Biblio schizo…

schizoJ’avoue avoir été peu assertif lors d’une récente et sempiternelle discussion nombrilo-corporatiste : « …pouah les ITRF », « …et nous les directeurs », « …beurk les enseignants-chercheurs », « …raaahhh, la LRU » que du classique en somme, sauf qu’à un moment je suis sorti de mes gonds sur la question de l’accueil en détachement de nos « amis » enseignants du secondaire (et plus si affinité), car justement là, ça ne gênait plus personne d’ouvrir en grand les portes sous prétexte de ne pas laisser vacants les postes de bibliothécaires (faut pas charrier non plus, c’est pas les postes de conservateurs qu’on solde comme ça… ) et d’intégrer des personnels sans formation ni compétences particulières  (ah ben si, ils étaient enseignants donc ils pourront s’occuper de la formation de nos usagers…). Réprenons la boucle :

1) Un dispositif est créé pour que les enseignants puissent avoir une seconde carrière. Il semble assez directif puisqu’il déclare que tout cela se fait nonobstant les règles internes des administrations d’accueil…

2) Vagabondages en parle très bien ici

3) Le Ministre m’écrit (pas à moi personnellement…) dans la circulaire de gestion du 2 février 2009 pour m’expliquer comment tout cela fonctionne. Il est d’ailleurs très clair sur la question, tout en me rappelant l’intérêt du dispositif et le lien consubstantiel entre enseignement et documentation… : je [directeur de BU] dois transmettre par écrit un avis motivé sur les candidatures

4) La CAPN prononce un nombre important de détachements sur des postes de bibliothécaires à partir des avis remontés des établissements

5) Les syndicats rappellent légitimement aux CAPN les risques et les contradictions du détachement en grand nombre.

Je m’interroge donc sur la cohérence de nos positions et de notre corporatisme à géométrie variable puisqu’il est clair que l’avis du directeur est prévalent dans cette histoire. Que nos postes soient vacants est une chose. On gagnerait d’ailleurs parfois à s’interroger pourquoi…  Qu’on y mette absolument quelqu’un qui demandera son intégration dans quelques années par confort pour notre organisation en est une autre ! Ah oui, j’oubliais, ça embête aussi tout le monde que les bibliothécaires partent en formation alors qu’ils sont affectés dans nos établissements. Je pense au contraire que c’est une très bonne chose qui permet de construire avec eux leur profil, de l’affiner et de se concentrer sur les compétences utiles, connues en amont, et par là même d’impliquer le nouveau collègue pour qu’il ne souhaite pas repartir tout de suite. En somme, du temps bien perdu pour en gagner ensuite…

Le métier de bibliothécaire est un vrai métier qui s’apprend à l’université (si, si, regardez bien les diplômes…) et à l’ENSSIB, après concours. Les arguments pour justifier toutes les réserves sur l’accueil de collègues non polyvalents, non formés, et qui ne le seront jamais, sont assez simples, d’autant qu’après 15 ans d’ancienneté minimum, peu d’entre eux ne se verront très vite bloqués au dernier échelon de bibliothécaire… que fait-on après ?

Ill. : Hildur Kolbrun

4 comments so far

  1. cdy on

    bonjour, je trouve ça génial la reconversion professionnelle. Un mot plus juste que « génial »: vital. en effet, s’il n’y a pas d’épanouissement dans l’activité, alors il y a risque d’amertume et de déprime.

    qu’est ce qui se passe quand un prof ne s’épanouit plus dans son job? si on ne lui donne pas la possibilité de faire autre chose, il reste à persévérer dans son métier, jusqu’à finir par le haïr, et se haïr lui-même. c triste.

    alors oui, les inconvénients de cette reconversion sont ce qu’ils sont mais la possibilité de vivre autre chose ne peut qu’améliorer les individus et de ce fait, la société en général.
    je suis pour l’autodidactisme, sans non plus tomber dans le « n’importe quoi », mais je pense que quand on a envie de faire quelque chose, on peut y arriver avec 2 conditions:

    1. Se donner l’envie et les moyens de réussir, malgré les obstables.
    2. donner les moyens de réussir, et c’est tout l’objectif de votre article. car ce n’est pas parce qu’on n’a pas de diplome ni de formation à l’ENSSIB qu’on n’a pas une conception sérieuse du travail de bibliothécaire.
    d’ailleurs ça marche aussi dans l’autre sens:
    ce n’est pas parce qu’on a un super diplôme, une super formation, une super promo avec des supers formateurs qu’on fait un bon bibliothécaire. mais ça c une autre histoire!

    • tacheau on

      @cdy : mon billet porte plus sur la forme que sur le fond. Que des collègues enseignants veuillent se reconvertir, très bien. Que les bibliothèques soient une voie possible pour eux, parfait. Que l’envie, le désir, le dynamisme et l’autodidactie soient au rendez-vous, excellent. Sauf que, bibliothécaire c’est un métier, comme enseignant ! Ni une vocation, ni une inclination, ni une attitude, ni une représentation, ni une conception… juste un métier et il ne viendrait à personne l’idée de vouloir devenir prof de gym ou d’arts plastiques seulement parce qu’on aime et pratique le sport ou les arts ? Dans l’affaire, votre propos est très juste mais montre aussi que la reconversion s’apparente plus souvent à une fuite salutaire, que je comprends et respecte par ailleurs, qu’à un choix raisonné et conscient des implications, les représentations personnelles et faussées prenant toujours le dessus. A la limite, je trouve même cette position du « quand on veut on peut » assez méprisante à l’égard des bibliothécaires… et finalement symétrique du regard que peuvent porter les enseignants sur leur collègues documentalistes (moi aussi je pourrais le faire…). Pour finir sur le diplôme et la formation, je pense quand même qu’on a rien fait de mieux depuis des siècles pour créer de la compétence. Certes, insuffisante mais nécessaire et indispensable quoi qu’en dise les coquets qui voudraient vous faire croire que l’ENSSIB ne leur a servi à rien et que leur « noble » formation généraliste avec un peu de bon sens suffisait bien. Ils se trompent, car c’est aussi et surtout parce qu’on a un super diplôme, une super formation et des super formateurs qu’on est un super bibliothécaire. Si l’ENSSIB a du mal à aligner les « super », il n’en reste pas moins que c’est le seul moyen de faire des bibliothécaires, simplement…

  2. Jean Bernon on

    Je souscris complètement à ce post. Dans un courrier au Directeur de l’enseignement supérieur, le Président de l’ADBU a utilisé une image (usage assez rare dans le code d’une telle missive) dont la simplicité me semble de bon aloi et que je déforme sans doute un peu : il ne suffit pas d’aimer le pain pour être boulanger. Ceci dit l’enseignant lassé par l’enseignement peut tout à fait passer un CAP de boulanger et demander ensuite à un artisan de le prendre comme apprenti avant de pouvoir s’élancer de ses propres ailes vers une nouvelle vie.

    Pour aller plus loin et se montrer un peu sérieux, être bibliothécaire aujourd’hui comme hier est certainement un vrai métier, mais aujourd’hui à la différence d’hier nous avons des difficultés à définir avec précision le contenu de ce métier. Il y a eu un travail sur le référentiel du métier il y a quelques années, mais ce travail avait surtout un objectif administratif. Nous aurions besoin aujourd’hui d’explorer en détail les pratiques professionnelles réelles, de dégager ce qui marche bien et ce qui semble inadapté aux enjeux, pour aboutir à une synthèse de l’ensemble des compétences précises à développer. Ensuite soit nos organismes de formation peuvent répondre à tous les besoins, soit il faut apprendre à aller chercher d’autres lieux de formation (les deux sont sans doute nécessaires).

    Ce travail est fait trop empiriquement aujourd’hui. Les blogs professionnels touchent à cette question, mais n’apportent-ils pas en général des réponses trop dispersées ? Si je continue, je vais finir par proposer une commission ministérielle. La facilité guette. Je m’arrête donc, mais je crois vraiment qu’il y a quelque chose à faire de ce côté.

    PS – Une collègue m’a proposé de faire une cartographie des compétences du SCD

    • tacheau on

      @ Jean Bernon : d’accord pour se mettre autour d’une table avec des sages comme toi (pas plus de 4, hein…) et de faire ensuite travailler mon think tank là-dessus😉 Mais je pense qu’il ne faut pas partir des pratiques réelles car beaucoup de choses que nous devrions faire n’existent pas ! Et les choses que nous faisons mal sont rarement perçues. Partons plutôt des compétences théoriques et pratiques rapportées aux enjeux et missions à venir pour la doc des 20 prochaines années.


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