Délit d’opinion ?

Un rapide éclairage sur deux points qui font débat dans mon récent article paru dans le BBF, texte dont la subjectivité et le caractère un peu provocateur n’auront échappé à personne, on ne se refait pas, mais telle était la commande :

Les bibliothécaires-vestales : j’en conviens, le terme est un peu problématique, non qu’il dépasse ma pensée mais qu’il en trahirait le fond en l’orientant vers un genre particulier de bibliothécaire, les femmes donc. Loin de moi l’idée d’associer les réflexes protectionnistes des bibliothécaires aux seules bibliothécaires-femmes, mais comme ces dernières forment une majorité de notre profession, forcément… donc si certaines ont été choquées, je le regrette et m’en excuse. Mais revenons sur le fond : pourquoi assimiler les bibliothécaires à de véritables gardiens du temple ? Parce que nous avons du mal, tant sur le plan symbolique que pratique, à accepter la dépréciation de nos valeurs, de nos institutions et de nos collections, ou tout du moins leur « mélange » avec l’extérieur et la nécessité de nous repenser et agir dans un grand tout informationnel, sans pour autant vendre notre âme au diable. Le livre, le savoir, le silence au centre de tout ? D’accord, mais avec le risque de nous au centre de rien.

Le dolorisme professionnel : là je revendique totalement, avec une tendance forte et constante à l’auto-flagellation : les profs nous méprisent, les CA ne veulent plus des directeurs, la LRU nous dépouille, les PRES nous fragilisent, le Ministère nous abandonne, l’ENSSIB fait n’importe quoi, l’AERES nous ignore, le gouvernement nous divise entre gros et petits… et le contenu du dernier BBF ne dément pas cela. Bref, comme disait JP2 « Nayez pas peur »… mais continuez quand même à croire en l’Enfer ! Où sont les forums d’idées et de débat dans notre profession ? Les endroits où l’on créé et partage de l’innovation ? Les organes qui créent de la doctrine et redéfinissent nos missions positives ? C’est un peu ce manque d’affichage volontariste et prospectif que mon article éclaire.

Qu’on le veuille ou non, et c’était le sens de mon texte, nous n’avons jamais eu autant de moyens et de mètres carrés à notre disposition. En demander plus ? Pourquoi pas. Mais n’oublions que la bibliothèque-lieu est notre trésor de guerre qu’il faut faire fructifier pour (continuer à) exister car le documentaire in-situ et la documentation en ligne ne suffiront pas.

5 comments so far

  1. antmeyl on

    Sur le « dolorisme professionnel », je suis ravi de l’éclairage que vous faites sur cette expression.
    Dans le sens où vous la décrivez, je ne puis que vous féliciter et abonder dans votre sens.

    Oui, « la bibliothèque-lieu est notre trésor de guerre qu’il faut faire fructifier pour (continuer à) exister car le documentaire in-situ et la documentation en ligne ne suffiront pas. »

    L’affichage volontariste et prospectif, s’il existe quelque part (si quelqu’un sait où, merci de faire passer l’info) est noyé sous un discours ambiant « on va tous mourrir! » qui est insupportable.

    Les SCD doivent désormais se battre pour exister dans les universités autonomes ;
    Le statut des bibliothécaires, comme celui de tous les fonctionnaires est clairement menacé à moyen terme;
    La bibliothèque financée par la collectivité n’a plus lieu d’être dans la tête de certains décideurs puisqu’il y a Google ;
    etc.

    Et alors?

    Il est temps pour nous d’être plus que jamais actifs, réactifs, volontaires et … courageux.

  2. NaCl2 on

    Nous ne sommes pas les seuls à réfléchir sur la vestale : en américain dans le texte, ça donne :
    From Gatekeepers to Gate-Openers: Our future lies in designing meaningful library user experiences
    American Libraries (Volume 40, Issue 8/9, August/September 2009)
    et ceux que le style OT défrise, peuvent voir une réflexion du même ordre :

    «  »Do you want to be a gatekeeper or a gate opener? Library workers have long held the position of gatekeeper, historically determining what books, media, and other materials to acquire, and then creating the structures that allow our community members to access them. In more recent times we design websites that allow those same users to choose from an array of resources and services, but as gatekeepers we decide the what, where and how of presentation. How well or poorly we accomplish the gatekeeping task determines end users’ success or failure in achieving their learning or research outcomes. »

    Click Here for Full Article

    http://site.ebrary.com/lib/ala/docDetail.action?docID=10329010&page=52

  3. NaCl2 on

    On aurait donc pu faire du sexisme autrement en remplaçant « Vestales » par « Matons »…

  4. christophe journet on

    The times they are a’changing chantait Dylan, en fait c’est loupe, pure illusion!
    Vestaux et vestales, peu importe puisque desacralisation il y a eu🙂 Le dit temple de la culture souffre avant tout d’un manque total d’interet de la part des prescripteurs, politiques, certains profs aussi, certes, mais non, tout le monde ne s’en fout pas puisqu’il reste encore les usagers etudiants, qui ont besoin de l’outil et des competences de ceux qui le font vivre, au moins durant le temps de leurs etudes.
    Ouvrez la cage aux oiseaux, disait l’autre, laissez entrer les auteurs vivants, les poetes avant qu’ils meurent eux aussi dans l’indifference la plus complete et certaines choses peuvent encore changer la aussi!

  5. ojiv on

    L’ Observatoire Juridique de la Vie Politique -OJIV-
    vous invite à une
    CONFÉRENCE-DÉBAT SUR LE DÉLIT D’OPINION
    Jeudi 17 décembre 2009
    ***
    La liberté d’opinion et son corollaire, la liberté d’expression, paraissaient encore il y a
    peu caractériser les sociétés « démocratiques ». A l’heure où le droit pénal semble acquérir
    pour vocation l’incrimination des intentions – lois antiterroristes, proposition de loi
    incriminant la participation à un groupement de personnes, multiplication des poursuites
    judiciaires à l’encontre des journalistes, éditeurs et artistes – quels sont les véritables
    contours du délit d’opinion ?
    La discussion animée par Karine Parrot (professeur de droit à l’Université de
    Valenciennes) s’ouvrira sur les interventions d’Eric Desmons (professeur de droit à
    l’Université Paris XIII) et de Carlo Santulli (Président de l’OJIV, professeur de droit à
    l’Université Panthéon-Assas).
    Personnalités choisies notamment pour leur indépendance d’esprit, Hamé (membre
    du groupe « La Rumeur ») et Daniel Mermet (journaliste à France-Inter), apporteront
    ensuite leur éclairage sur les questions soulevées, suivi du débat avec la salle.
    ***
    La conférence-débat aura lieu Jeudi 17 décembre 2009 à 18H30
    à la Faculté de Droit, 12, place du Panthéon, Paris 5ème, salle IV (premier étage)
    Inscription : contact@ojiv.org


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