Territoire pensé, territoire pensable…

Un agenda chargé m’ayant privé d’ADBGV le 8 juin dernier, voici quelques idées qui devaient sous-tendre mon propos, bien au-delà des territoires habituels : physiques (périmètres institutionnels, voisinage, cousinage…) et virtuels (dissémination vs concentration, réseaux sociaux, services en ligne…) sans parler des territoires hybrides où chacun fait un peu son beurre comme il peut !

C’est d’un tout autre territoire dont je souhaitais parler. Un territoire délimitant ab initio les contours et la place même de la bibliothèque dans l’esprit pour ne pas dire le cœur (!) de chacun. Un territoire mouvant et parfois ténu : celui des représentations individuelles et collectives de l’institution. Comment ces territoires mentaux évoluent-ils ? Quel rôle le bibliothécaire joue-t-il dans la production et l’évolution de ces représentations ? Quelles interactions ces dernières induisent-elles dans une économie de la culture et de l’information en constante re(dé)composition : quels désirs, quelles attentes et quelles pratiques dans la réalité  ?

Le(s) territoire(s) de la bibliothèque procède(nt) de représentations individuelles et collectives historiquement agrégées autour de l’idée même d’un lieu de transfert du savoir et de la culture, d’un matériau physique (numérique désormais) à une essence humaine. Jusqu’alors, donc, et à l’instar d’autres institutions culturelles comme le musée ou le théâtre, que l’on soit usager/décideur, usager/non-décideur, non-usager/décideur ou non-usager/non-décideur de la bibliothèque, tout le monde savait à peu près, sinon comment ça marche… du moins à quoi sert ou pourrait servir une bibliothèque.

La question est désormais de savoir quels vont être les effets de la dématérialisation des supports combinée aux mutations de la relation « dense » à la connaissance sur cet écosystème de pensée, antédiluvien. En d’autres termes, sommes-nous garantis que le vivier d’usagers réels (nos fameux 20% dont on peut aussi ne pas se satisfaire…) se reproduira et continuera à l’avenir à pouvoir penser et utiliser la bibliothèque ? Et de quelle manière cette dernière demeurera-t-elle pensable et utilisable ? Sommes-nous certains qu’en fondant notre offre sur la demande, la première ne revête plus aucun sens si la seconde ne peut plus être ni pensée ni formulée ? Car si le musée ou le théâtre demeurent les lieux de la réception et de la perception d’œuvres ou d’instants uniques, non substituables, la bibliothèque doit, elle, redéfinir ce qui fonde sa rareté et par la même son utilité pour continuer à alimenter les représentations des individus ou, à défaut, pour que ces dernières ne soient pas en décalage ou en rupture totale avec la réalité, et réciproquement.

Au-delà de ce que le bibliothécaire souhaite, peut ou doit faire, ce dernier doit donc avant tout se préoccuper de la distance pratique et symbolique séparant l’horizon d’attente de l’usager, et son risque de disparition, du territoire de la proposition institutionnelle. Pour cela, il faut urgemment réensemencer le champ mental des usagers, réels ou potentiels, et principalement des (futurs) décideurs, bien en amont, dans le système éducatif notamment, avec des valeurs consubstantielles à toute bibliothèque publique : la gratuité des services, la mixité des usages, l’originalité des propositions et la qualité de la relation… et tout ça dans un territoire physique et virtuel. Tout un programme !

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