Powerman ou Manpower ?

J’adore le soir quand la bibliothèque est fermée et qu’elle appartient tout entière au bibliothécaire… On peut siffler, chanter à tue tête, interpeller des lecteurs imaginaires ou même percer des trous dans les murs. C’est d’ailleurs ce que j’avais prévu l’autre soir, la veille du vernissage de notre exposition de Claude Dityvon, Mai 68 comme un souffle. En quelques mots, ce petit chantier consistait à accrocher au mur 3 bâches de 180cm x 120cm de façon la plus alignée possible. Fastoche donc pour quiconque avait comme moi appris le bricolage avec ça :

Sauf que :

– Je n’avais pu repérer l’après-midi l’emplacement des chevilles à l’aide d’un niveau laser, mon contact parmi nos artisans préférés m’ayant fait faux bond. Pas grave, il me suffirait de mesurer tout cela le soir avec un bête double mètres enrouleur.

– Je n’avais encore jamais utilisé la perceuse du service, une Métabo 850 watts, a priori du bon matos… sauf qu’au moment de dévisser le mandrin pour serrer le foret à béton de 6, damned ! pas de clef comme à l’habitude mais un système de serrage manuel impossible à faire fonctionner ! Après appel à notre technicien (en congé maladie), il a bien fallu serrer le foret avec l’étau et une multi-prise… c’était normal, mais difficile à trouver tout seul.

– Je n’avais pas prévu que le système projeté (en gros un fil passé dans le barre de maintien supérieure et un point de fixation par bâche) ne convenait pas en raison de l’impossibilité de donner au fil une tension suffisante pour éviter à la bâche de se retrouver 40 à 50 cm plus bas que prévu !

Résultat, il ne me restait plus qu’à percer un trou dans chacun des 3 tubes en alluminium le plus au centre possible de chaque barre pour éviter un déséquilibre final (et là je dois reconnaître la qualité de nos mèches spécial métaux) puis à découper chaque bâche au dos sur un centimètre carré pour laisser passer la tête de la vis. Le tour était joué, sans même utiliser de double face pour caler le tout… mais à 21h30 quand même !

Si je raconte cette histoire (outre le plaisir de l’image qu’elle suscitera chez chacun de son(sa) propre directeur(trice) perché(e) sur un escabeau en train de percer du béton banché…) c’est que je me demande quotidiennement qu’elle est pour un directeur la bonne distance à sa bibliothèque : ni trop près, ni trop loin. Et de m’interroger sur ce paradoxe qui nous fait mettre de plus en plus les mains dans un « cambouis » techno-administratif qui tourne in fine à vide pour ne justifier que lui-même, et de moins en moins dans la réalité du terrain qui se joue à côté de nous, voire sans nous. J’avoue ne pas avoir de réponse toute faite, mais éprouver de plus en plus de difficulté à échanger et communiquer avec des homologues toujours plus éloignés de notre objet commun… en décrochage en quelque sorte.

2 comments so far

  1. Serge on

    J’aime assez votre description assez rare de cette proximité avec les lieux. Le cri du bibliothécaire le soir au fond des rayonnages.Les chantier, pa perceuse, le quotidien de la trousse à outils. Nous l’avons tous plus ou moins dans nos tiroirs cette trousse à outils, pourvue le plus souvent par du matériel aussi hétéroclite que personnel, mais ô combien indispensable! N’est-ce pas aussi une façon de nous sentir plus proche de nos propres actions, une réappropriaton permanente de nos lieux. Faites donc appel aux services techniques !. Oh que non, le moins possible. Je me souviens du jour où l’on m’a refusé mon stock annuel d’ampoules de rechange en m’informant, par note de service que les ampoules seraient désormais changées par les électriciens de la Commune. Le temps a fait son oeuvre. Désormais le moindre placage qui menace de se décoller et je fais une demande écrite. J’ai toujours mon tube de colle néoprène. Mais c’est fini. Et le coeur n’y est plus. On reste pourtant des artisans. Et on en a besoin. Au risque de pzara^pitre ridicule, je dois dire que, n’étant au départ pas manuel pour un sou, j’ai commencé à le devenir en bibliothèque et j’ai acheté mes premiers outils pour cet usage (Bon pas des Metabo au départ, pas les moyens). Et combien d’expos montées le soir, dans des conditions, c’est vrai, plus que douteuses en termes de sécurité, combien de trous percés à la sauvette avec ma vieille 500 Watts Peugeot. Qu’est-ce qu’on nous a enlevé au juste, très exactement, je ne saurais le dire, mais je n’arrive pas à en faire mon deuil. Ce cher cambouis. Vous apportez peut-être la réponse avec cette question de savoir « qu’elle est pour un directeur la bonne distance à sa bibliothèque « . Pour moi, c’est au milieu, physiquement comme symboliquement. Sionon, c’est bien par là qu’on décrochera en premier. Moralement.
    Merci pour votre billet, je ne l’imaginais pas d’un directeur de BU, comme quoi…

  2. tacheau on

    @Serge: merci pour cette évocation très juste du rapport intime, nécessaire, et des « madeleines » du bibliothécaire. Ah, l’odeur un peu sucrée du tampon dateur mélangée à celle de vieux papier et de bois séché… allez, au boulot !


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :