Faut-il aimer l’andouille…

cmd05…pour être bon charcutier ?

J’évoquais récemment la faible technicité des métiers des bibliothèques comme pouvant expliquer, à tous les niveaux dans nos établissements, la difficulté à construire des consensus largement partagés qui seraient fondés sur des compétences fortes et communes à tous. D’une part, cette situation éclaire la (sur)valorisation comme compétence propre de notre rapport personnel, quasi existentiel, à la bibliothèque, à la connaissance, au savoir, à la culture,… inclinations personnelles parfois d’ailleurs bien plus fantasmées que réelles, mais jugées par nombre de collègues comme indispensables voire suffisantes à l’exercice-même de notre métier, et, d’autre part, le poids des représentations individuelles empêchant l’apparition et l’acceptation de savoir faire communs nouveaux et/ou spécifiques qu’il faudrait acquérir et faire évoluer en amont et au-delà de ce quant à soi omniprésent. En résumé, il faudrait dans nos métiers plus de compétences collectives et moins d' »idéologie » individuelle…

Le passage ci-dessous extrait d’une demande de stage dont la teneur émaille la plupart des lettres de candidatures spontanées que je reçois en masse illustre bien ce décalage ambigu entre représentation et réalité :

J’ai toujours aimé la lecture et les livres en tant qu’objets. Le contact avec le livre me plait beaucoup. J’aime également ranger les livres suivant un classement bien précis. Je pense sincèrement que le métier de bibliothécaire me conviendrait même si j’avoue ne pas savoir vraiment l’expliquer. Ce dont je suis sûre, c’est que je me sens bien lorsque je me trouve dans une bibliothèque, entourée de livres. J’aime flâner dans les rayons, prendre un livre, ne serait-ce que pour le feuilleter. Je serais capable d’y passer des heures.

Qu’on se le dise, aimer lire et considérer que la culture est au-dessus de toute autre valeur ne suffit pas à faire un bon bibliothécaire. Tout au plus un bon lecteur !

Illustration : Marie Desbons ©

9 comments so far

  1. La demandeuse de stage on

    J’ai toujours aimé les nouvelles technologies et les e-book en tant qu’objets. Le contact avec un e-book me plait beaucoup. J’aime également ranger les BD suivant un classement bien précis. Je pense sincèrement que le métier de bibliothécaire me conviendrait même si j’avoue ne pas savoir vraiment l’expliquer. Ce dont je suis sûre, c’est que je me sens bien lorsque je me trouve dans une bibliothèque, entourée de nouvelles technologies. J’aime flâner sur les blogs m’y connecter, ne serait-ce que pour le seul plaisir de surfer. Je serais capable d’y passer des heures.

    Qu’on se le dise, aimer les outils numériques et considérer que la culture est au-dessous de toute autre valeur doit apparemment suffire à faire un bon bibliothécaire.

    • tacheau on

      @demandeuse : pas mal, pas mal… mais je ne sélectionnerais pas plus votre CV😉 . Vous vous fourvoyez sur le terme de technicité. Il ne s’agit pas d’opposer ici les technophiles aux technophobes et de laisser croire que je pense les premiers meilleurs que les seconds. Il s’agit de s’interroger sur le socle des compétences nécessaires dans une bibliothèque. Et en l’occurrence, l’amour des livres et l’idéalisme culturel (si cela veut dire quelque chose…) n’en sont pas selon moi. Par technicité il faut entendre ici ensemble des savoir faire et des pratiques normées dans notre milieu. Cette technicité n’a rien de « technologique », elle concerne aussi bien la manière de choisir et d’acheter un document (là, c’est chacun sa sauce) que d’accueillir, renseigner et orienter un lecteur physique ou distant… ou encore rédiger des contenus et organiser des outils pour en prescrire d’autres.

  2. Mrs Bean on

    Aujourd’hui, séance de formation pour un groupe d’étudiants de 1e année. On part de la bibliographie donnée par le prof., consulter le catalogue, tout ça…
    Un étudiant m’interrompt : « Mais pourquoi il faut lire les livres ? ».
    Ben… pour devenir bibliothécaire :-))))
    Meuh non… pour… pour quoi, au fait ????????

    • tacheau on

      @Mrs Bean : Vous pouvez répéter la question ?

  3. Chaps on

    Tiens en passant, lors de votre présentation à l’ULB en Belgique, votre slide contenant le temps de formation d’un bibliothécaire et d’un conservateur (respectivement 6 mois et 1 an selon vous) n’a pas fait réagir?

    Vu que la Belgique forme des bibliothécaires en bachelor de 3 ans et que la formation ENSSIB-like de l’ULB (infodoc) est un master en 2 ans (ou 3 si passerelle)

    • tacheau on

      @chaps : L’idée était seulement de sensibiliser sur le niveau de technicité du métier et non sur le fait qu’en effet, on investissait aussi beaucoup de temps, pas inutile d’ailleurs, sur toute la culture professionnelle au sens large (histoire des bibliothèques, connaissance du milieu institutionnel, connaissances disciplinaires, connaissance de l’édition,…). Pas de réaction car tout le monde pense que tout cela est utile. Mais personne ne se demande pourquoi on n’apprend pas vraiment et concrètement à : renseigner un lecteur, faire de l’accueil physique ou en ligne, monter un projet autour du livre ou de l’écrit, alimenter nos sites en contenus informationnelles, manager une équipe, ouvrir ou fermer une bibliothèque, gérer une archive ouverte, monter des enquêtes sérieuses, former les usagers, évaluer son travail et celui des autres… bref pourquoi au bout de 2, 3, 4, 5 ans et plus de formation on continue toujours à bricoler ! Imaginez l’infirmière qui commence à s’interroger sur le bien-fondé et les différentes manières de poser son premier catétère😉

  4. Chaps on

    Ah comme cela je comprends mieux.

    réponse:
    Parce que les formateurs et les définisseurs de contenus ne maitrisent pas non plus ces points?

    Parce que la gestion des bibliothèques est un secteur de niche non stratégique (et où les perspectives financières sont faibles)?

  5. MxSz on

    La demandeuse de stage parle de vocation, OT de compétences.
    Derrière les grandes questions, je pense qu’il y a prosaïquement celle, plus petite mais non moins importante, de la rédaction d’une lettre de motivation, de la préparation d’un oral de concours.

    @OT: « Cette technicité n’a rien de “technologique”, elle concerne aussi bien la manière de choisir et d’acheter un document (là, c’est chacun sa sauce) ».
    Je comprends pas trop, là. Je pensais que the big chief Calenge mettait tout en œuvre pour que, justement, « acheter un document » fasse l’objet de procédures un peu formalisées. Non ?

  6. Aldus on

    merci Olivier, je n’ai pas pu m’empêcher de mettre en lien avec Landowski (est-ce une andouille polonaise?)


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