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Learning center… purée !

Je synthétise et complète ici mon point de vue donné à Livres-Hebdo pour un article à paraître sur les Learning centers « à la française ». En substance, ce nouveau prêt-à-penser n’a pas de sens hors l’analyse réaliste des limites des BU françaises (matérielles et intellectuelles) et des spécificités de notre modèle universitaire.

La journaliste, fort sympathique au demeurant, ayant voulu me faire dire à tout prix que la nouvelle BU Saint Serge était un Learning center, il me semble important de revenir sur quelques définitions pour éviter les confusions, même si l’envie est grande de fanfaronner en répondant oui, ce qui est tentant, mais que je laisse à d’autres (qui font d’ailleurs moins bien qu’à Angers !).

1) Tentative de définition. Un learning center est un lieu pour l’apprentissage et l’acquisition des savoirs où l’individu rencontre et se frotte librement à la connaissance sous des formes et formats multiples, avec ou sans l’intermédiation d’une personne physique (enseignant, bibliothécaire, médiateur, conférencier,…). C’est donc la diversité et la maîtrise des modalités d’accès, physique et numérique, associées à leur facilité d’usage (disponibilité, ergonomie des espaces et des outils, ouverture horaire…)  qui définit la richesse et la qualité d’un learning center.

2) Limites matérielles. En un sens, une BU est déjà un learning center, dont on pourrait se satisfaire s’il ne lui manquait quelques éléments quand même… l’amplitude horaire, déjà, qu’on a bien du mal à élargir en France, malgré les efforts et déclarations d’intention… 58, 59, 60h par semaine ? passer à 65h ne change rien d’ailleurs car c’est surtout la régularité et la continuité des horaires qui comptent. En deçà de 8h-22h voire 24h 7j/7J, car on apprend à toute heure et tous les jours même le dimanche, difficile de parler de Learning center. Ensuite, les moyens informatiques. Certes, des progrès sont à noter mais trop maigres encore. A Angers par exemple où nous sommes plutôt bien lotis, 10% des places seulement sont informatisés, soit 200 postes (+ 100 portables) le plus souvent saturés. Disons qu’en dessous de 50% des places informatisées, on reste dans un schéma classique. Enfin, une architecture modulaire qui permette toutes les configurations : cours-conférence, TD-atelier, petits groupes, travail isolé… le tout gérant les questions de bruit/silence. La moitié des places au moins doivent pouvoir être dévolue, selon les besoins, à l’un des quatre usages ci-dessus. On en est très loin.

3) Limites intellectuelles. Véritable paradoxe qui voit les décideurs tout à la fois désirer le changement et l’innovation mais bien souvent ne pas comprendre ni accepter les évolutions en cours sous leurs yeux, et encore moins les expérimenter dans leur quotidien, bibliothèques comprises, sauf à les tordre dans leur propre réalité en les minimisant ou en les niant. Pour un bibliothécaire qui accepte l’animation et le bruit, la transhumance des mobiliers (tables, chaises, fauteuils…), l’utilisation des espaces pour du non documentaire (faire cours à la bibliothèque par exemple !), l’utilisation libre des outils mis à disposition (réseau sociaux, chat,…) et l’introduction d’outils-supports alternatifs (blogs, podcast, jeux vidéos, livrels…), combien refusent encore tout cela en bloc ? Sans parler de la défiance à l’égard des formes nouvelles de participation et de (re-co)construction des savoirs. Demandez donc à un bibliothécaire ou à un enseignant, parties prenantes du futur learning center, ce qu’ils pensent de Wikipédia… Ne nous mentons pas. Avant de changer la réalité, c’est bien de cette double contrainte qu’il faut parler pour transformer les mentalités, avant même les compétences (cf. infra)

4) Limites structurelles. Sans doute les plus fortes qui tiennent à l’économie de la connaissance dans le système universitaire français. Hérité d’un système anglo-saxon basé sur une pédagogie active et sur l’autonomie de l’étudiant envisagées sous un angle fortement inter-disciplinaire, le learning center est-il transposable en France ? Est-il même adapté et utile à un écosystème centré sur la reproduction et l’accumulation plutôt que sur la découverte et l’expérimentation pro-actives des savoirs ? Si on peut légitimement s’interroger sur le rôle (et douter de la capacité d’en jouer un à moyen terme) des enseignants dans ce nouveau dispositif pédagogique, c’est aussi la place des bibliothécaires qu’il faut reconsidérer au sein du Learning center qui ne se substitue pas à la bibliothèque mais l’augmente. Sommes-nous dès lors omniscients et compétents pour tout faire ? Non ! Il nous manque à la fois des savoir-être propres à la médiation physique et virtuelle et des savoir-faire pour construire un environnement numérique adapté et évolutif (pour preuve, la bérézina des portails documentaires dans laquelle s’engluent depuis plus de dix ans la majorité des BU française). Pour cela, c’est la structuration de nos métiers qu’il faut reconsidérer pour introduire (remplacer ?) des compétences et appétences nouvelles car les Learning center ne se feront pas avec des catalogueurs ou des conservateurs maniant à peine les concepts et les outils de l’information.

Pour conclure,  faute de considérer toutes ces limites, avec l’ensemble des partenaires en dehors de la bibliothèque, les Learning center demeureront un nouveau hochet professionnel prétexte et pompe à finances qui n’aboutira au pire qu’à la construction de bibliothèques un peu mieux équipées, un peu plus confortables et accueillantes… ce qui existe déjà ici, ici, ici ou encore 😉

Par ici la sort… euh, l’entrée !


Et bien voilà, la nouvelle BU Saint Serge est désormais « officiellement » ouverte et déjà près de 39 000 passages (comptés une seule fois bien sûr) ont été enregistrés en 14 jours d’ouverture ! Si vous avez raté l‘inauguration, si vous n’avez pas voulu voir les photographies que nous distillons depuis plusieurs mois sur le net, si vous n’avez pas lu le dossier de presse et si la fiche technique a échappé à votre sagacité, il ne vous reste plus qu’une chose à faire : venir !

La BUA… comment ça marche

Suite aux nombreuses questions de collègues extérieurs, voici un essai de synthèse sur le fonctionnement des ouvertures nocturnes, permanences et astreintes… à la BUA.

1) L’ouverture des bibliothèques se fait en continu sans dégradation durant les petites vacances de mi-septembre à mi-juin : 65h hebdo pour la BU Belle Beille et 84h hebdo pour la BU Saint Serge.

2) Les personnels non cadres font un roulement pour l’ouverture du matin et ne sont pas astreints à rester après 18h. Ils peuvent néanmoins choisir de finir une fois par semaine entre 18h et 20h s’ils le souhaitent. Les personnels assurent en moyenne 6 samedis par an de 8h30 à 18h (1).

3) Les moniteurs étudiants viennent du lundi au jeudi à partir de 17h30 (tuilage avec les titulaires qui finissent à 18h) et font la tranche 17h30-20h à Belle Beille et 17h30-20h + 20h-22h30 à Saint-Serge. Il y a donc 4 tranches à Belle-Belle (3 moniteurs) et 8 tranches à Saint Serge (6 moniteurs). Pour les vendredi et samedi, les moniteurs assurent par roulement toutes les 3 semaines les 2 tranches 17h30-22h30 à Saint Serge en combinant 2/6 moniteurs de Saint-Serge + 1/3 moniteurs de Belle Beille. Ce qui fait que nos moniteurs sont à 10h semaine + 2 x 5h toutes les 3 semaines. Après 18h, il y a donc toujours au minimum 3 moniteurs dans chaque bibliothèque en simultané qui sont formés pour faire : prêt, retour, inscription, quitus, renseignement. On trouve aussi, selon les années, des titulaires qui participent à la vie de la bibliothèque jusqu’à 20h et peuvent le cas échéant assurer la fermeture lorsqu’il n’y a qu’un seul cadre et non deux sur le réseau (congés, déplacements, réunions…).

4) Les cadres de permanence fonctionnent en binôme du lundi au jeudi en étant de permanence jusqu’à 20h, chacun sur un site. Les permanences physiques 20h-22h30 sont assurées par les 8 cadres durant 8 semaines par an (sur 39 au total) pour le lancement et le suivi du service nocturne. Ils assurent alors un roulement tous les 15 jours + chacun une fin de semaine couplée vendredi-samedi jusqu’à 22h30 soit au total chacun 15 heures par an de 20h à 22h30. Ces heures sont payées en vacation.

5) L’astreinte téléphonique des cadres fonctionne au-delà des 8 semaines de leur présence physique, de 20h à 22h30 du lundi au jeudi, par roulement tous les 15 jours (semaine des garçons et semaine des filles car les binômes sont mixtes…) et de 18h à 22h30 les vendredi et samedi . Dans ce cas, le cadre qui est permanence le samedi assure l’astreinte de la veille et celle du samedi où il travaille. En cas de force majeure (incendie, dommage à un tiers,…) le cadre est sur site sous 15 à 20 minutes. Seul le temps d’intervention est récupéré. Les astreintes donnent lieu à un forfait annuel de récupération autour de 10 heures par an.

6) Un agent de sécurité d’une société extérieure est posté à la BU Saint Serge tous les jours de mi-septembre à mi-juin de 18h45 à 22h45, soit 24h x 39 semaines = 936 h par an.

Des questions ?

(1) Avec récupération réglementaire de 1,2 avant midi et 1,5 après midi soit 12h récupérée pour 8h30 travaillées.

Illustration : Michel Chevalet à Kourou récupérée ici, et un peu modifiée…