Culture et université

ipestree Le 11 juin dernier, Valérie Pécresse installait à Avignon une commission pour réfléchir sur les liens entre culture et université. Qui s’en plaindrait ? Pas ceux en tout cas qui comme nous écrivent, militent et agissent depuis plusieurs années pour cette cause au sein de leur établissement. Sauf que voilà, j’ai comme une légère appréhension (mon côté inquiet sans doute…), vous savez, un peu comme quand vous venez de gagner à la loterie mais que vous vous demandez où vous avez bien pu mettre votre billet…

Les attendus du projet me semblent un peu étranges, dans leur formulation notamment, car les propos de la ministre laissent accroire que les universités seraient aujourd’hui un désert culturel : « La commission doit travailler à savoir comment on va faire venir la culture dans l’enceinte de l’Université. Moi j’attends les théâtres, les cinémas, les lieux de culture et j’attends surtout que les troupes viennent devant les étudiants sur les campus ». Les politiques culturelles déjà en place et la floraison de galeries d’exposition, de salles de concerts, de maisons des étudiants pour les pratiques,… démentent cette vision. L’enjeu serait à mon sens plus de reconnaître et de s’appuyer sur les initiatives existantes pour réfléchir à une fédération des énergies plutôt que d’en nier la réalité.

Mon autre interrogation porte ensuite sur l’approche économique voire consumériste qui paraît sous-tendre la démarche, en témoigne la composition de la commission comportant pas mal (un peu trop, non ?) d’individualités issues des industries culturelles (cinéma, télévision, industrie du luxe, édition, médias…). L’université serait-elle plus le lieu de la diffusion et de la « consommation » culturelles que celui de la construction des acteurs par la participation et la pratique ? L’enjeu n’est pas tant, selon moi, de faire aller les étudiants au théâtre, au musée, au cinéma,… sauf à vouloir renforcer un peu plus les effets de classes en augmentant l’offre sans réfléchir à sa réception  (on ne prête qu’aux « riches »…), que de réduire la distance culturelle de la majorité des étudiants en leur faisant appréhender et expérimenter concrètement la culture.

Pour ce faire, bien plus qu’une politique de prestige, d’affichage, d’attractivité ou de notoriété, il convient de mettre en place des politiques modestes, oserais-je dire, continues et exigentes d’intermédiation et d’association des étudiants aux projets culturels dans le cadre d’unité d’enseignement libre (UEL) par exemple ou de projets collectifs encadrés par des professionnels (créateurs, auteurs, concepteurs,…). L’université est là pour produire des acteurs culturels, voire les créateurs de demain et non pour élargir les consommateurs d’aujourd’hui.

Gageons que le président Ethis, fort légitime sur la question, saura consulter les bonnes personnes, notamment ceux qui ont déjà beaucoup oeuvré autour de A+U+C.

Illustration : Gabrielle d’Estrées et l’une de ses sœurs. Ecole de Fontainebleau, 1595. Musée du Louvre

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2 comments so far

  1. Manuel on

    Voilà, le rapport est publié (bientôt disponible en ligne j’imagine) et peut-être que cela aura contribué a levé une partie de vos appréhensions.

    Pour répondre rapidement aux éléments qui ont contribué à alimenter votre doute : la commission n’est jamais partie du préalable que les universités sont des déserts culturels. Ce qui nous a particulièrement travaillé c’est la nécessité de rendre visible ces pratiques, ces initiatives et d’en faire pour chaque établissements les manifestations tangibles d’une politique pensée et assumée.

    Une brève note sur notre blog revient sur mon expérience au sein de cette commission : http://www.mille-watts.com/comcampus/2010/10/retour-sur-la-commission-culture-et-universite/

    Je serai ravi de poursuivre la discussion à ce sujet. 🙂

    • tacheau on

      @Manuel : nulle appréhension de ma part, juste un profond scepticisme sur l’opportunité, l’utilité et la légitimité de ce genre de commission. Pour avoir vu comment le terrain a été questionné et analysé du côté des BU par un questionnaire trop long plutôt mal goupillé et qui plus est envoyé à la liste de l’ADBU qui ne représente ni officiellement, ni exhaustivement les directeurs de BU, mon doute subsiste. En attendant de lire le rapport EN LIGNE (on peut rêver…), je reste aussi circonspect sur cette préoccupation première de vouloir rendre visibles les pratiques des établissements. Wait and see…


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