Ouverture le dimanche…

« Si l’on ouvrait le dimanche au peuple, il y apporterait de la boue et n’y prendrait pas de science ; à moins qu’on ne fit des distinctions et qu’on admette que les lecteurs et non les oisifs : tout ce partage serait difficile. Une bibliothèque n’est pas un salon littéraire, un cabinet de lecture normal, où l’on doive trouver des journaux, des romans, des abonnements de revue.

A le bien prendre, c’est un sanctuaire où l’on ne doit chercher qu’à élever et nourrir l’esprit (…). il faut non des livres communs qu’on rencontre partout mais des livres d’exception, des collections chères et que les particuliers ne peuvent se procurer que mal aisément.

(…) L’ouvrier qui veut s’instruire peut choisir dans la journée une des six heures de notre présence. Il sera bien accueilli par nous, nul n’en doute (…). Il nous vient de artisans déjà, des soldats ; il nous vient de très jeunes écoliers, tous sont reçus et servis avec empressement : en habit, en blouse, en veste ; nous n’exceptons que les sabots car la divinité du lieu est le silence ».

Extrait de la réponse faite en 1844 par François Grille, bibliothécaire municipal à Angers, à des ouvriers demandant l’ouverture de la bibliothèque le dimanche. In Histoire de bibliothèques : la BM d’Angers 1798-1978. Merci à Xavier Berton pour le lien

ill. : Le peuple des pauvres. Jean-François Favre, 2008.

25 comments so far

  1. liberlibri on

    « à moins qu’on ne fit des distinctions et qu’on admette que les lecteurs et non les oisifs ». C’est marrant cette distinction, comme si on ne pouvait pas, en tant qu’usager, être l’un ou l’autre, l’un puis l’autre, ou les deux…

    « la divinité du lieu est le silence ». On en a fait du chemin en quelques décennies mine de rien🙂

  2. dbourrion on

    @liberlibri : sur la divinité du lieu qui est le silence, pas certain que dans le fond, tant de chemin ait été fait…😉

  3. Xavier on

    La BM d’Angers a été ouverte le dimanche de 1871 jusque dans les années 1960… Presque un siècle😉
    Je le découvre en lisant cette histoire de la BM !

  4. floreal ascaso on

    « Si l’on ouvrait le dimanche au peuple, il y apporterait de la boue » : de nos jours, ce ne sont pas les lecteurs (et encore moins le « peuple »), mais les professionnels qui apportent la boue.

    • tacheau on

      @ floreal : vous développez ou on reste sur cette lumineuse analyse ?

      • floreal on

        La vôtre n’est pas moins « lumineuse » : reproduire une citation sans commentaire qu’est-ce que c’est, sinon supposer l’accord spontané des lecteurs (qui n’a pas manqué de se produire : relisez les « lumineux » commentaires à votre message) ? Où est-elle l’analyse, dans votre citation complaisante ?

  5. tacheau on

    @ floreal : en résumé, je n’ai rien à dire et vous non plus. Souffrez que les blogs ne soient pas le lieu de l’analyse et de la pensée critiques. Allez, il fait beau, les oiseaux chantent, c’est les vacances… je vous laisse à votre aigreur.

    • floreal on

      « Aigreur » ? Parlez pour vous : qui prend la mouche, vous ou moi ? Souffrez donc, de votre côté, que vos interventions ne suscitent pas l’extase chez tous ceux qui en prennent connaissance. Car il y aurait beaucoup à dire sur ce message : son contenu, vos intentions plus ou moins claires, vos non-dits, la méthode employée (publication sèche, opinion induite, c’est-à-dire sournoise, etc.). Mais dans la mesure où vous semblez quêter la révérence plutôt que l’échange, le débat n’aura pas lieu (ne parlons même pas de la « pensée critique »).

      • tacheau on

        S’il y a beaucoup à dire dites-le ! Notamment en quoi les bibliothécaires apportent aujourd’hui la boue dans les bibliothèques ? Je suppose qu’il s’agit de la sempiternelle logorrhée sur les jeux vidéos, la culture de masse (et l’abrutissement de cette dernière), internet et les faux philosophes ? Et puis je ne prends nullement la mouche. Je suis juste ici chez moi et m’autorise encore à demander à un commentateur de développer son propos, si ça ne vous dérange pas… donc, ni échange ni débat mais c’est moi qui le décide, pas vous !

  6. aimable on

    C’est drôle, votre conception du « chez moi » est identique celle que vous dénoncez dans les propos du bibliothécaire de 1844 : le peuple oui, mais dans la mesure où il se conforme au comportement qu’on attend de lui. (Mais vous l’enrichissez, soit dit en passant, d’une régression infantile : « C’est moi qui décide, pas vous ! »)
    Voilà un début d’analyse. J’espère qu’elle vous sied.

    • tacheau on

      Tiens ? Floreal s’appelle maintenant Aimable… c’est bizarre ce changement d’identité anonyme pour quelqu’un de si sûr de lui.

  7. aimable on

    Tel Dieu, j’ai diverses hypostases ; toutes sont de même essence. Mais on s’égare : vous ne répondez pas à ma mise en cause.

    • tacheau on

      @ Aimable-Floréal : je ne comprends pas votre acharnement à vouloir discuter avec un petit censeur et à vous abaisser à dialoguer avec les médiocres. Cela vire à la pathologie, non ?

  8. floreal on

    Les voies du Seigneur sont impénétrables.

  9. Caroline on

    Mais il s’en passe des choses, sur ce blog. Et en plein mois d’août, encore ! C’est fou !!🙂
    Je ne vois, moi, dans cette citation, que le plaisir renouvelé de constater qu’aujourd’hui, l’ouverture le dimanche n’est plus un tabou, et qu’on a quand même assez largement évolué sur la sainteté du silence. Même si travailler au calme reste un bonheur en bibliothèque.
    Pour le reste, je ne suis ni Dieu, ni ses saints, et je m’en vais retrouver mes livres sur mon chevet😉

    • floreal on

      Vous connaissez la blague étatsunienne :

      Un type se présente à l’accueil d’une bib et lance : « Un hamburger et des frites, s’il vous plaît. »
      La bibliothécaire (NB : forcément, c’est une femme) : « Mais, monsieur, vous êtes dans une bibliothèque ! »
      Le type, murmurant : « OK, un hamburger et des frites. »

      Il y a beaucoup d’enseignements à tirer de cette blague (laquelle n’a pas été créée par les bibliothécaires) :

      1. Il est incongru de trouver autre chose que des livres, des CD et des DVD dans une bib, même étatsunienne.
      2. Une bib est un lieu où l’on a des chances d’échapper à la tyrannie du bruit (omniprésence de la musique dans les espaces publics, sonneries et conversations téléphoniques, etc.), même aux Etats-Unis.
      3. Bibliothécaire est une profession féminine (i.e. : on s’en fout de la parité, y compris aux Etats-Unis).
      4. Les Américains ne sont pas aussi cons que les idéologues français de la modernisation des bibs le laissent penser.

      Morale : Plutôt que de militer pour la normalisation des bibs, vous pourriez travailler à les préserver ou à les valoriser en tant qu’espaces d’exception.

      J’ai dit.

      • dbourrion on

        Belle idée, l’espace d’exception et de préservation. Vivement les bibliothèques éco-musée.

      • floreal on

        @dbourrion

        « Espace d’exception » a une tout autre signification que celle que, par mauvaise foi ou bêtise, vous lui attribuez. Je tente ce rapprochement : l’expression est presque synonyme de la fameuse « exception française », revendiquée par différents gouvernements français pour résister au rouleau compresseur anglo-saxon. Compte non tenu des arrière-pensées inhérentes au langage des politiciens, ça se défend.

      • dbourrion on

        ok – alors les bibliothèques françaises comme dernier rempart contre la barbarie ultra-libérale et ultra-bruyante – je sors donc mon drapeau d’exception et mes boules Quies.

        PS : curieux de parler de ‘militer pour la normalisation des bibs’ quand ici, l’exception, c’est justement d’être dans la valorisation et dans tout sauf dans la norme des bibs qui sont en train de largement creuser leur propre tombe en se drapant dans la préservation des espaces d’exception qu’elles devraient être ou se veulent être par frilosité et incompréhension du monde.
        Mais cette (votre) attitude est courante : quand on ne comprend pas ce qui se passe, quand on le craint parce qu’on ne le saisit pas, on se replie et on ferme les écoutilles. Classique.

      • tacheau on

        @Floréal : je connaissais la version vidéo de votre blague qui se moquait alors plutôt des blondes… je m’interdis évidemment de penser que vous l’avez détournée pour étayer votre propre argumentation même si je doute fort, comme vous le dites, que vous puissiez en connaître l’origine et les auteurs, apparemment pas les bibliothécaires (?!?). Mais revenons sur vos assertions que je trouve assez sommaires et contradictoires (pour une fois…) :

        1) Il est incongru de trouver autre chose… postulat ou constat ? En tout cas sans doute un souhait de votre part pour la France mais une méconnaissance de la situation américaine où l’on peut consulter, utiliser et emprunter tout un tas d’autres choses en bibliothèque allant du jeu vidéo à la canne à pêche, en passant par les instruments de musique et les kits de balade (carte, boussole, GPS). Mais n’est-il pas tout autant incongru de trouver des CD et des DVD dont les usagers se détournent de plus en plus ? Dans ce cas, ne faut-il pas repenser le modèle de distribution-valorisation des bibliothèques plutôt que d’en délimiter les contenus ?

        2) La tyrannie du bruit… soit, mais les bibliothèques restent encore des lieux protégés qui font justement des efforts pour conserver des espaces de silence et de tranquillité à côté de zones identifiées et cantonnées pour la conversation ou le travail en groupe. Faudrait-il totalement supprimer ces dernières ? En réalité, il n’y a pas d’un côté des usagers qui souhaitent (et méritent) du calme et de la sérénité et de l’autre des usagers qui produiraient du bruit (et s’y complairaient…), mais des utilisateurs de lieu et d’espace qui peuvent à un moment donné souhaiter du calme et à un autre produire voire rechercher le bruit. Pourquoi pas en bibliothèque ?

        3) Pas sérieux. No comment.

        4) C’est le contraire !!! Les idéologues français de la modernisation des bibs pensent que les Américains sont géniaux et cherchent à leur ressembler. Votre exemple très confus démontre plutôt que c’est vous qui prenez en général les Américains pour des cons mais qu’en définitive, ils ne sont pas si cons ou libéraux et qu’on devrait finalement suivre leur exemple : des livres, des CD, des DVD et du silence. Dans ce cas, on se demande bien à quoi correspond la normalisation dont vous parlez en définitive ?

        Pour finir, il me semble que beaucoup de bibliothécaires français militent et travaillent à faire des bibliothèques des lieux toujours à part dans la cité, ouverts à tous et actifs. Beaucoup pour ne pas dire la majorité oeuvrent pour continuer à exister face à la répugnante et obscène culture anglo-saxonne et tenter de la mettre en perspective avec d’autres formes d’expression et de culture(s), ce qui devrait vous plaire. Dommage que vous fassiez toujours l’amalgame entre la forme que cela prend parfois (marketing, ouverture le dimanche, approche ludique, automatisation…) et le fond des contenus is en avant et leur valorisation. Mais peut-être ai-je moi-même de la boue sur les yeux…

      • ascaso on

        @tacheau.

        « je connaissais la version vidéo de votre blague qui se moquait alors plutôt des blondes… je m’interdis évidemment de penser que vous l’avez détournée pour étayer votre propre argumentation même si je doute fort, comme vous le dites, que vous puissiez en connaître l’origine et les auteurs, apparemment pas les bibliothécaires »

        Je ne commente que ce passage de votre réponse (je laisse tomber le reste parce que je suis sans doute responsable de vos erreurs d’interprétation) : Désolé de vous contredire mais si, j’en connais l’origine. Mais pour la connaître, il faut faire autre chose que consulter des vidéos qui recyclent les passages de certains romans. D’où ma question : vous arrive-t-il de lire ?

      • tacheau on

        @Floreal-Aimable-Ascaso-Dieu : évidemment non, comme tous les managers de ma « race » ! Pour trouver les réponses à vos questions, reportez-vous à cet article que vous devez bien connaître. Il ne donne malheureusement pas la réponse sur l’origine de la blague étatsunienne sus-mentionnée. Ce commentaire clôt notre non-échange.

  10. floreal on

    « Tabou » : prohibition dont le caractère sacré empêche, en principe, la transgression. En quoi « l’ouverture le dimanche » relève-t-elle d’un « tabou » ?
    L’usage frivole du mot répond, de mon point de vue, à une stratégie : il s’agit de faire passer ceux qui s’opposent à la mesure pour des gros cons crispés sur des privilèges et des modes de fonctionnement surannés ; autrement dit, de refouler (là le terme convient) la vraie question que pose l’ouverture dominicale des bibs : la destrucrion méthodique des dispositifs du droit du travail préservant encore les salariés de France de la soumission inconditionnelle aux diktats libéraux.
    Dans cette entreprise, la propagande fait feu de tout bois ; la citation qui fait l’objet du billet en est l’illustration : démagogie, sous-entendus, langage orwellien… Bref, la réaction, sous les oripeaux du progrès.

  11. ascaso on

    Votre discours est bien rôdé. Il me fait penser à l’allocution que Pierre Dac (dans mes souvenirs) conseillait de prononcer en toute occasion : imparable, parce que sans objet ; universelle, parce que sans contenu. Ainsi ce fragment : « quand on ne comprend pas ce qui se passe, quand on le craint parce qu’on ne le saisit pas, on se replie et on ferme les écoutilles » : cette sentence ne s’applique-t-elle pas à tout propos qu’on réprouve, quel qu’il soit – et en premier lieu le vôtre ? En d’autre termes, que m’apprend-elle sur moi, en quoi me permet-elle de saisir les insuffisances de mon point de vue ? En outre, dans votre sortie, on ne trouve aucune critique, seulement des jugements. C’est pauvre.

    Votre excuse : il est vrai qu’il est difficile d’échanger sérieusement sur un blog – a fortiori lorsqu’il ne s’agit pas d’approcher la vérité mais de jouir de la satisfaction narcissique de triompher de l’autre.

    PS : « la barbarie ultra-libérale » : non, db, libérale, seulement libérale.

  12. dbourrion on

    @ascaso : la principale insuffisance de votre point de vue anonyme, c’est que vous n’apportez pas de proposition autre que celle de freiner des quatre fers pour revenir à un modèle (ahhh l’âge d’or qui n’a jamais existé) qui a montré ses insuffisances et ne correspond plus le moins du monde à la réalité des pratiques des usagers et de ce qu’ils sont.
    Par ailleurs, l’ouverture (je parle d’horaires mais aussi de diversification de supports) n’est pas opposée à une approche qualitative et de services.

    Allons, ne perdons pas notre temps – après tout, la vérité est ailleurs (vous semblez la détenir – moi pas).


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