Par ici la sort… euh, l’entrée !


Et bien voilà, la nouvelle BU Saint Serge est désormais « officiellement » ouverte et déjà près de 39 000 passages (comptés une seule fois bien sûr) ont été enregistrés en 14 jours d’ouverture ! Si vous avez raté l‘inauguration, si vous n’avez pas voulu voir les photographies que nous distillons depuis plusieurs mois sur le net, si vous n’avez pas lu le dossier de presse et si la fiche technique a échappé à votre sagacité, il ne vous reste plus qu’une chose à faire : venir !

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La BUA… comment ça marche

Suite aux nombreuses questions de collègues extérieurs, voici un essai de synthèse sur le fonctionnement des ouvertures nocturnes, permanences et astreintes… à la BUA.

1) L’ouverture des bibliothèques se fait en continu sans dégradation durant les petites vacances de mi-septembre à mi-juin : 65h hebdo pour la BU Belle Beille et 84h hebdo pour la BU Saint Serge.

2) Les personnels non cadres font un roulement pour l’ouverture du matin et ne sont pas astreints à rester après 18h. Ils peuvent néanmoins choisir de finir une fois par semaine entre 18h et 20h s’ils le souhaitent. Les personnels assurent en moyenne 6 samedis par an de 8h30 à 18h (1).

3) Les moniteurs étudiants viennent du lundi au jeudi à partir de 17h30 (tuilage avec les titulaires qui finissent à 18h) et font la tranche 17h30-20h à Belle Beille et 17h30-20h + 20h-22h30 à Saint-Serge. Il y a donc 4 tranches à Belle-Belle (3 moniteurs) et 8 tranches à Saint Serge (6 moniteurs). Pour les vendredi et samedi, les moniteurs assurent par roulement toutes les 3 semaines les 2 tranches 17h30-22h30 à Saint Serge en combinant 2/6 moniteurs de Saint-Serge + 1/3 moniteurs de Belle Beille. Ce qui fait que nos moniteurs sont à 10h semaine + 2 x 5h toutes les 3 semaines. Après 18h, il y a donc toujours au minimum 3 moniteurs dans chaque bibliothèque en simultané qui sont formés pour faire : prêt, retour, inscription, quitus, renseignement. On trouve aussi, selon les années, des titulaires qui participent à la vie de la bibliothèque jusqu’à 20h et peuvent le cas échéant assurer la fermeture lorsqu’il n’y a qu’un seul cadre et non deux sur le réseau (congés, déplacements, réunions…).

4) Les cadres de permanence fonctionnent en binôme du lundi au jeudi en étant de permanence jusqu’à 20h, chacun sur un site. Les permanences physiques 20h-22h30 sont assurées par les 8 cadres durant 8 semaines par an (sur 39 au total) pour le lancement et le suivi du service nocturne. Ils assurent alors un roulement tous les 15 jours + chacun une fin de semaine couplée vendredi-samedi jusqu’à 22h30 soit au total chacun 15 heures par an de 20h à 22h30. Ces heures sont payées en vacation.

5) L’astreinte téléphonique des cadres fonctionne au-delà des 8 semaines de leur présence physique, de 20h à 22h30 du lundi au jeudi, par roulement tous les 15 jours (semaine des garçons et semaine des filles car les binômes sont mixtes…) et de 18h à 22h30 les vendredi et samedi . Dans ce cas, le cadre qui est permanence le samedi assure l’astreinte de la veille et celle du samedi où il travaille. En cas de force majeure (incendie, dommage à un tiers,…) le cadre est sur site sous 15 à 20 minutes. Seul le temps d’intervention est récupéré. Les astreintes donnent lieu à un forfait annuel de récupération autour de 10 heures par an.

6) Un agent de sécurité d’une société extérieure est posté à la BU Saint Serge tous les jours de mi-septembre à mi-juin de 18h45 à 22h45, soit 24h x 39 semaines = 936 h par an.

Des questions ?

(1) Avec récupération réglementaire de 1,2 avant midi et 1,5 après midi soit 12h récupérée pour 8h30 travaillées.

Illustration : Michel Chevalet à Kourou récupérée ici, et un peu modifiée…

Cocoricouac…

Le portail France.fr objet d’une funeste et récente actualité vient enfin de (ré)ouvrir… c’est l’occasion de tous nous précipiter sur ce joyau de l’intelligence et du génie français avant qu’il ne tombe à nouveau en rade 😉 .

J’avoue qu’après un rapide tour du propriétaire,  tout cela ne casse pas trois pattes à un canard et l’indigence des articles est parfois sidérante… mais c’est surtout la portée subliminale de l’habillage iconographique qui m’a bien plu, en particulier les images d’illustration qui tournent en boucle pour accompagner chaque grand thème…

Par exemple pour « Entreprendre » vous avez une image du Rafale (merci pour Dassault), d’un Airbus qui atterrit, de pilules qui s’envolent (vive l’industrie pharmaceutique), de l’Arche de la Défense (avec une pub déguisée pour Total et Nexity), d’une belle plante à côté d’une belle voiture (que vous ne pourrez jamais vous payer), de deux TGV qui s’embrassent… fric, gloire et beauté… vous avez compris le principe ?

A l’inverse, pour « Travailler » vous avez : des postiers, des pompiers, encore des pompiers, des vendangeurs, des soudeurs, encore des soudeurs, une jeune qui s’occupe d’une vieille, une voiture sur une chaîne (?!?), une gare SNCF (?!?), un châssis de camion (?!?)… des larmes, de la sueur et du sang !!!

Mais c’est la rubrique « Etudier » qui m’a le plus plu ! Première image aléatoire affichée (pour moi), une créature de rêve en train de lire un livre dans ? dans ? dans ? une bibliothèque ! Victoire ! Enfin la consécration internationale, le soutien implicite et secret des gouvernants, la reconnaissance de tout une profession et d’un environnement si import… mais, mais, mais c’est bizarre ce genre de livres cartonnés tout petits, ces étiquettes carrées, ces étagères en bois sans signalétique… ça sonne pas vraiment français non ?

Hop hop hop… ça sent le bidonnage ce truc, la photo achetée à l’arrache auprès de la première agence bidon. Y nous disent quoi les crédits ? PhotoAlto. Cliché Sigrid Olsson… hum. Rien sur le site de l’Agence. Rien dans les champs IPTC de l’image non renseignés car trop light. Bon. Heuresement que l’agrégateur de Getty images nous donne lui plus d’infos qu’il rend interrogeables

Moralité, si tu veux étudier en France, va donc en Espagne !

C’est beau une BU la nuit…



Pendant que certains bibliothécaires dorment déjà, d’autres tournent encore en maraude autour de leur bibliothèque ! Voici en avant première quelques clichés nocturnes de la future BU Saint Serge qui ouvrira ses portes le 20 septembre prochain. Nous ne sommes pas mécontents du résultat (dans lequel nous ne sommes pas pour rien avec Nathalie Clot, la chef de projet de ce beau vaisseau…) et nous réjouissons de l’effet produit aux environs de 22h un 18 août. Nul doute que toutes ces lumières seront du meilleur effet pour attirer les lecteurs jusqu’à 22h30 du lundi au samedi.

Du facultaire au facultatif…

J’en parlais déjà ici, sans réponse des intéressés depuis…  le président de Toulouse 1 donne quelques exemples de services facultatifs proposés aux étudiants par son université dans un article de la Dépêche : logiciels, possibilité de passer des tests de langues, accès aux ressources documentaires.

Ouverture le dimanche…

« Si l’on ouvrait le dimanche au peuple, il y apporterait de la boue et n’y prendrait pas de science ; à moins qu’on ne fit des distinctions et qu’on admette que les lecteurs et non les oisifs : tout ce partage serait difficile. Une bibliothèque n’est pas un salon littéraire, un cabinet de lecture normal, où l’on doive trouver des journaux, des romans, des abonnements de revue.

A le bien prendre, c’est un sanctuaire où l’on ne doit chercher qu’à élever et nourrir l’esprit (…). il faut non des livres communs qu’on rencontre partout mais des livres d’exception, des collections chères et que les particuliers ne peuvent se procurer que mal aisément.

(…) L’ouvrier qui veut s’instruire peut choisir dans la journée une des six heures de notre présence. Il sera bien accueilli par nous, nul n’en doute (…). Il nous vient de artisans déjà, des soldats ; il nous vient de très jeunes écoliers, tous sont reçus et servis avec empressement : en habit, en blouse, en veste ; nous n’exceptons que les sabots car la divinité du lieu est le silence ».

Extrait de la réponse faite en 1844 par François Grille, bibliothécaire municipal à Angers, à des ouvriers demandant l’ouverture de la bibliothèque le dimanche. In Histoire de bibliothèques : la BM d’Angers 1798-1978. Merci à Xavier Berton pour le lien

ill. : Le peuple des pauvres. Jean-François Favre, 2008.

Ébats sur un débat…

Réactivé à l’occasion des Estivales 2010, notre marronnier d’été a fait son (trop) petit effet, comme tous les ans ! Pour résumer très schématiquement :

Pour les uns, le conservateur doit être (ou au pire avoir été) un chercheur. Sa légitimité, et donc sa garantie de survie, repose sur la connaissance approfondie des contenus documentaires pour renseigner ses usagers dont il partage en partie les attentes et les problématiques puisqu’il continue lui aussi à chercher et à publier. Fort de cette expertise, le conservateur peut tout aussi facilement comprendre et répondre aux demandes des amateurs éclairés ou des étudiants, de L notamment. Le conservateur est là pour sélectionner et indiquer ce qui est utile et légitime, il doit pour cela avoir une forte compétence disciplinaire.

Pour les autres, le conservateur est avant tout un gestionnaire de terrain et un concepteur de systèmes à la fois physique (collections, espaces, services,…) et virtuel (système d’information, documentation numérique, services en ligne,…). Plutôt axé sur l’accompagnement pratique et méthodologique des usagers, le conservateur est là pour organiser les contenus et valoriser leur accès, et non pour prescrire et orienter l’usager vers telle ressource plutôt que telle autre.

Les premiers prédisent aux seconds qu’ils vont disparaître car les bibliothécaires n’ont pas le monopole du management et de l’organisation, d’autres pouvant faire aussi bien sinon mieux qu’eux, et parce qu’ils cultivent une valeur ajoutée obsolète et périssable dans un monde documentarisé où chacun saurait désormais faire aussi bien que le bibliothécaire. Ils reprochent également aux seconds de ne pas être un recours fiable et compétent pour les usagers éloignés du savoir et de participer ainsi, et paradoxalement, de leur exclusion.

Les seconds accusent les premiers de cultiver leur jardin (secret) au détriment de la prise en compte des besoins des usagers réels. Ils ne sont pas contre la recherche en soi mais préfèreraient qu’elle soit plutôt appliquée aux problématiques actuelles des bibliothèques (sociologie, économie, technologie,…) et pas seulement cantonnée à l’histoire du livre ou aux sciences du document. Ils reprochent également aux premiers de ne s’intéresser qu’aux pratiques de ceux qui leur ressemblent sans trop s’intéresser aux besoins de ceux plus éloignés des contenus, et majoritaires, les étudiants notamment.

Que peut-on tirer de ce débat porté en place publique par deux fortes personnalités, toutes deux très compétentes dans leur domaine, évoluant chacune dans des établissements très différents, à savoir une bibliothèque de recherche parisienne spécialisée (et bientôt la BNF) pour l’un et une BU de province de taille moyenne et pluridisciplinaire pour l’autre, et ayant chacun une histoire propre et particulière avec la recherche universitaire ?

1) Tout d’abord, qu’il faut arrêter de généraliser sur ce qui est bon partout et pour tous. Quel rapport y a-t-il entre un conservateur acquéreur à la BNF et un chef de section d’une petite BU ? Entre le conservateur chargé de l’action culturelle à la BPI et l’administrateur du projet CALAMES ? Entre le directeur de la BML et le conservateur responsable du PEB à la BIUM ? Entre un conservateur aux Estampes et un directeur de CFCB ? Hormis le fait que chacun peut en théorie et statutairement faire le travail de l’autre, sans doute un socle commun très ténu… mais lequel ?

L’hétérogénéité des situations et donc des profils nécessaires à sa sortie devrait inciter l’ENSSIB à réfléchir à une spécialisation des profils plutôt qu’à introduire un peu plus de recherche ou de management pour tous et à l’aveuglette. Pourquoi ne serait-il pas possible d’affecter les élèves-conservateurs en milieu de scolarité (à la CAPN de novembre) ce qui permettrait d’introduire un vrai cycle de spécialisation dès janvier avec plus de recherche, de management, de technique, de droit, d »informatique… en fonction du futur poste occupé ? Et de proposer ces cycles de spécialisations (6 mois) aux conservateurs déjà en poste dans le cadre de leur formation continue à dessein de réorienter leurs compétences et leur carrière. Ce qui aurait le mérite de mélanger les expériences et les générations.

2) Ensuite, qu’on ne peut ignorer les questions de personne et de parcours individuel quand on commence à réfléchir aux compétences des bibliothécaires dans une acception élargie aux savoir-faire et savoir-être. Ne le fait-on d’ailleurs a posteriori dans le cadre des études historiques et prosopographiques sur les gens du livre ? La réponse à l’interrogation-boutade que m’a directement adressée @MxSz dans ce débat « Qu’est-ce que tu as fait avant, pendant (ou après ?) l’Enssib qui t’as permis d’acquérir ces savoir-être/savoir-faire ? » traduit assez bien cette complexité irréductible à la seule formation universitaire et enssibienne :
Avant : confrontation aux dégâts humains produits pas le mépris et l’incompétence en bibliothèque (histoire familiale)
Pendant : absorption de tout ce qui pouvait l’être et observation de mes futurs collègues dont la majorité crachait dans la soupe à l’Enssib
Après : formation par deux directeurs hors pairs qui m’ont appris les limites de l’autorité et de la compassion en bibliothèque et m’ont tout montré

Certes, c’est une banalité de dire que l’usage que l’on fait de la formation ou de la recherche est fortement lié au terreau individuel sur lequel ces dernières s’accrochent. Mais on voit que les représentations et les actions produites sont tout autant infléchies par l’environnement des premières années professionnelles. Or, si l’on peut difficilement travailler sur l’individu, sauf à valoriser des compétences comportementales ou à privilégier des profils sociologiques type dans le cadre des concours (terrain glissant…), réfléchir et agir sur le terrain humain de départ me semble capital car c’est là, en tout début de carrière, que s’affermissent ou non la motivation et la projection professionnelle de chacun.

3) Enfin, qu’il faut cultiver sinon l’excellence du moins la recherche d’excellence dans tous les domaines et à tous les niveaux de responsabilité pour les cadres (d’accord à 100% avec Daniel Bourrion ET Rémi Mathis) de la recherche au management, et non pas opposer l’une à l’autre ou remplacer l’une par l’autre, ou inversement. Pour cela, et outre celle de l’ENSSIB, la responsabilité des directeurs en poste est clairement engagée car c’est à eux d’identifier, de libérer, de valoriser et d’autonomiser les compétences des conservateurs placés sous leur responsabilité, c’est à dire de faire fructifier l’investissement en évitant l’évitement… ce qu’on observe malheureusement trop souvent !

Pour le coup, et je parle en connaissance de cause, ce n’est pas en remplaçant les directeurs par de purs chercheurs ou de purs managers que nous y arriverons. Comment alors ? Je ne sais pas trop, mais déjà en commençant par s’interroger sur ce qui est utile et souhaitable pour être un bon, un très bon voire un excellent directeur aujourd’hui et le rester… Peut-être un début de réponse avec les 6 préconisations énoncées à la fin de ce billet ? A suivre !

Chronique d’un échec annoncé…

La nomination d’une administratrice territoriale par la ville de Toulouse à la tête de sa bibliothèque municipale classée a mis les professionnels de la profession en émoi. Certes, la candidate retenue semble avoir une surface google assez réduite et peu d’expérience en matière d’institution culturelle. Mais cette décision est-elle illégale ? Apparemment non. La ville de Toulouse est-elle suicidaire au point de confier un service de 450 personnes à quelqu’un d’incompétent et de totalement inadapté ? J’en doute. Et quand bien même, la nomination d’un directeur qui ne ferait pas l’affaire et qui s’en va au bout d’un ou deux ans, dans le meilleur des cas, ça s’est déjà vu et se verra encore, non ?

Si cette chronique d’un échec annoncé se réalise, cela démontrera qu’il fallait recruter un bibliothécaire. Tant mieux pour nous (bibliothécaires). Si la nouvelle directrice s’en sort, alors mettons-nous vraiment à réfléchir à la formation de conservateur et arrêtons de penser que le titre seul nous fait tous compétents ou que les conservateurs doivent devenir des chercheurs à la petite semaine, ou alors n’aboyons plus quand la caravane passe sans nous dedans… mais dans les deux cas, nous serons gagnants.

Pour terminer, je trouve assez contestable la manière de mettre cette situation-là « sous surveillance », qui plus est dans les colonnes de l’ENSSIB, et plutôt indélicat pour notre nouvelle collègue. Ou alors soyons logiques, mettons aussi sous surveillance toutes les situations où des collègues ne feraient pas ou mal les choses. Pour finir, certains ont parlé de copinage… la belle affaire, une pratique qui ne se serait jamais vue dans le monde rêvé des conservateurs !

Et merci à Kotkot pour son excellent billet.

Territoire pensé, territoire pensable…

Un agenda chargé m’ayant privé d’ADBGV le 8 juin dernier, voici quelques idées qui devaient sous-tendre mon propos, bien au-delà des territoires habituels : physiques (périmètres institutionnels, voisinage, cousinage…) et virtuels (dissémination vs concentration, réseaux sociaux, services en ligne…) sans parler des territoires hybrides où chacun fait un peu son beurre comme il peut !

C’est d’un tout autre territoire dont je souhaitais parler. Un territoire délimitant ab initio les contours et la place même de la bibliothèque dans l’esprit pour ne pas dire le cœur (!) de chacun. Un territoire mouvant et parfois ténu : celui des représentations individuelles et collectives de l’institution. Comment ces territoires mentaux évoluent-ils ? Quel rôle le bibliothécaire joue-t-il dans la production et l’évolution de ces représentations ? Quelles interactions ces dernières induisent-elles dans une économie de la culture et de l’information en constante re(dé)composition : quels désirs, quelles attentes et quelles pratiques dans la réalité  ?

Le(s) territoire(s) de la bibliothèque procède(nt) de représentations individuelles et collectives historiquement agrégées autour de l’idée même d’un lieu de transfert du savoir et de la culture, d’un matériau physique (numérique désormais) à une essence humaine. Jusqu’alors, donc, et à l’instar d’autres institutions culturelles comme le musée ou le théâtre, que l’on soit usager/décideur, usager/non-décideur, non-usager/décideur ou non-usager/non-décideur de la bibliothèque, tout le monde savait à peu près, sinon comment ça marche… du moins à quoi sert ou pourrait servir une bibliothèque.

La question est désormais de savoir quels vont être les effets de la dématérialisation des supports combinée aux mutations de la relation « dense » à la connaissance sur cet écosystème de pensée, antédiluvien. En d’autres termes, sommes-nous garantis que le vivier d’usagers réels (nos fameux 20% dont on peut aussi ne pas se satisfaire…) se reproduira et continuera à l’avenir à pouvoir penser et utiliser la bibliothèque ? Et de quelle manière cette dernière demeurera-t-elle pensable et utilisable ? Sommes-nous certains qu’en fondant notre offre sur la demande, la première ne revête plus aucun sens si la seconde ne peut plus être ni pensée ni formulée ? Car si le musée ou le théâtre demeurent les lieux de la réception et de la perception d’œuvres ou d’instants uniques, non substituables, la bibliothèque doit, elle, redéfinir ce qui fonde sa rareté et par la même son utilité pour continuer à alimenter les représentations des individus ou, à défaut, pour que ces dernières ne soient pas en décalage ou en rupture totale avec la réalité, et réciproquement.

Au-delà de ce que le bibliothécaire souhaite, peut ou doit faire, ce dernier doit donc avant tout se préoccuper de la distance pratique et symbolique séparant l’horizon d’attente de l’usager, et son risque de disparition, du territoire de la proposition institutionnelle. Pour cela, il faut urgemment réensemencer le champ mental des usagers, réels ou potentiels, et principalement des (futurs) décideurs, bien en amont, dans le système éducatif notamment, avec des valeurs consubstantielles à toute bibliothèque publique : la gratuité des services, la mixité des usages, l’originalité des propositions et la qualité de la relation… et tout ça dans un territoire physique et virtuel. Tout un programme !

Payer plus pour emprunter… autant !

Le dernier billet de JC Brochard m’a interloqué. Pourtant vous me connaissez, je ne suis pas un perdreau de l’année en matière de marketing et autre gestion un peu « décomplexée » des deniers publics 😉 . Ainsi donc, le SCD de Toulouse 1 demanderait plus de droits de bibliothèque pour ceux qui veulent emprunter plus (ça me rappelle quelque chose…) apparemment 15 €.  A première vue, pourquoi pas… même si on voit mal quelle prestation est payée par ces droits facultatifs : des agents qui travaillent plus ? Des livres achetés en plus et seulement réservés aux impétrants ? Comme j’ai l’esprit mal tourné, je suis allé voir les conditions d’emprunt standard, ridiculement et artificiellement basses : 2 doc en L, 3 en M et 5 en D. Cela m’a paru très bizarre quand on connait les pratiques dans les bibliothèques françaises, y compris et surtout en Droit, plus souvent autour de 5, 10 et 15. Mais mon esprit tordu n’en est pas resté là. En recherchant sur wayback, j’ai pu constater que les droits 1998, 2002 et  2006 étaient de 4 doc en L, 6 en M et 10 en D et qu’en 2008, les usagers pouvaient emprunter 5 doc en L, 7 en M et 10 en D soit… la même chose que désormais en payant des droits facultatifs supplémentaires ! Je ne vois ni comment cela est tenable ni justifiable. Si quelqu’un a des infos et explications ?