Sauter dans le vide ?

On se gargarise, on idéalise, on théorise… c’est déjà très bien, mais soyons clairs, la bibliothèque 2.0 va dans le mur si elle ne s’appuie pas sur la participation massive des bibliothécaires ni sur leur adhésion à un nouveau modèle de contribution et d’intégration au champ documentaire, et plus largement informationnel. Bref, ce qui se pense aujourd’hui (beaucoup trop) à l’aune des seuls aspects techniques, comme l’affaire de geeks, doit nécessairement poser la question de la participation des professionnels si l’on veut une bibliothèque concurrentielle.

Car il y a peu de chance pour que les usagers fassent salon dans nos modestes portails et autres sites web. Même si ces derniers deviennent vertueusement tagables, commentables, réorientables, s’ils ne proposent pas de valeur ajoutée, de contenus originaux attractifs ou d’assemblages documentaires particuliers en ligne, s’ils demeurent exempts de toute matière « vivante », singulière et visible sur le net, nous périrons… par le vide.

Certes, c’est oublier les promesses et le rôle, très incertain à mon sens, que l’on souhaite pouvoir jouer dans la documentation pédagogique (numérisation, indexation, archivage…) et la documentation recherche acquise et produite par les universités, le tout porté par l’élan des archives ouvertes dont les BU se fantasment, plus qu’elles ne le sont en réalité, comme l’opérateur principal. Mais admettons et souhaitons que tout cela marche. Cette politique documentaire en ligne fera-t-elle pour autant vivre la bibliothèque avec ses salles, ses tables, ses chaises, ses collections, ses services et… ses personnels !

L’enjeu de la valorisation documentaire est donc double : d’une part, créer un événementiel documentaire dans les murs de la bibliothèque auquel les usagers participeraient (de l’utilisation à la co-création) et d’autre part, savoir créer de l’événementiel documentaire en ligne qui renverrait vers les propositions de la bibliothèque tout en les élargissant à une actualité et une offre plus globales sur internet (libre, achetée ou créée par la bibliothèque).

Pour se faire, il faut se préoccuper de l’humain en oubliant un peu la technique car les contenus ne se créeront pas tous seuls et les communautés virtuelles d’intérêt ne vivront pas sans un minimum de collègues impliqués et un équilibre dans l’interaction entre usagers et bibliothécaires.  Nous devons comprendre et faire comprendre la valorisation comme un aboutissement qui requalifie les stocks et les flux dont nous avons la charge et remédiatise les services que nous offrons et (ré)inventons. Il est donc fondamental de former les collègues à l’individualisation et à l’expression de leurs choix professionnels, non pour s’afficher ou prendre position individuellement (soit dit en passant, il y aura aussi un moment où il faudra former les nouvelles générations à passer de la personnalisation à la personnification), mais pour créer et participer à une « position » tout à la fois commune et plurielle de la bibliothèque dans le paysage documentaire.

Alors, oui. Il faut sauter dans le vide, celui de nos systèmes d’information en somme, pour s’apercevoir qu’on en revient. Il faut pousser les collègues dans le dos en s’assurant que le matelas qui les réceptionne est assez épais ou que l’élastique est assez court et bien tendu. Il faut les sensibiliser, les encourager et les former pour augmenter leurs compétences rédactionnelles au sens premier et éditorial du terme. C’est ce que nous avons engagé à la BUA.

« Un homme dans l’espace ! Le peintre de l’espace se jette dans le vide ! », 1960
Photo Shunk-Kender © Yves Klein, Adagp, Paris 2007

Publicités

Utile, économique et durable…

Depuis le début de l’année 2010, j’ai été contacté pour :

1) Participer à un séminaire organisé par le MC à Strasbourg (20min)
2) Faire une intervention à l’Enssib sur les bibliothèques éditrices (1h)
3) Répondre par téléphone à une enquête dans le cadre d’un DCB
4) Intervenir devant un aréopage de professionnels à Montpellier (1h)
5) Rédiger un article pour la boîte à outils sur la communication en bib

Je me flatterais de toutes ces sollicitations si elles n’étaient le lot quotidien des cadres de la BUA (ça va, on tient le coup quand même…) ni le signe que les autres BU font sans doute aussi bien qu’Angers mais qu’elles demeurent invisibles à la profession… Voici donc les réponses données aux 5 points ci-dessus :

1) Refus poli. D’une part, il me semblait que la BUA se raccrochait par les cheveux à la thématique proposée (coopération BM/BU) et d’autre part il est totalement déraisonnable en terme de coût et de bilan carbone de partir 3 jours à Strasbourg pour 20 minutes d’intervention !

2) Proposition d’intervenir par visio-conférence, ce qui me semblait un compromis vertueux tout en maintenant une relative interaction. L’ENSSIB ayant décliné, je ferai ici une synthèse complète sur les activités des Presses universitaires d’Angers. Au moins, ça servira à toute la profession…

3) Lettre morte. Je trouve cette pratique déplorable. Soit on donne du temps aux élèves de l’ENSSIB pour faire un travail scientifique et dans le respect des acteurs. Soit on leur demande de faire de la télé-observation par le truchement de discussions de comptoir non préparées… et là c’est sans moi !

4) Réponse positive. Je suis intéressé à mettre un peu de sel dans la cuisine des voisins (directeurs de BM) et la thématique des territoires de la bibliothèque me semble fondamentale. Part ailleurs, j’en profiterai pour visiter la Médiathèque Emile Zola et la BU Richter dans le cadre de l’ouverture de notre futur BU Saint Serge et j’irai sans doute rendre mes hommages au directeur de l’ABES pour évoquer quelque projet en vue.

5) Pas encore répondu. Mais je trouve le concept de la BàO de l’ENSSIB sous forme papier totalement caduque. Pourquoi ne pas publier en ligne sous la caution scientifique de l’Enssib ? D’autant que la visée pratique et nécessairement renouvelée des thèmes s’y prête. C’est donc possible que je décline la demande et que je propose ma contribution en ligne sous licence CC. Elle n’en sera que plus enrichie par les visuels et les liens avec ce que les autres font…

Conclusion : Il faudrait que la profession s’interroge enfin sur les modalités, l’efficacité et le coût (en temps notamment) du transfert de l’information en son sein. Il conviendrait aussi d’interroger l’inutilité et la confidentialité de certaines actions quand elles ne sont pas diffusées en ligne : tables rondes, formations, journées d’études… sans parler des contributions dans les ouvrages papier, sans sous droit d’auteur, traitant des innovations et mutations… numériques !

C’est de publicisation et de partage dont il est ici question et il serait urgent de finaliser un lieu commun où chaque établissement pourrait présenter et documenter en ligne ses actions : communication, innovation, valorisation… pour connaître celles des autres et se mettre en relation-action ! C’est là-dessus que je (devrais être censé) bosse(r) depuis la mise en jachère de ce blog.

PS : Je précise que je ne participe pas ou plus à aucune grands messes de type Couperin, Adbu, Aura, Abf, Journées Abes… car j’y perds mon temps (et celui de mon établissement) et qu’on ne me sollicite plus pour les concours et autres missions nationales, et c’est tant mieux !

Délit d’opinion ?

Un rapide éclairage sur deux points qui font débat dans mon récent article paru dans le BBF, texte dont la subjectivité et le caractère un peu provocateur n’auront échappé à personne, on ne se refait pas, mais telle était la commande :

Les bibliothécaires-vestales : j’en conviens, le terme est un peu problématique, non qu’il dépasse ma pensée mais qu’il en trahirait le fond en l’orientant vers un genre particulier de bibliothécaire, les femmes donc. Loin de moi l’idée d’associer les réflexes protectionnistes des bibliothécaires aux seules bibliothécaires-femmes, mais comme ces dernières forment une majorité de notre profession, forcément… donc si certaines ont été choquées, je le regrette et m’en excuse. Mais revenons sur le fond : pourquoi assimiler les bibliothécaires à de véritables gardiens du temple ? Parce que nous avons du mal, tant sur le plan symbolique que pratique, à accepter la dépréciation de nos valeurs, de nos institutions et de nos collections, ou tout du moins leur « mélange » avec l’extérieur et la nécessité de nous repenser et agir dans un grand tout informationnel, sans pour autant vendre notre âme au diable. Le livre, le savoir, le silence au centre de tout ? D’accord, mais avec le risque de nous au centre de rien.

Le dolorisme professionnel : là je revendique totalement, avec une tendance forte et constante à l’auto-flagellation : les profs nous méprisent, les CA ne veulent plus des directeurs, la LRU nous dépouille, les PRES nous fragilisent, le Ministère nous abandonne, l’ENSSIB fait n’importe quoi, l’AERES nous ignore, le gouvernement nous divise entre gros et petits… et le contenu du dernier BBF ne dément pas cela. Bref, comme disait JP2 « Nayez pas peur »… mais continuez quand même à croire en l’Enfer ! Où sont les forums d’idées et de débat dans notre profession ? Les endroits où l’on créé et partage de l’innovation ? Les organes qui créent de la doctrine et redéfinissent nos missions positives ? C’est un peu ce manque d’affichage volontariste et prospectif que mon article éclaire.

Qu’on le veuille ou non, et c’était le sens de mon texte, nous n’avons jamais eu autant de moyens et de mètres carrés à notre disposition. En demander plus ? Pourquoi pas. Mais n’oublions que la bibliothèque-lieu est notre trésor de guerre qu’il faut faire fructifier pour (continuer à) exister car le documentaire in-situ et la documentation en ligne ne suffiront pas.

A la demande générale…

… et puisque certains ont demandé à pouvoir réagir quelque part à mon article paru dans le BBF, j’ouvre ici un espace de débat. Je ne cache pas être plutôt déçu de la teneur de ce numéro poussifs et poncifs, ou plutôt non, tout ça est assez conforme à notre posture doloriste habituelle et à notre immuable servitude volontaire ! Mais je n’en dis pas plus vu que je suis en retraite du web…  et si ce suicide numérique n’avait été au final qu’une tentative ? A suivre.

Fermeture sans inventaire

fin Ce blog s’arrête car il me semble inutile et superflu de ressasser sans cesse les mêmes idées désormais connues de tous. Il restera sans doute quelques mois encore sur le net avant de totalement en disparaître. Je vole vers d’autres projets (en ligne) trop longtemps négligés. Merci à toutes celles et ceux qui m’ont suivi, commenté, critiqué… et que chacun garde la foi dans ses convictions et ses combats professionnels.

Je n’suis pas d’accord…

yin_and_yang…avec la réponse faite par RM au billet d’humeur rédigé ici.

Je ne crois pas que les choses soient aussi simples ou schématiques. A mon sens, il n’y a pas un seul modèle de bibliothèque universitaire en France et on ne peut réduire la diversité des situations au seul idéal-type de la bibliothèque qui devrait être mieux dotée, dirigée par des spécialistes de la discipline et au seul usage de chercheurs pro-actifs qui viendraient nombreux. Cela est vrai à certains endroits souvent cités et utilisés par RM (BNF, BSG, Mazarine,…) mais pas à d’autres ! J’en profite d’ailleurs pour dire qu’a contrario, il n’est ni envisageable ni souhaitable de généraliser l’exemple angevin qui ne vaut que pour une réalité et un environnement donnés.

Le problème vient surtout du fait qu’on ne sait pas identifier et développer les spécifités, pour ne pas dire l’excellence, de chaque bibliothèque. Dire : ici, j’ai besoin de telle compétence et là plutôt de celle-ci. Telle bibliothèque à une mission recherche ou une vocation nationale, il faut des spécialistes. Tel établissement développe une politique d’accueil et d’accompagnement d’une population spécifique (par exemple 30% de boursiers et 10% d’étrangers dans mon université…) la bibliothèque doit être pensée différemment. Tel autre s’est lancé dans l’enseignement à distance, il faut des spécialistes de la dématérialisation documentaire… Pour cela, il faudrait SPECIALISER les conservateurs à l’Enssib et leur donner la possibilité de changer de spécialité en formation continue dans le cours de leur carrière (cf. ici). A défaut on forme des « pompiers » du quotidien qui luttent contre la « tatillonnite » administrative, et parfois s’y complaisent, en étant un peu bons et un peu mauvais partout.

Je pense qu’il faut des spécialistes ET des managers en bibliothèque mais que la profession n’est aujourd’hui dominée ni par les uns, ni par les autres, c’est bien son problème. D’accord donc avec RM pour faire des bibliothécaires de véritables scientifiques, légitimes sur les contenus académiques OU sur l’organisation et la gestion de ces contenus (mise en valeur, évaluation, accessibilité, numérisation, formation…). Mais il n’y a aucun avantage à opposer des genres qui sont nécessaires et complémentaires. Laisser croire que les premiers seuls seraient légitimes, c’est oublier que les chercheurs sont ou seront des enseignants et qu’à ce titre, ils ont besoin de penser, ou qu’on pense à leur place… la bibliothèque au service des autres, ceux qu’ils forment et qu’ils encadrent, et pas seulement à l’aune de leurs seuls intérêts dans un dialogue en vase clos avec le bibliothécaire alter-ego.

La légitimité du bibliothécaire est aussi là : apporter une valeur ajoutée sur l’environnement des contenus tout autant que sur la connaissance des contenus eux-mêmes, relativisée et in fine contestée, peut-être à tort, par le « vrai » chercheur-lecteur !

21h55 / BU Saint-Serge

Bien sûr il y a les statistiques, les sondages, les enquêtes, les taux de fréquentation et d’occupation des salles, l’indice de satisfaction, le nombre de prêts, le nombre de passages, le ratio coût/bénéfice… oui, il y aura tout cela pour dire si ça marche, s’il faut continuer ou bien tout arrêter ! Mais il n’y a rien pour dire ce que l’on ressent à offrir des espaces et des services à « nos » étudiants, à les voir si naturellement attablés, studieux, détendus, chez « nous » comme chez eux, seuls ou à plusieurs autour de leurs ordinateurs. Il n’y a rien pour dire le sens qu’on a l’impression de donner à leur présence sur le campus, rien pour traduire le sentiment de se sentir UTILES, simplement.

PS : ne pas rater la taulière à 2’05 » assurant son troisième 22h de la semaine !

Ouvrir plus : quel poids pour la BU ?

f0209-AT2359Après 18 mois de travail au sein du Groupe Horaires et Temps constitué en interne, la BU d’Angers propose à ses usagers des horaires très élargis (apparemment le maxi des BU en France) : 8h30-20h ou 22h à Saint Serge d’octobre à mai, du lundi au jeudi, et 8h30-18h vendredi et samedi. Soit 65h hebdo. à Belle Beille et 73h sur 24 semaines à Saint Serge.

Le principe : faire fonctionner chaque BU à partir de 18h avec 3 moniteurs et 1 cadre présent, les autres titulaires pouvant choisir ou non de travailler entre 18h et 20h (jamais après 20h), le dispositif fonctionnant en théorie sans eux. En pratique, lorsqu’ils sont là jusqu’à 20h, les agents peuvent être au service public s’ils le souhaitent. Quel poids supplémentaire pour la BU ?

Côté moniteurs : coût nul pour la tranche 18h-20h. En effet, nous avons fait glisser les 6 moniteurs d’accueil jusque là présents sur les 3 sites de 17h à 19h (5 jours par semaine), sur 2 sites de 17h30 à 20h et plus que 4 jours par semaine. En revanche, pour la tranche 20h-22h, le coût est de 24 semaines x 3 moniteurs x 4 jours x 2 heures x 15 € = 8640 € intégralement pris en charge dans le cadre du plan licence.

Côté encadrement : les cadres bénéficient d’heures de vacations après 20h sachant que 2 cadres sur les 8 concernés par ces astreintes physiques ont choisi de récupérer leurs heures (coef 1,5). Chaque cadre effectue au total 12 astreintes 20h-22h par an. Le coût est donc de 12 astreintes x 2 heures x 6 cadres concernés x 40 € = 5 760 € payés sur ressources propres du SCD

Côté société de service : lorsque les bibliothèques ferment à 20h, il y a un cadre dans chaque bibliothèque. En cas d’empêchement (maladie, congés, absences…), il y a toujours au moins un cadre sur le réseau et un agent de sécurité ferme les portes et met l’autre bâtiment sous alarme, sur demande de la BU donc (12 € l’intervention). Notons qu’en cas de problème de 18h à 20h un agent rondier est joignable sur zone et présent sous 10 minutes. Pour les fermetures à 22h, un agent de sécurité est posté à la BU de 18h45 à 22h45. Le coût de la sécurité est de 11 400 € pris en charge dans le cadre du contrat global de l’université pour la sécurité des biens et des personnes.

Au final, la BU d’Angers ouvrira 672h de plus cette année, soit 34 € de l’heure d’ouverture supplémentaire pour 15 000 m2 offerts avec tous les services (prêt, retour, renseignement, peb, inscription, internet, collections en libre accès, communication magasin). Alors ouvrir plus, vraiment ça coûte ?

Oui, du temps, de l’énergie, de la persuasion, de l’échange, de l’envie… mais ça rapporte aussi beaucoup. pour l’évaluation de cet élargissement, voir ici.

Statut et métier : la quadrature du cercle

47Quelques éléments pour poursuivre le débat après le rebond de Bertrand Calenge à ce billet et les commentaires toujours avisés des collègues.

Plusieurs points importants pour aborder la question des missions des agents d’exécution dans les bibliothèques et de leur reconnaissance statutaire, et donc salariale  :

– La généralisation est impossible. On ne peut réfléchir en confondant toutes les  situations BM, BU, BNF… ainsi qu’en comparant de gros établissements à de petites structures plus familiales.

– La question du recrutement direct ne se pose pas partout de la même manière. Encore peu répandu dans les BU, il semble accélérer, ailleurs, la distorsion entre le profil recruté et le statut d’embauche, avec une tendance à la sur-employabilité pour les catégorie C.

– La combinaison concours/statut national semble à l’inverse produire et justifier plus de sous-employabilité dans les BU, le profil réel procédant plus d’un cadre théorique un peu figé (ce que peut ou non faire l’agent) que de la réalité.

– Le problème d’adéquation entre fonction et statut, soit entre les responsabilités et leur « juste » rémunération ne se pose pas que pour la catégorie C. Il est aussi très prégnant pour les catégories intermédiaires qui voient leur mission évoluer. En allant plus loin, on peut aussi se demander s’il est bien normal que les conservateurs passent leur temps à gérer des problèmes techniques et logistiques au quotidien (portes, fenêtres, wc, sécurité, plannings, ménage…) plutôt que d’assumer pleinement leur rôle scientifique et politique.

– La requalification des emplois d’exécution n’impacte pas que les bibliothèques. Elle touche aussi les autres filières où la technicisation et la responsabilisation des agents de catégorie C est très forte. Nous ne sommes pas les seuls à changer ! Nous ne sommes pas ceux qui changeons le plus ! Cet élément doit être pris en compte dans les représentations de nos efforts et nos revendications internes aux universités (avec les RCE).

– La position du « ne bougeons rien de peur d’ostraciser ceux qui ne bouge pas » n’est pas tenable. Elle revient à refuser toutes innovations sous prétextes que ces dernières sont au départ portées par une minorité qui y trouve un intérêt professionnel ou personnel. Elle condamne aussi les 80% prêts à évoluer à subir l’attentisme des 20% restant.

– La théorie de l’aliénation par le travail parasite vraiment la donne. L’équation travail mal rémunéré = travail subi est vraiment réductrice et tout aussi méprisante et sans espoir pour ceux, la majorité, qui y cherchent (trouvent ?) aussi autre chose : valorisation personnelle, image de soi, utilité sociale, capacité d’initiative… En outre, les bibliothèques sont quand même loin d’être assimilables au bagne (qui peut tout aussi être non automatisé…) et les rémunérations des personnels d’exécution ne sont pas comparables à la situation plancher de beaucoup de gens dans le privé : le SMIC durant 41 ans ! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Mais le vrai problème n’est pas tant la rémunération qui, hors prime, va de 1363 € à 1910 € bruts que la progression de carrière et à la pyramide des emplois et des possibilités de promotion : un vrai scandale.

– Il faut enfin un minimum de courage politique et de persuasion pour requalifier les profils indépendamment du statut, constant lui, où nouvelles missions ne veut pas dire nouvelle forme d’exploitation et, par ailleurs, repyramider systématiquement les postes vacants de magasiniers en assistant des bibliothèques en faisant  dans ce cas comprendre aux magasiniers que le gain n’est pas pour eux dans l’immédiat, sauf pour l’augmentation mécanique mais résiduelle des possibilités de promotion dans le corps supérieur, mais pour leurs successeurs.

Je pense qu’on ne peut pas tout faire ni faire la même chose partout. Il faut raisonner et agir dans un environnement donné en fonction de l’ intelligibilité de certaines idées et de la capacité des équipes à les mettre en oeuvre (recevabilité) et de l’encadrement à accompagner ces mutations. La BUA ne cherche donc pas à imposer son modèle aux autres, mais juste à leur faire comprendre qu’à situation égale, certains choix sont peut-être possibles voire souhaitables et souhaités par les acteurs car bénéfiques pour eux.

Et pour répondre à Bertrand et à antmeyl, c’est justement là, sur le terrain que les propositions se situent, dans l’action concrète, distincte et contextuelle et non dans le souhait de changements structurels générauxeux qui ne viendront pas (passer tous les C en B, modifier les grilles d’avancement, augmenter les salaires,…)

Hyperlivre : le non-sens des choses…

hyperlivreJe préviens tout de suite, il va être difficile de rédiger ce billet sans recourir à quelques qualificatifs précis comme « prétentieux », « boursouflé », « archaïque », « consternant », « pathétique » et « à la limite de l’arnaque »… pour décrire le dernier hyper-projet de Jacques Attali, il faut dire bien aidé dans cette hyper-entreprise par les Editions Laffont et l’opérateur de téléphonie Orange !

De quoi s’agit-il ? D’un livre papier que vous achetez 21 € en librairie (ou sur internet si vous avez peur d’attraper la grippe A…) avec des vraies pages à tourner. Sur certaines de ces pages, il y a un flashcode, c’est à dire une sorte de code à barres que vous devez photographier avec votre téléphone portable et envoyer sur un hyperportail (on ne rit pas) qui vous donne des contenus enrichis en relation avec ce que vous êtes en train de lire. Vous suivez ? Ah oui, j’oubliais, il ne faut pas avoir un téléphone trop vieux ni trop récent puisque l’application nécessaire pour gérer les transferts n’est compatible qu’avec un quart des portables actuellement sur le marché. Bon, autrement vous pouvez envoyer un SMS en tapant LSDC et le numéro de la page ou bien… juste vous rendre compte ici de « la galaxie audiovisuelle » et de l’« univers entier » selon les termes de Jacques Attali auxquels vous accéder.

Le bilan est vraiment cruel. Sur 83 malheureux contenus proposés :

– 35 sont des tableaux, graphiques ou images fixes qui auraient pu sans problème être intégrés dans le texte
– 12 sont des interviews souvent très courtes (la plus surréaliste étant celle de Rocard) ou trop longues et sans intérêt de personnalités qui répondent au « questionnaire Attali »
– 25 sont juste un lien vers un forum de discussion pour vous faire réagir ou participer à un sondage
– le reste est du document sonore ou visuel à très faible valeur ajoutée souvent sous forme d’extrait (ben oui, faudrait pas non plus avoir à payer des droits) qu’on trouve généralement sur Youtube (sketch de Coluche, extrait de journal de France 3, passage musical au son pourri,…)

Que dire de plus sur ce projet qui fait hyper-pshiiiit ? Voir aussi et surtout derrière tout cela, la conception funeste et indigente de ceux qui maîtrisent les tuyaux et souhaitent maîtriser les contenus et la position à la fois frileuse et à l’égo hypertrophié des éditeurs traditionnels qui s’accrochent à leurs derniers privilèges en écopant à la petite cuillère et en pagayant sur leur barque alors qu’il leur suffirait juste d’y mettre un moteur numérique.

Ah oui ! J’oubliais pour terminer, il ne faut pas manquer la réponse filmée de Jacques Attali à son propre questionnaire… si,si. A la question : « Si nous entrions dans une période de rareté énergétique imposant une grande frugalité, de quoi seriez vous prêt à vous priver ? » Réponse : « de mobile ». De mobile ? Plus de mobile ! Plus d’hyperlivre ! CQFD !