiter un peu plus son congénère sur place, et dépenser sa maigre prime de Noël, quelle chance ! Notez, je n’ai rien contre les pauvres, mais bien contre les tireurs de ficelles… ceux qui continueront à réunir la belle et grande famille sous les lambris dorés, à partir en week-end à l’Ile de Ré et pourquoi pas une petite virée à Deauville ? à visiter Bon papa qui raconte si bien ses souvenirs d’officier de réserve, à aller écouter chanter la petite dernière à la cathédrale… le dimanche, c’est sacré !

Bizarre. Les Français sont plutôt contre et les études montrent que l’ouverture le dimanche n’augmente pas le chiffre d’affaire des commerces. Alors qui profite de tout cela ? Difficile à dire. Si ce n’est les tenants d’une idéologie du rabaissement général et de la société toujours plus tirée vers le bas : moins de professeurs, moins d’intermittents du spectacle, moins de télévision publique, moins de soins, moins de diversité culturelle, moins d’école le samedi, moins de services de proximité… rien à craindre quand on vit à côté de la société !

Et les bibliothèques dans tout ça ? Inutile de dire qu’on peut les laisser fermées le dimanche (ouf!) car elles ne font pas le poids en face du tout marchand… les carottes sont cuites ! A moins qu’une loi ne vienne un jour interdire l’ouverture des commerces le dimanche voire plus… (ces derniers ne sont-ils pas fermés le samedi à 16h en Allemagne) et ne décrète l’ouverture obligatoire des bibliothèques, des théâtres, des musées, des centres culturels, des centres sociaux avec de vrais services et des activités comme en semaine ? Une révolution culturelle, enfin ?

Illustration : L’actu en patates de Martin Vidberg.