Cogitation virale

cerveauJ’ai reçu ce message de Daniel hier soir dans ma boîte mail dont l’objet était « une idée que j’ai eu » : Relancer prêt livrels + lancement sony avec un plan « bientôt l’été : partez avec 90 romans dans votre sac ». D. Cela illustre assez bien la manière dont les idées circulent et les projets germent à Angers.

Bon, j’ai bien compris qu’il s’agissait de charger Publie.net sur les tablettes et de proposer ce pack, et me suis endormi avec cette dernière proposition en tête. Au réveil ce matin, contre-projet qui avait mouliné toute cette nuit (et oui, je n’ai toujours pas trouvé la touche on/off…) : pourquoi ne pas proposer plutôt des titres payants avec une accroche-contenu plus facile à « vendre » et une vraie sélection du genre : Vous avez raté les prix littéraires ? (et on charge le dernier Médicis, le Goncourt, le Renaudot, le Prix Inter…). Honte de n’avoir jamais lu les Nobel ? (et on sélectionne 10 titres représentatifs). Il est temps de faire un vrai break… (3 tomes de Millénium par exemple), L’appel du large ? (et on propose 10 destinations en guide touristique). Partez en vacances avec Modiano (sélection de 10 titres… faisable pour Tournier, Quignard, Millet, Claudel…)

Et c’est là que les choses se corsent. Concrètement, nous serions prêts à payer, même au prix du papier. Nous serions prêts à acheter des trucs chrono-dégradables avec drms et tout le toutim. Nous serions même prêts à installer les contenus sur une platefe-forme spéciale et donner à nos emprunteurs de livrels un code d’accès ultra secret à ne divulguer que sous la torture, … mais bon, où acheter les contenus ?  En fait, il n’y a rien en ligne !!! Nada, peau d’balle, queue d’chi… et qu’on ne vienne pas me dire de faire une sélection de bouquins chez La Découverte, le Cherche midi ou l’Harmattan… d’accord ?

Que la FNAC et les éditeurs ne viennent pas non plus pleurer dans 6 mois que les ventes de livrels et les ebooks ne décollent pas et que le grand méchant Amazon les contraint à passer par lui et son offre verticale ou que les internautes se passent bien d’eux en s’échangeant des contenus piratés. Ils en seront les seuls responsables.

PS : Pour la suite à Angers, on va faire comme d’habitude : Daniel va rebondir et proposer, les autres contre-proposer et affiner, cogiter pour la comm’ et préparer l’évaluation auprès de ces emprunteurs longue durée et on arrivera bien à goupiller un truc, pas comme on l’aurait voulu, mais un truc quand même… et c’est rageant !

19 comments so far

  1. dbourrion on

    Pas totalement d’accord : il y a des trucs, mais rien de simple à utiliser dans le cadre d’une bibliothèque et avec en face des usagers dont certains vont vouloir ceci, d’autres cela : le raccord offre/livrels reste compliqué. Mais tu as raison, on va trouver à faire quand même quelque chose.
    Au pire, on remplira les livrels avec les clichés Flickr-Maison blanche que je t’ai pointé hier, et l’accroche sera : « Passez tout l’été avec Obama… »😉

  2. cbulte on

    L’idée des « packs » est super bonne, j’en aurais bien vu un contenant des mangas ou des audioguides aussi.

    Pour l’Europe, j’ai hélas l’impression que nous allons passer tout de suite à la phase piratage. Comme l’offre payante est inexistante ou inconséquente, les consommateurs d’ebooks sont en train de prendre l’habitude du tout gratuit et une fois que l’habitude est prise… Aux USA, le modèle de prix d’Amazon ou même du Sony Store ont habitué dès le début le lecteur à savoir que le livre électronique a un prix (il semble que le prix psychologique de 9,99 dollars pour une nouveauté soit le prix seuil accepté par tous).

    Chez nous, la fnac.com propose des vieilleries peu excitantes à des prix fous. Par contre cette semaine sur pas mal de réseau de pirates, la question était « que vous voulez-vous comme livres pour cet été? ». Et c’est comme cela que j’ai vu passer en trois jours les Piliers de la terre de Ken Follet, des Pagnols, les premiers tomes du monde des A de Van Vogt et des Vargas…

  3. tacheau on

    @dbourrion : là il s’agissait d’être dans une logique d’offre pure et dure, sans se soucier de ce que souhaitait finement le lecteur mais créer chez lui intérêt et envie. Mais d’accord avec toi, si l’offre existait (et celle qui existe d’ailleurs) elle serait incompatible avec le modèle prêt. Finalement, le système de téléchargement de fichier chrono-dégradables depuis une une plate-forme réservée Angers serait la moins pire des solutions, même inadmissible…

    @cbulte : ce qui est bouffant dans cette histoire, c’est que les titres dont tu parles sont amortis de chez amortis (certes ils génèrent encore des bénéfices pour les autres daubes qui passent au pilon) et pourraient aisément être proposés à des prix raisonnables voire d’appel. De toute façon, si on enlève les coûts d’impression, de diffusion, de distribution et la remise libraire il reste en général à l’éditeur entre 30 à 40% du prix public. Soit pour un bouquin vendu 20 € TTC autour de 8 € nets. Si tu rajoutes une TVA à 19,6% tu obtiens un prix de vente en ligne de 9,5 €. cqfd.

  4. fbon on

    bon, ben en attendant nous on continuera quand même !

    d’accord avec toi sur le fond – ça pourrait changer dans les mois à venir avec DeMarque qui prend en charge le silo Gallimard / La Martinière

    mais pour moi jamais les enjeux n’ont été si clairs : pour la création contemporaine, dont le web est largement le terrain principal, la question éditoriale passe par le numérique et est devenue une question de survie

    la daube consensuelle qu’on trouve dans le moindre hyper-marché, c’est pas pour ça qu’on s’achète du matos

    ce qui n’est pas ce que tu proposes, qui revalide le rôle prescripteur, suggesteur, orienteur, bifurqueur, découvriteur de la bib et de ceux qui l’animent : dans les 10 prix Nobel, on saurait bien insérer quelques poisons

    mais sur le fond on en est là : le principe marchand qui commande en totalité aux politiques numériques des groupes éditoriaux n’est pas adapté à ce rôle qui est le vôtre

    mais là, ce dimanche matin de pluie, me dis qu’il faut aller encore plus loin : aucune envie de « partir avec 90 romans » pour mes vacances, j’en ai 300 sur ma Sony, mais en vacances mon truc c’est de repérer – mac’do de la rocade voisine ou club ulm dans les alpes de hte provence, où est le hotspot wifi : lire écrire, c’est dans le relation réseau que ça commence à s’installer

    que ça fiche la trouille, c’est sûr – là sur ma table j’ai 8 bouquins universitaires de critique ou théorie littérature, tous très bien, voire importants – tous m’ont été envoyés par l’auteur avec petite note « tu nous feras un compte-rendu hein » : 8 notices sur Fabula avec la IV de couv, 0 patate pour quoi que ce soit d’autre, aucun d’eux, y compris sur site éditeur

    alors bien sûr je ferai un post, pour marquer le coup – mais le même genre de lassitude que la tienne : s’ils ne prennent pas au sérieux le vocabulaire élémentaire du numérique, qui n’est pas une caisse de résonance ou de médiation, ni pour l’idéel ni pour le marchand, nous on continue de tailler notre route

  5. dbourrion on

    Totalement d’accord : dans l’économie de l’abondance que devient/qu’est le net, ça : « le rôle prescripteur, suggesteur, orienteur, bifurqueur, découvriteur de la bib et de ceux qui l’animent » c’est notre nouveau rôle à ré-investir, à nous, en bibliothèques (parce qu’acquérir, dans une logique de flux, plus besoin d’être tant à le faire – la bibnum c’est acheter des paquets, du flux – je le dis partout)

    Du coup, l’idée initiale passe de « 90 romans » ou « Tout Proust » à « Passez l’été avec Daniel » ou « Passez l’été avec Olivier » ou de n’importe lequel/laquelle des collègues : le lecteur, nous lui ferions chacun/e notre sélection perso, chargée sur une machine (une machine/une sélection perso/un-e bibliothécaire).
    L’usager choisit alors de partir avec le choix d’une personne, qu’il est seul à emporter… Personnalisation de la sélection, sélection dans le flux : le retour à l’humain dans la machine…

    • cbulte on

      C’est justement ce passage à l’économie de l’abondance qui est le plus difficile à faire comprendre à nos collègues et à faire entrer dans nos pratiques. C’est une lutte de tous les instants.

      Ce rôle de médiateur-prescripteur est important à tout niveau : l’offre gratuite par exemple est incroyablement abondante mais la plupart des nos usagers y sont totalement perdus : quelles (bonnes) éditions choisir?, quel type de fichier pour mon interface? se sont les questions qui reviennent tout le temps. Cela nous permettrait aussi de leur faire éviter certains pièges : pourquoi payer 2 euros un comtesse de Ségur bourré de drms et à la mise en page désastreuse sur Numilog alors que la BEQ le propose gratuitement et dans une belle qualité.

      Je rêve de jukebox-bornes permettant la connexion par câbles ou par wifi, permettant le téléchargement et la conversion automatique des fichiers le plus adaptés aux machines des lecteurs. Système dans lequel on ajouterait des éléments critiques venus des systèmes externes (LT, Zazieweb) ou internes (bibliothécaires et usagers).

      Des méta-données permettraient de mettre en avant les sélections thématiques ou de bibliothécaires dont vous parlez tout en laissant les usagers télécharger ce qu’ils veulent. Fonctionnalité en plus pour les BU, les professeurs permettant le téléchargement en un clic de tous les documents liés à un cours (lectures obligatoires, syllabi, notes, sélection d’articles). En gros le mariage d’un SIGB et de Calibre.

      Petit désaccord avec Fbon sur « la daube consensuelle qu’on trouve dans le moindre hyper-marché »: je pense que nous avons tous des daubes qui sont chères à nos coeurs pour des raisons parfois mystérieuses et que le côté affectif du livrel (« j’ai ma bibliothèque avec moi en permanence… »), fais que les gens ont envie de les avoir aussi, en plus de la découverte d’oeuvres nouvelles. Les premières questions qui viennent quand on montre les machines aux étudiants ce sont : Tolkien, Lovecraft, Herbert, Simenon, Follet, Christie ou Toriyama sont-ils trouvables ? Sans ces produits d’appel, il sera difficile de vendre la lecture électronique et de faire découvrir d’autres auteurs.

    • xavier@immateriel.fr on

      @dbourrion oui, c’est vers ça qu’on tend, je n’ai plus de doute là-dessus non plus : utiliser les choix de ceux à qui on fait confiance plutôt que ceux du plus grand nombre.

      Mais justement, les « 90 romans », ça voudrait dire « le choix assumé de la bibliothèque d’Angers en fonction de l’offre disponible du moment ». Et vous, ayant pour objectif que vos usagers vous fassent confiance.

      Louer pour un mois la sélection assumée du libraire que j’aime bien, ça marcherait aussi. Et pas si difficile à faire quand les fichiers sont rendus accessibles par les éditeurs.

  6. fbon on

    bon sang, « passer l’été avec @db » ça fiche la frousse non ?

  7. NaCl2 on

    C’est ça qui est bon avec le marketing viral.
    Pour info, c’est un de mes dadas depuis que j’ai vu le premier livrel : ne pas encombrer les valises de livres avant l’été.
    Comme quoi, une idée lancée au détour d’un coin de bureau voilà plus d’un an (bon, moi c’était plutôt sur le thème, relire tout Dickens, on ne se refait pas), assaisonnée d’une visite à Val d’Europe avec leur très bonne idée « matérielle » de prêt de sacoches avec une sélection de livres d’été, puis une convergence de questions sur quoi mettre dans ces bidules là, pour qui, quand, fait que ça va même devenir un de ces micro-projets de service sur le terrain.
    Ah, le travail d’équipe à la BU d’Angers, le patient semis, l’hybridation d’idées, la sélection naturelle à l’oeuvre ensuite pour voir ce qui survivra à l’usage…

    • dbourrion on

      donc ce n’est pas du marketing viral, c’est juste du jardinage (où sont mes bottes d’ailleurs ???)🙂

  8. fbon on

    @cbulte aucun des auteurs cités (Tolkien Simenon… etc) je ne les classais dans la « daube » ! eh quand même! qu’est-ce que je donnerais (y compris phynancièrement) pour un Simenon numérique… pas confondre littérature industrielle et littérature populaire

    • cbulte on

      Je ne les classe pas non plus du tout dans la catégorie littérature industrielle à la Sainte-Beuve, au contraire la plupart des titres cités sont très chers à mon coeur. J’avais mal compris votre phrase sur les daubes en pensant que vous opposiez création contemporaine et livres plus grand public et je voulais insister sur l’importance de ces derniers pour pouvoir « vendre » la lecture électronique à nos usagers. Désolé donc.

      Pour les Simenon, je suis dans le même manque que vous. Comme l’offre légale n’existe pas et que les 27 volumes de tout Simenon sont difficilement numérisables à cause de leur papier trop fin, j’ai été racheter dans une bouquinerie les poches de mes romans préférés, j’ai découpé la reliure et les ai fait passer dans un scanner à bac + ocr. Suis en plein travail de correction. Comme cela j’aurai au moins, pour mon usage propre, les titres que je veux avoir avec moi en permanence. Mais quelle perte de temps et d’énergie, il faut vraiment que je sois intoxiqué.

  9. tacheau on

    @tous: pas le temps répondre à tous mais très nourrissant. Avais promis pas de web ce dimanche…en cachette…à l’amende !

    Juste une inquiétude : faire vite émerger le temps et les compétences, et pas seulement techniques mais aussi rédactionnelles et relationnelles, chez les bibliothécaires(-prescripteurs), ce que nous faisons à Angers en dégageant de nouveaux profils. Solide espoir.

    Juste une frustration : « le choix assumé de la BU d’Angers en fonction de l’offre disponible ». 200% d’accord mais pas d’offre plurielle pour construire ce choix d’où impossibilité d’être libres dans nos propositions. Peut-être jamais ?

  10. guillaume on

    Si ça vous intéresse je peux vous faire une proposition pour ce pack spécial plage, je suis sûr qu’on peut trouver de quoi faire dans les nouveautés récentes.
    @cbulte: je confirme, la contesse de ségur à 2€ sur numilog ça n’est pas le bestseller du siècle, ça marche même moins bien que les nothomb, grangé , chattam, schmidt, van cauwelaert à 10€…

    • tacheau on

      @guillaume: chiche ! Mais attention, tout est public sur ce blog même les offres commerciales dumpées qui pourraient faire jurisprudence, non je blague ! Ce qui m’inquiète dans votre proposition c’est le « on peut trouver de quoi faire dans les nouveautés récentes »… euh, ben non, en fait je ne vois pas quoi faire avec JC Lattès, Albin Michel, Grasset… ah oui, l’intégrale d’Alain Minc ou de BHL ! Tout cela, ne me paraît pas sérieux, même avec la meilleure volonté du monde. Je comprends que vous n’êtes pas responsable du fait que certains éditeurs qui m’intéresseraient : Gallimard, P.O.L, Stock, Le Seuil, L’Olivier, Minuit, Losfeld, Hamy, Phébus, Actes Sud… sont frileux et ne font rien. Mais on ne peut pas faire comme si cela n’était pas le cas.

    • cbulte on

      D’accord avec Olivier sur le manque criant en offre pouvant plaire au grand public car c’est sur cette offre là que tout se joue pour la lecture électronique, autrement elle va rester (du moins dans le monde francophone) une lubie de geeks et de professionnels.

      @Guillaume Je confirme que nous trouvons choquant de payer deux euros pour un Ségur mal mis en page et bourré de fautes. Peu nous importe de payer mais pas pour n’importe quoi (publie-net fait à petite échelle de la réédition payante de classiques gratuits mais là le travail éditorial vaut largement la dépense).

      10 euros pour les auteurs que vous citez? Après une rapide recherche dans l’interface grand public de Numilog, les moins chers sont Stupeur et tremblement à 12,2E et la Maison des lumières à 13,5, les autres entre 17 et 19,5 euros. Problèmes supplémentaires, beaucoup des titres en question sont sortis en poche + les drms. Comment réussir à vendre le livre électronique au public dans ces conditions? Même les convaincus comme moi ont des doutes en voyant cette politique, alors le sceptiques…

      • cbulte on

        Addenda : vous avez raison pour les schmitt, certains titres sont à moins de 10 euros, comme mal orthographié pas trouvé du premier coups.

  11. guillaume on

    cbulte: pour la prochaine fois, si vous êtes déçu par la qualité d’un livre diffusé par Numilog, écrivez-nous avant de dénoncer publiquement, nous ferons remonter votre plainte à l’éditeur, ce sera plus constructif pour tout le monde.

  12. lavachequilit on

    idée similaire : préparer des pack « été » sur SD cart et les proposer aux lecteur, enpiochant dans tous els islos, aussi bien domaine public que sous droits =
    – Numilog : titres récents
    – publie.net : 15 textes au hasard
    – domaine public : tout Arsène Lupin ( on n’est pas une B.U.), V Hugo total, La Princesse de Clèves pour els curieux etc…
    ou bien, si éditeurs courageux), rentrée littéraire, en lien avec équipe Littérature.
    mais toujours lien fort entre bibliothèque et lecteurs, les machines hein …


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