Prêt gratuit… de l’air que l’on respire

J’ai cru comprendre que le forum de l’ADBU bruissait pas mal en ce moment des questions de tarifs et de gratuité en BU. J’imagine la surenchère des collègues sur le sujet : convention de reversement, accord de réciprocité,  proratisation bilatérale, compensation forfaitaire, inscription demi-tarif…

A la BUA, les choses ont été simplifiées depuis le 1er janvier 2011 avec la mise en place de la gratuité totale du prêt (5 livres + 2 DVD + 3 BD + 3 revues) pour TOUS les lecteurs extérieurs à l’université d’Angers, disposition qui s’accompagne de l’octroi d’une semaine d’accès gratuit à internet activable à sa guise pour récupérer des références précises parmi nos ressources numériques ou tout simplement découvrir ces dernières.

Les lecteurs qui souhaitent accéder aux ressources en ligne in situ en plus du prêt gratuit de supports physiques et au-delà de la semaine offerte (aussi faite pour mettre l’eau à la bouche…) peuvent payer 31 €, soit l’équivalent des droits de bibliothèque payés par les étudiants de l’université d’Angers.

Je sais, je sais, je sais… vous avez plein de remarques et de questions auxquelles je vais essayer de répondre sans trop d’idéologie : quelle équité pour les étudiants qui payent ? N’y a-t-il pas une concurrence déloyale avec la BM ! Quel est le risque de « pillage » par les étudiants d’autres établissements ? Tout à un coût et donc un prix, même la culture ! Et le manque à gagner des inscriptions ?

Reprenons dans l’ordre. Cette décision procède de la volonté de répondre aux besoins d’information et de savoir des citoyens en considérant que ces derniers sont majoritairement servis par la BM qu’ils payent indirectement par leurs impôts locaux et/ou directement par leur inscription. La BU n’opère donc qu’à la marge et en dernier recours ce qui la positionne comme un service public subsidiaire, déjà payé par la communauté nationale,  et rendu par l’État en plus de ses missions cardinales à l’égard des étudiants et des enseignants-chercheurs.

La gratuité n’est rien d’autre que la conception de la bibliothèque universitaire comme un service universel qui étend celui des bibliothèques publiques et le remplace dans très peu de cas, pour ceux qui ne peuvent ou ne souhaitent le payer directement. Dans le cas d’Angers, la gratuité pour les moins de 26 en cours de mise en place dans les BM rendait cette décision d’autant plus logique et évidente.

Quid alors des étudiants qui payent (ou non d’ailleurs pour les boursiers) ? Ils restent les seuls bénéficiaires des services étendus de la BU à savoir des places de lecture en nombre, des ordinateurs en libre service, des portables en prêt court ou long ainsi que l’accès aux ressources numériques à distance. Ils demeurent aussi le cœur légitime de la politique documentaire construite pour répondre à leurs besoins, les bibliothécaires n’ayant pas vocation à satisfaire les demandes des lecteurs extérieurs  gratuits qui empruntent sur le stock existant.

Quant aux risques de dérive ? Il n’y a plus que les bibliothécaires pour croire que ce genre de mesure risque de provoquer un raz de marée d’usagers venant priver les universitaires de leurs ressources. Nous sommes ici ni plus ni moins dans la gestion physique de la longue traine avec un stock de 500 000 documents gratuitement mis à disposition de 250 000 habitants. Ainsi, si 20% sur les 20% des 20% d’inscrits à la BM qui n’y trouvent pas un livre le trouve à la BU, cela fait au grand maximum 2000 personnes intéressées qui n’auraient pas forcément poussé la porte de la BU et payé 31 € un service ponctuel.

Qu’on soit bien d’accord, la gratuité est une facilité supplémentaire pour l’accès au savoir qui lève juste une barrière symbolique et permet aux BU de se réapproprier la (re)conquête de publics étudiants et enseignants, de classe prépa par exemple, de lycéens ou encore de ses anciens étudiants comme des retraités de l’enseignement. Elle ne change en rien ni ne résout les difficultés d’appropriation et de maîtrise du savoir.

9 comments so far

  1. jean-charles on

    Rien à ajouter, c’est une super démarche et surtout réalisation !

  2. JMB on

    En fait de « surenchère », la plupart des messages postés sur ADBU-forum sont généralement simples et clairs : au sein d’un PRES, les inscriptions sont gratuites pour tous. La question des lecteurs extérieurs hors PRES n’a pas été posée dans la question initiale.
    L’initiative d’Angers est excellente, ce serait bien de faire de la pub auprès de la CPU pour convertir d’autres universités à ces règles simples.

    • tacheau on

      Merci pour l’info mais n’en faisant plus partie je n’ai qu’une vision partielle de ce qui se dit et fait à l’ADBU😉 Pour ce qui est du lobbying, il suffit seulement au directeur de la BU d’expliquer et de convaincre son président sur une idée juste et positive, pas la peine d’y mêler la CPU je pense.

  3. sophiebib on

    des petites questions :
    –  » la gratuité pour les moins de 26 en cours de mise en place dans les BM rendait cette décision d’autant plus logique et évidente » Est-ce à dire que pour les plus de 26 ans l’inscription à la BM est payante et gratuite à la BUA ?
    – Est-ce que la BM propose elle aussi des DVD ?

    Je me souviens du maire d’une commune qui ne voulait pas construire de BM dans sa ville parce qu’il y avait déjà une bibliothèque pour tous et une … BU
    Mais bon je dis ça, je dis rien🙂

    • tacheau on

      La BM propose également des DVD dans une de ses annexes et bientôt à la centrale. Pour ce qui est de l’inscription, c’est juste mais sauf cas très particulier, les plus de 26 ans qui souhaitent emprunter des ouvrages ne trouveront pas tout leur bonheur à la BU. Nous visons plutôt ici l’émulation positive et complémentaire que la concurrence inutile… tout le monde l’aura compris.

  4. Etienne Cavalié (Lully) on

    Cette initiative a-t-elle été faite aussi en accord avec la BM d’Angers ? Vu que « là-bas », l’inscription y est payante, n’ont-ils pas craint que certains lecteurs ne viennent plus que chez vous ?
    Comment est-ce que cette circulation d’une bib à l’autre est-elle facilitée ? Puisque pour vous le circuit est : un lecteur cherche un bouquin à la BM, il ne le trouve pas, donc il va à la BU.
    Est-ce que la BM l’informe qu’il a accès (gratuitement) à la BU ?

    • tacheau on

      Cette initiative procède même au départ du projet de pass -26 ans pour l’accès gratuit aux institutions culturelles initié par la ville d’Angers, et apparemment bloqué pour l’instant (mais on ne désespère pas que notre gratuité accélère les choses…). Il nous semblait en effet difficile de faire payer des usagers utilisant les BU en complément de leur BM gratuite… l’information a été largement diffusée en ville (affiches, articles…) et les BM s’en font le relai quand ils nous envoient un lecteur. Le directeur de la BM d’Angers, présent au Bibcamp, m’a réaffirmé qu’il trouvait cela très bien et que voir de la concurrence là où il y avait une vraie complémentarité n’avait pas de sens. Je suis assez d’accord.

  5. […] (distinct de leurs opac propres, ou intégrés l’un dans l’autre). Une 3e solution, surtout quand on envisage un service grand public en BU à titre de recours ultime, serait que dans chaque opac soient proposés des rebonds contextuels, du type : […]


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