Chronique d’un échec annoncé…

La nomination d’une administratrice territoriale par la ville de Toulouse à la tête de sa bibliothèque municipale classée a mis les professionnels de la profession en émoi. Certes, la candidate retenue semble avoir une surface google assez réduite et peu d’expérience en matière d’institution culturelle. Mais cette décision est-elle illégale ? Apparemment non. La ville de Toulouse est-elle suicidaire au point de confier un service de 450 personnes à quelqu’un d’incompétent et de totalement inadapté ? J’en doute. Et quand bien même, la nomination d’un directeur qui ne ferait pas l’affaire et qui s’en va au bout d’un ou deux ans, dans le meilleur des cas, ça s’est déjà vu et se verra encore, non ?

Si cette chronique d’un échec annoncé se réalise, cela démontrera qu’il fallait recruter un bibliothécaire. Tant mieux pour nous (bibliothécaires). Si la nouvelle directrice s’en sort, alors mettons-nous vraiment à réfléchir à la formation de conservateur et arrêtons de penser que le titre seul nous fait tous compétents ou que les conservateurs doivent devenir des chercheurs à la petite semaine, ou alors n’aboyons plus quand la caravane passe sans nous dedans… mais dans les deux cas, nous serons gagnants.

Pour terminer, je trouve assez contestable la manière de mettre cette situation-là « sous surveillance », qui plus est dans les colonnes de l’ENSSIB, et plutôt indélicat pour notre nouvelle collègue. Ou alors soyons logiques, mettons aussi sous surveillance toutes les situations où des collègues ne feraient pas ou mal les choses. Pour finir, certains ont parlé de copinage… la belle affaire, une pratique qui ne se serait jamais vue dans le monde rêvé des conservateurs !

Et merci à Kotkot pour son excellent billet.

10 comments so far

  1. PYR on

    Je ne vois rien de choquant à la nomination d’une administratrice à un poste traditionnellement dévolu à un/e conservateur, au contraire. Mais c’est en effet plutôt inquiétant pour ce que ça dit de l’état du corps des conservateurs.
    A vrai dire je serai parfaitement serein le jour où des conservateurs (compétents bien sûr🙂 pourront être nommés à des postes administratifs (il y en a, mais c’est tellement plus rare que dans l’autre sens…). C’est cette asymétrie des mouvements qui me pose un problème…

    • Lefebvre on

      Je crois que la nommination d’un administrateur civil est permis depuis un certain temps (ca l’est, virtuellement aussi dans les BU.?Mais l’autre règle voulait que si le directeur de la Bibliothèque classée (c’est à dire détenant des fonds de l’Etat , héritage de la Révolution française )n’était, pas chartiste son adjoint devait l’être . Cette règle est-elle toujours en vigueur ? et peut-elle toujours etre appliquée vu, comme le dit une autre intervention l’état lamentable du corps des conservateurs

      • clairh on

        Je n’ai jamais entendu dire que ce fût une règle, et j’en connais moult contre-exemples. Le fait d’être chartiste n’est pas une garantie de compétence en gestion de service. Le mythe du conservateur du fonds ancien-érudit-chartiste a vécu (et a d’ailleurs entraîné des catastrophes techniques, humaines et scientifiques parfois).
        De plus, avec la réforme de la mise à disposition desdits conservateurs, « nous » serons de moins en moins nombreux (aux dernières nouvelles, un chartiste n’intègre pas la territoriale en entrant à l’Enssib, n’est-ce pas ?).

  2. […] *« Bienvenue à Toulouse » dans /home/nicomo par Nicolas Morin *« Chronique d’un échec annoncé… » dans Le Nombril de Belle-Beille par Olivier Tacheau *« […]

  3. antmeyl on

    A mon avis c’est surtout la chronique d’une victoire annoncée du management comme technique idéale de gestion moderne d’une entreprise ou d’une administration quelle qu’elle soit.

    Ca c’est passé ainsi à EDF, à France Télécom et ailleurs. Il n’y a aucune raison que les établissements scientifiques ou culturels échappent à cette logique dans le contexte politique actuel.

    Nos directeurs de bibliothèques ne peuvent pas nous vanter sans cesse les vertus du management comme LE remède à tous les maux de nos bibliothèques et dans le même temps trouver anormale que la logique ainsi portée soit menée à son terme : leur remplacement par des managers professionnels.

    Bref, il serait de bon ton que chacun soit consistant dans sa démarche intellectuelle.

    Pour ma part, je ne crois pas au management comme technique de bonne gestion d’un service public (cf EDF et France Télécom ces 20 dernières années)

    Par contre, j’y crois beaucoup comme technique de manipulation mentale et d’auto-asservissement des subordonnés, pardon, des collaborateurs.

    Heureusement, nos managers-maison étant encore en général peu compétents dans ce domaine (peu formés à l’Enssib, quant à la formation continue, elle n’est pas tip top), on en ressent encore peu les effets dans la plupart des bibliothèques.

    Avec l’arrivée de « vrais » pro, les affaires sérieuses vont commencer.

    Je remarque aussi que pour certains collègues, comme tout ce qui est nouveau et forcément bô et nous permettra mécaniquement d’aller plus vite, plus loin et mieux, il y a fort à parier qu’ils se préparent des lendemains amers : le management est un (mauvais) outil, et pas une solution en soi.

    • Hervé on

      Tout à fait d’accord ! Et les premières désillusions vont arriver dès la mise en place des nouvelles méthodes d’évaluation des personnels et la mise en place des PFR. Un système où les textes prévoient que l’implication des chefs de service devra être très forte !

  4. […] Chronique d’un échec annoncé… (Olivier Tacheau) […]

  5. am on

    Merci.

    OUVERTURE d’esprit (être « aware » comme dirait l’autre). CURIOSITE. ENVIE de s’investir sont gage de réussite. Et j’y crois pour l’avoir vécu parfois dans la douleur car ne correspondant pas au moule attendu par les équipes. Parce que même pour un bibliothécaire changer de type de bibliothèque ou de domaine peut être un parcours du combattant car il faut toujours être un spécialiste…

    Je crois en la complémentarité des compétences. Surtout, il ne faut pas oublier que nous ne travaillons jamais seul.

    Juste pour rebondir sur la question du management de antmeyl :

    « Par contre, j’y crois beaucoup comme technique de manipulation mentale et d’auto-asservissement des subordonnés, pardon, des collaborateurs. »

    C’est pas faut sur la communication (car ne sommes-nous pas tous un peu manipulateur ?) mais je pense qu’il faut plutôt parler de RESPONSABILITE de chacun. Etre manager c’est être responsable et faciliter le travail de son équipe en responsabilisant selon des objectifs qui découlent de missions (sans entrer dans les « 12 travaux d’Hercule » auxquels j’adhère à 100%).

    La culture du changement est là. Il faut vivre avec son temps et par le passé, ceux qui ont réussi, ont su utiliser les techniques, les compétences, les outils qui s’offraient alors : les Beatles par exemple, en étant les premiers à utiliser la compression dynamique des sons lors des enregistrement créant alors des sons nouveaux qui ont fait leur succès…

    Je reprends juste cette phrase de Kot Kot que je lui vole gentiment pour conclure :

    « …sans me draper dans le film autocollant de la vertu, je remercie d’avance celles et ceux qui auront compris que j’essaie de dire que l’essentiel est à la fois ici et ailleurs, autrement dit dans une culture de projets, acceptant qu’à un moment donné – et sans a priori – viennent au secours des bibliothécaires des professionnels mieux équipés en ce moment pour un changement sur un territoire donné. En souhaitant que la biblio-surveillance s’exerce des deux côtés et que dans quelque temps, on fasse un bilan de cette nouvelle expérience de conduite du changement. »

    Désolée pour la maladresse et la banalité du propos mais le coeur y est.

    Encore mille mercis pour ce post intelligent.

    • antmeyl on

      « et que dans quelque temps, on fasse un bilan de cette nouvelle expérience de conduite du changement »

      Le bilan du management existe à France Telecom, à EDF, à la Poste, etc. bref, toutes les entreprises publiques qui ont connus cette (plus nouvelle du tout) conduite du changement dix à quinze ans avant nous.

      Le changement oui, lorsqu’il est synonyme de progrès.

  6. Dominique Lahary on

    Après un débat interne au sein du Conseil national, il n’y a pas eu de réaction (négative) de l’ABF à cette nomination. J’en suis fier.


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