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A quoi servent nos mètres carrés ?

bib-interdit1Je laisse volontairement de côté les réponses bateau du type : « à trouver et emprunter des documents » ou encore « à trouver une aide ou un service documentaire », qui ne peuvent suffire à justifier la construction et l’entretien de milliers de mètres carrés d’espaces publics…

A quoi servent donc nos mètres carrés ? C’est la question à laquelle tente de répondre le récent zonage mis en place dans le cadre de notre campagne anti-bruit qui structure désormais les espaces en fonction des modalités d’usage et plus seulement selon les différents champs disciplinaires de la bibliothèque, ce qui peut poser problème à certains usagers dont les représentations dépassent bien souvent l’utilisation réel des lieux. Schématiquement donc :

1) Travailler seul
2) Se former seul ou collectivement
3) Travailler en groupe
4) Echanger avec ses pairs
5) Tuer le temps…

Bien avisé est celui qui pourrait dire aujourd’hui ce qui est légitime ou non en BU dans cette liste volontairement classée du plus normal au plus « déviant ». Bien malin est surtout celui qui pourrait isoler et exclure de cette « collection d’usages », comme il le ferait allègrement pour sa collection de documents…, ce qu’il estime ne pas devoir avoir lieu, au sens propre ! D’une part, parce que toutes les activités bibliothéconomiquement correctes ne sont pas forcément reliées à l’environnement documentaire, et vice et versa. D’autre part parce que l’activité observable chez un même individu est souvent une combinatoire de tous ces usages dans le temps, hebdomadaire voire quotidien. Interdire certains usages reviendrait donc à terme à interdire nombre voire tous les usagers !

Ainsi donc, la question revient moins aujourd’hui à se demander ce qui est ou non légitime — l’usager qui vient travailler silencieusement sur ses propres cours l’est-il plus que le groupe qui vient bruyamment travailler avec les documents de la BU ? L’étudiant qui regarde des vidéos sur Dailymotion à partir de l’accès wifi l’est-il moins que celui qui regarde un DVD de la BU sur son portable ? L’enseignant-chercheur qui passe en coup de vent pour emprunter un document l’est-il plus que l’étudiant qui comate sur les canapés devant une exposition proposée par la BU ? — qu’à essayer de faire coexister et de relier tous ces usages les uns aux autres ?

Bien sûr la question des limites se pose. Que faut-il accepter, trier, rejeter ? Où s’arrête-t-on ? Que ne tolère-t-on pas ? Boire, manger, dormir, jouer aux cartes… à la console vidéo ? notamment en fonction des contraintes spatiales et budgétaires de chacun plus que d’un idéal-type impossible à établir. Ce qui nécessite alors de rappeler les finalités et les usages attendus de l’organisation spatio-fonctionnelle, en gros : étudier, se cultiver et se socialiser sans nuire à l’activité similaire des autres usagers dans le même espace. A ce titre, nous devrons sûrement repréciser à Angers les usages de notre « zone libre » à la prochaine rentrée universitaire.

Il est donc autorisé d’autoriser…

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Toulouse, lost, lost

Petite virée dans la ville rose pour participer à un session de formation continue organisée par Marie-Dominique Heusse pour le compte de l’ENSSIB sur le Marketing des BU. Temps de crachoir : 2h sur Libqual, et plus largement sur l’introduction de certaines approches marketing dans nos établissements. Beaucoup de questions sur Angers… on dirait que tout cela intéresse les collègues, très motivés en tout cas.

Ai découvert les notions théoriques d’immersion et de « flow » finalement très proches de ce que nous essayons de faire en pratique à Angers dans le cadre de ce que nous pourrions donc appeler une approche expérientielle… grâce à Jean-Philippe Galan, MCF en Marketing à Toulouse 1 (à mettre en relation avec notre Assessment librarian sur la question des critères de régression et de pondération des questions standard Libqual dans les questions locales. A suivre). Demain : visites…

Osons !

harvardJe l’avoue, je suis addict à PR TV… et encore, je n’ai pas la TNT sinon je passerais des heures devant La Chaîne Parlementaire ou Public Sénat. Lors de mes visionnages, je suis récemment tombé sur un passage de cette allocution présentant nos universités comme victimes et… coupables de leur propre situation :

Nous avons dégagé beaucoup d’argent pour l’opération campus universitaires pour que les universités de France ne soient pas les seules universités du monde où on n’a pas envie de rester… y’a pas de raison que des campus ouverts, agréables, avec des parcs, des jardins, des installations sportives, oserai-je le dire… des bibliothèques ouvertes le dimanche… c’est pas interdit.

Ben oui tiens, pourquoi on ferait pas ça en France ?  Les jolis campus à l’américaine avec leurs salles de sport climatisées, leurs piscines olympiques, leurs théâtres, leurs musées, leurs cafétérias spacieuses où l’on peut discuter des heures, leurs salles de cinéma et… leurs fameuses bibliothèques ouvertes 24h/24 !

Pourquoi n’avons nous pas fait ça en France ? Qui n’a pas fait ça d’ailleurs ? Qui a privilégié les filières d’excellence surdotées tout en demandant à ce que 50% d’une classe d’âge se retrouve en position de rentrer dans l’enseignement supérieur ? Qui n’a pas dégagé les moyens nécessaires à mettre en face des efforts financiers des collectivités locales ? Qui réglemente et limite les droits nationaux pour éviter tout mouvement étudiant ? Qui n’investit pas dans le logement étudiant très peu rentable pour les investisseurs privés afin de créer de la vie sur les campus ? Qui privilégie les mesures fiscales pour l’innovation privée plutôt que d’injecter de l’argent dans la recherche publique ? Les universités, et par raccourci les universitaires eux-mêmes, ou les pouvoirs publics ?

Si l’on veut poursuivre la comparaison franco-américaine, les 3,7 milliards du plan campus représentent tout juste la moitié du budget annuel de l’université publique d’Austin au Texas et les 1,8 milliards de dotation de fonctionnement (hors salaires) pour toutes les universités françaises représentent à peu près le budget annuel de la seule université d’Harvard… ces comparaisons ont-elles un sens ? Pas plus que de dire qu’il faudrait en France des campus à l’américaine.  Car l’étudiant américain qui paye en moyenne 6000 € de frais de scolarité, soit entre 30 et 40 fois plus que l’étudiant français, dort, mange, travaille, étudie, fait du sport, se cultive et vit sur son campus pour « rentabiliser » son inscription (payée par son entreprise ou son banquier) comme dans un club de gym… et les universités de rivaliser en équipements, services et « notabilité » à payer au prix fort pour sélectionner le client, pour les plus prestigieuses, ou pour attirer le chaland pour les moins reluisantes !

Des campus à l’américaine, nous n’en avons ni les moyens, ni la culture et sans doute ni l’intérêt, chacun cherchant et trouvant ailleurs sa nourriture « existentielle », dans une société ouverte qui n’enfermerait pas chaque communauté dans un horizon clos et auto-suffisant.