Idées éparses…

… greffées sur des assertions gratuites d’un modeste billet sur Lucien Herr prétexte à pointer les errements supposés des bibliothèques universitaires actuelles :

A l’heure où les bibliothèques universitaires peuvent être tentées de se recroqueviller intellectuellement sur la technodoulie dispendieuse, ludique et chronophage, le clientélisme, la com’ et la démagogie, peut être est-il bon de revenir, sans anachronisme, sur la figure de cet « intellectuel » bibliothécaire de surcroît, à cheval sur les deux précédents siècles.

Reprenons :

– à l’heure où : qui décrète cela ? une étude vient-elle récemment d’être réalisée ? une évolution tangible vient-elle d’être analysée et révélée ?

– les bibliothèques universitaires peuvent être tentées : étrange et périlleuse façon de présenter les choses. Les bibliothèques sembleraient donc se mouvoir toutes seules ? et sont ici pensées comme un tout indistinct et global ? Petites, grandes, moyennes, récentes, anciennes, parisiennes, provinciales,… sans même s’interroger sur la spécificité de leurs missions et publics : Sorbonne / Saint -Denis même combat !  A l’heure où la France est incapable de…, à l’heure où la famille semble…, à leur où les jeunes font… ouais, pourquoi pas !

– se recroqueviller intellectuellement : je ne comprends pas ce terme. Cela signifie que les ambitions intellectuelles sont à la baisse, je suppose. Donc moins de littérature « légitime », moins d’ouvrages sérieux, moins d’ambition intellectuelle ? Je serais intéressé de connaître ce qu’est une bibliothèque qui par opposition « s’ouvrirait » intellectuellement.

– la technodoulie : ???

– dispendieuse : l’auteur connaît donc de l’intérieur la part de ces dépenses, excessives et donc illégitimes à ses yeux. Il a fait une étude, comparé les ratios et sait précisément que cela n’est pas une opinion mais un fait : la technodoulie EST dispendieuse. Mais par rapport à quoi, à quel équilibre, à quelles missions que les BU ne rendraient pas ou plus ?

– ludique : bon… les étudiants passeraient-ils leur temps à jouer en réseau, à regarder des sites distractifs, inutiles et débilitants dans les BU ? Si c’est le cas, je méconnais cette situation. Je vois plutôt des étudiants soucieux de leur avenir et qui utilisent plus et mieux les ressources dites « sérieuses » en ligne, mais empruntent toujours des ouvrages, apprécient la formation méthodologique qu’on leur donne et les conditions de travail qui leur sont offertes.

– chronophage : Les BU ne peuvent pas grand chose à l’addiction générale au téléphone portable, au chat, MSN, Ipod, Myspace… c’est peut-être une lâche démission, mais bon, soyons réalistes et ajustons nos prétentions. Si elles proposent très marginalement des services dans ces environnements, c’est justement pour que le temps passé y soit moins du temps perdu. Maintenant, s’il existe une recette pour faire faire des choses « sérieuses » et « légitimes » à la classe d’âge des 18-25 ans, je suis preneur et en plus si les bibliothécaires en sont capables, c’est encore mieux !

– le clientélisme : ? terme assez gratuit qui fait bien mais ne signifie rien. Auprès de quels publics ? Au détriment de quels autres ? Pour être bien vus de qui ? Soutenus et défendus par qui ? et contre qui ?

– la com’ : les bibliothèques universitaires sont « invisibles », à l’extérieur mais aussi au sein de leur établissement et parfois perçues comme très coûteuses et inutiles, dans les champs scientifiques notamment. Si l’auteur connaissait leur situation de l’intérieur et les logiques auxquelles elles doivent faire face pour continuer à exister, avant toute ambition intellectuelle d’ailleurs, il saurait ce que signifie être tenté par la com’. Mais il parle de ce qu’il ne connait pas car lui fait défaut le positionnement d’une réflexion et d’une praxis de la responsabilité en référence à un moment historique et un cadre juridico-administratif donnés.

– la démagogie : qui trahit et s’attire les faveurs des usagers ? qui les mystifie et dénature la réalité ? les parents, les médias, les enseignants, la classe politique… les bibliothécaires, donc ? Je n’ai pas l’impression que ces derniers portent la plus lourde responsabilité dans le parcours qui amène les étudiants à fréquenter leur établissement et les choix qu’ils font aujourd’hui. Sauraient-ils être les seuls et ultimes redresseurs de tort ?  J’en doute…

– il est bon de revenir, sans anachronisme, sur la figure de cet intellectuel bibliothécaire : justement si, c’est pour le coup assez anachronique de mettre en relation une réalité contemporaine, globale, plutôt complexe et un personnage isolé dans une réalité historique toute différente et dont l’analyse est sciemment occultée : quels publics à l’époque ? quelle fonction pour la bibliothèque ? quel rôle pour l’érudition ? Sauf à vouloir démontrer : que les bibliothécaires d’aujourd’hui ne sont pas des intellectuels ? oui. Qu’ils ne connaissent pas leur collection sur le bout des doigts ? oui. Que peu ont l’engagement intellectuel et politique de Lucien Herr ? oui… mais tout cela ni plus ni moins qu’ils ne l’étaient à l’époque de ce héros.

En somme, à lire ces lignes, je me demande ce qu’il  faudrait faire dans les bibliothèques universitaires ? Revenir en arrière pour réintroduire du rayonnage, de la poussière et du pondéreux ? Je voudrais savoir, car hônnetement, la majeure partie de mon temps de cerveau disponible ne pense qu’à cela…

5 comments so far

  1. MxSz on

    eh ben alors, je pensais que vous aviez coupé le robinet… C’est de l’addiction, là, M. OT. Ou du masochisme ?

    (et puis, blague à part, ça doit parler à une petite dizaine de personnes en France, hein. Alors un conseil : laissez tomber).

    • tacheau on

      @MxSz: désolé mais j’ai cliqué sur un lien dans mes stat. qui m’apportait pas mal de trafic et j’ai supposé qu’un article me concernait… la chair est faible vous savez😉

  2. fbon on

    ça me plaît pas mal, technodoulie – c’est comme un genre de poulie mais en plus doux – ça permet de suspendre les ordinateurs au plafond et on se déplace lentement dans la pièce de l’un à l’autre en volant – ça m’arrive souvent la nuit

  3. Lully on

    La technodoulie, il me semble, se conçoit sur le modèle de l’iconodoulie, non ?

    • tacheau on

      @Lully : un tout grand merci. Penser à noter parmi les reproches à ma mère (je me méfie, elle lit ce blog… ;-)) : ne pas m’avoir forcé à faire du latin et du grec… (douleia = service en grec)


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