Ebook émissaire…

Suite à la lecture de l’article Le livre dans le tourbillon numérique du Monde diplo de septembre 2009 je me contenterai ici de poser quelques questions débiles (c’est normal, je me suis mis à Twitter cet été…) qui peuvent néanmoins amener des réponses utiles et fondées :

1. Peut-on faire un lien direct entre la crise de la librairie actuelle et la numérisation des contenus à venir ? Dire que les libraires sont touchés de plein fouet (par quoi on aimerait savoir…) et voués à disparaître à cause d’un phénomène à peine engagé est-il bien raisonnable ?

2. En quoi le fait de numériser des livres rares et précieux des principales bibliothèques mondiales soit, pour faire vite tous les savoirs du monde, concurrence-t-il leur non vente et non disponibilité à ce jour dans les circuits de distribution ?

3. Qui sera intéressé par ces richesses en ligne ? Le commun des mortels ? L’internaute technophile ? Le spécialiste initié ? Dans ce dernier cas, pourquoi le spécialiste initié s’opposerait-t-il à leur divulgation et la facilitation de leur accès à tous ?

4. Dans l’hypothèse probable où tous les livres, libre de droit ou non, se trouveraient un jour disponibles sous forme numérique, en quoi leur lecture serait-elle moins productive de sens critique que celle d’un livre papier.

5. Dans l’hypothèse ou le tout numérique ferait totalement disparaître la forme livre, papier et électronique, la non-irruption du numérique garantirait-elle l’existence de « vrais » livres édités et « vraiment » lus sous forme papier ?

6. Le numérique n’autorise-t-il pas justement de nouvelles formes éditoriales et critiques, que ne permet l’édition classique faute de rentabilité ?

7. En quoi la fonction d’éditeur, réduite à sa plus simple expression (lecture, sélection, travail avec auteur, mise en ligne) disparaît-elle avec le numérique ? En d’autres termes, la disparition d’un statut social produit-elle la disparition de la fonction sociale liée à ce statut ?

8. Le numérique est-il la cause de la l’individualisation sociale ou une conséquence qui accélère le processus ? Dans ce cas, quelles sont les causes profondes de la destruction du collectif ?

Et il y en aurait beaucoup d’autres…

6 comments so far

  1. Olivier Ertzscheid on

    qques réponses rapides et également non-exhaustives (loin s’en faut …)
    1. Peut-on faire un lien direct entre la crise de la librairie actuelle et la numérisation des contenus à venir ?

    Oui et non. Non parce que c’est toute l’industrie de l’infotainment qui fragilise la librairie (depuis déjà pas mal d’années). Oui parce que dans le cadre de cette industrie, les biens culturels, et tout particulièrement le livre, sont aux premières loges et sont également celles dans lesquelles il est très difficile de « s’ajuster » étant donné la structuration du marché et des marges effectuées (même si l’on pourrait redistribuer davantage aux auteurs, mais cela ne solutionnerait pas le problème de la librairie).

    1bis. Dire que les libraires sont touchés de plein fouet (par quoi on aimerait savoir…) et voués à disparaître à cause d’un phénomène à peine engagé est-il bien raisonnable ?

    Non. Ce n’est pas raisonnable. Il me semble en revanche très raisonnable d’affirmer que si les libraires ne réorientent pas radicalement leur offre, leur mode de distribution et peut-être même leur coeur de métier, ils disparaîtront. Et pas seulement à cause de la numérisation engagée sur les contenus culturels.

    2. En quoi le fait de numériser des livres rares et précieux des principales bibliothèques mondiales soit, pour faire vite tous les savoirs du monde, concurrence-t-il leur non vente et non disponibilité à ce jour dans les circuits de distribution ?

    Tu parles ici des « petits libraires ». Une solution aurait pu être trouvée si le SLF avait – en temps voulu – saisi au bond la balle permettant de créer un portail de la librairie en profitant de l’effet locomotive des quelques « gros indépendants » (sauramps, mollat, ombres blanches).

    3. Qui sera intéressé par ces richesses en ligne ? Le commun des mortels ? L’internaute technophile ? Le spécialiste initié ? Dans ce dernier cas, pourquoi le spécialiste initié s’opposerait-t-il à leur divulgation et la facilitation de leur accès à tous ?

    Tout le monde est intéressé. La spécificité même de la distribution façon « longue traîne » est que sa capacité d’attraction-diffusion est démultipliée et si j’ose dire, fractale : elle est aussi bien capable de s’adresser (ou de créer) des marchés de niche, que de venir combler des lacunes dans la « grande » distribution. La clé reste évidemment celle de la prescription. Mais là encore les industries de la recommandation ont pour l’instant partie gagnée.
    Par ailleurs, le spécialiste-initié n’a aucune raison de s’opposer à leur divulgation et à la facilitation de leur accès. Il peut en revanche attirer l’attention sur le fait – regrettable – que le principe de « diversité choisie » risque de s’effacer au profit d’une maximisation des profits d’une « diversité marketée ».

    4. Dans l’hypothèse probable où tous les livres, libre de droit ou non, se trouveraient un jour disponibles sous forme numérique, en quoi leur lecture serait-elle moins productive de sens critique que celle d’un livre papier.

    Elle ne le sera en rien. De ce côté là, tout baigne. C’est du côté de l’offre et des contenus que résident l’ensemble des problèmes. Plus précisément du côté de la partie émergée de cette offre. Mais effectivement, côté lecture, je ne voie aucun danger se profiler.

    5. Dans l’hypothèse ou le tout numérique ferait totalement disparaître la forme livre, papier et électronique, la non-irruption du numérique garantirait-elle l’existence de “vrais” livres édités et “vraiment” lus sous forme papier ?

    Non. Il a bien fallu passer du volumen au codex. Il a pour cela fallu que les technologies soient prêtes, tout autant que les usages et que l’état des connaissances le nécessite. Nous sommes juste en train de passer un autre « moment » de passage dans lequel le livre, dans sa forme autant de dans son circuit de distribution-consommation, ne peut être demain ce qu’il est aujourd’hui.

    6. Le numérique n’autorise-t-il pas justement de nouvelles formes éditoriales et critiques, que ne permet l’édition classique faute de rentabilité ?

    Si. A condition de trouver un modèle économique viable (y compris celui de la gratuité financée par la pub). Ou à condition de pouvoir se passer momentanément d’un modèle économique (ce qui nous ramène au problème des petites librairies et de la diversité de l’offre). Cercle vicieux pour l’instant insécable (à mon avis).

    7. En quoi la fonction d’éditeur, réduite à sa plus simple expression (lecture, sélection, travail avec auteur, mise en ligne) disparaît-elle avec le numérique ? En d’autres termes, la disparition d’un statut social produit-elle la disparition de la fonction sociale liée à ce statut ?

    Je ne crois pas que la fonction d’éditeur soit menacée. De toutes les fonctions de l’anc(t?)ienne chaîne du livre, c’est même celle que je voie promise au plus bel avenir. Il reste tellement à inventer du côté de la scénarisation des textes et des possibilités de la typographie/topographie hypertextuelle …

    8. Le numérique est-il la cause de la l’individualisation sociale ou une conséquence qui accélère le processus ? Dans ce cas, quelles sont les causes profondes de la destruction du collectif ?

    Bonne question. Mais qui mériterait à mon avis d’être précisée, le « collectif » cède la place à des communautés dans lesquelles la notion même de « collectif » n’a pas le même sens.

    • tacheau on

      Sur le principe de “diversité choisie” qui risque de s’effacer au profit d’une maximisation des profits d’une “diversité marketée”.

      Pour hier et aujourd’hui : la diversité « tout court » qui existe dans les bibliothèques subsiste et le libre choix demeure pour les individus qui souhaite contourner cette diversité markettée (longue traine numérisée choisie) de continuer à les consulter physiquement (d’où importance éducation au web et à son fonctionnement)

      Pour demain : si Google a le monopole du tuyau et du flux, il ne faut pas combattre Google en numérisant comme lui des contenus mais plutôt en créant des outils d’indexation et de recherche capables de concurrencer/compléter/contourner sa logique de sélection/orientation vers sa seule offre markettée pour rendre visible les offres alternatives : physique (si elles existent encore) et numérique. C’est bien la maîtrise de la cartographie des contenus et non les contenus eux-mêmes qui posent pb.

  2. Caroline on

    Une partie de la réponse se situe aussi peut être dans la capacité d’innovation du monde de l’édition. Et j’entends innovation au sens très large, pas juste techno. Pour l’instant c’est elle qui mène la danse : e-books, numérisation etc … Il faut maintenant continuer d’inventer la manière de mettre tout cela en résonance avec le monde. Tu parles de « contourner » Google et sa stratégie intense de numérisation de contenu, et je pense que c’est la bonne voie. Il n’y a qu’une stratégie de mouvement qui puisse lutter contre une telle puissance de feu technique.
    Et pour l’instant, on est encore dans des schémas traditionnels, juste transposés d’un support à un autre (même s’il y a des choses qui se passent, mais globalement, je vois que même mes enfants utilisent le support numérique comme le support papier, il n’y a pas de rupture là dedans).

  3. tacheau on

    Tu as raison, je pense que les strates ne se recouvrent pas mais coexistent de manière horizontale. Il faut inventer du nouveau en conservant le vieux, ce que l’homme fait depuis des millénaires. Le plus grave n’est pas que le livre disparaisse mais que son contenu, soit la forme écrite continue, perde, quelle que soit son support, ses fonctions dans la société (politique, éducative, ludique…). Et là, on peut aussi chercher les responsabilités. A l’instar des majors de la musique qui ont tué la poule aux oeufs d’or en uniformisant l’offre et en survalorisant la merde en boîte, les éditeurs pourraient avoir tout autant de responsabilité que Google au-travers de leur offre toujours plus commerciale et concentrée… et en ne cherchant pas de nouveaux formats, concepts et marchés.

  4. marie H on

    “(…) des majors de la musique qui ont tué la poule aux oeufs d’or en uniformisant l’offre et en survalorisant la merde en boîte, ”
    Il me semble que les majors ont peut-être scié la branche sur laquelle ils étaient assis plutôt en tuant leur distribution :
    – en refusant une loi Lang bis pour le disque,
    – en croyant que la grande distribution allait « respecter » ce produit en comparaison avec l’alimentaire,
    – en laissant tomber les réseaux de disquaire,
    – en utilisant les changements de supports comme moteurs de croissance : on nous a revendu en CD les compils de nos 33 tours,
    – en raisonnant marketing puisqu’ils pensaient que le prochain support (SACD ou autre) allaient leur permettre de nous faire le même coup.
    – en n’étant pas fichus de faire une offre légale en ligne des milliers d’heures enregistrées non publiées,
    ….et aussi avec une offre de plus en plus homogène.
    Nous avons appris à chercher la musique qui nous plaît en ligne ou en concert.
    J’espère que l’édition ne tombera (ou ne tombe) pas dans les mêmes pièges.

  5. Caroline on

    Et tu en penses quoi, de ça : http://www.zazieweb.fr/ ?


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